Neil au grain d’argent

Neil au grain d’argent


Si les mots sont des balles, alors la voix est une arme. Un outil qui permet de se battre à la fois contre les autres, mais aussi contre soi-même. Un instrument qui favorise l’expression de la pensée, mais également celle de la passion. À 18 ans, Neil est un amoureux de la langue. Solide orateur, il s’épanouit désormais dans le podcast : un contenu audionumérique, héritage de la radio, que l’on peut écouter n’importe où et n’importe quand. Retour sur ce nouveau média incarné par une génération éloquente. Car face aux impacts des maux, trouver sa voie reste la meilleure des armures.


L’amour de l’éloquence

Le vendredi, à la fin de ses cours d’Information-Communication, Neil se presse pour retourner sur son terrain de jeu favori : celui de la rhétorique. Face à un public ou seul dans son appartement à Bordeaux, il aime confondre la fraîcheur de sa plume et la chaleur de son accent landais : « L’écriture et l’expression orale sont étroitement liés. À partir du moment où on maitrise les outils de prise de parole, on maitrise ceux d’expression écrite. On peut travailler ces deux compétences de manière parallèle ». Pourtant, arrivé à un certain degré d’investissement, la spécialisation est inévitable. En l’occurrence, le jeune étudiant semble suivre les pas de Badinter plutôt que ceux de Baudelaire.

Certains trouvent leur bonheur dans le sport, l’art, ou le voyage. Neil, lui, s’évertue à homogénéiser toutes ces disciplines grâce à ses cordes vocales. Vêtu de son plus beau costume ou bien d’un sweat orange décontracté, son objectif est inébranlable : exprimer ses idées librement. Une liberté de fond, en défendant les causes qui lui sont chères, mais aussi de forme : « On peut tous utiliser l’expression orale, avec différents styles, différentes façons de parler afin de créer une originalité ». Car rien n’est plus accessible que la parole. En affinant ses phrases et en les agrémentant de rythmes singuliers, l’orateur est paré à comprendre le monde, à se faire comprendre, mais aussi à se comprendre.

L’art oratoire est une passerelle permanente entre la fiction et la réalité. Entre l’illusion et la vérité. Après 3 ans à mettre ses compétences au service d’une troupe de théâtre, le jeune homme originaire de Dax s’est tourné vers les concours d’éloquence. Un choix qui va de pair avec l’évolution de sa stratégie discursive : « Avant, j’étais plutôt dans le jeu, dans la séduction du public. Maintenant, je prône davantage l’authenticité. Je trouve que c’est le meilleur moyen d’exprimer ses idées ». Au confluent du divertissement et de l’exutoire, l’expression orale est surtout un moyen pour lui de « s’amuser dans ses prises de paroles ». Une discipline qui, dénuée de légèreté, ne peut rayonner. L’allégresse, c’est justement ce que prône Neil. Que ce soit dans l’arène d’un concours d’éloquence, ou bien dans le confort d’un podcast.

 

L’étendard d’un nouveau média

Comme une palette de couleurs, la rhétorique possède plusieurs teintes. Jadis attiré par le rouge de la persuasion, Neil se dirige désormais vers le bleu de l’improvisation.

Au-delà des concours, son activité principale est le podcast.  Un média d’une quinzaine d’années qui occupe aujourd’hui une place importante sur l’échiquier de l’information. Importé des États-Unis, il se caractérise par sa possibilité infinie d’écoute, de réécoute et de découverte. L’auditeur, grâce aux plateformes en ligne, a accès à une multitude de productions et de créations « à la carte ».  « On assiste à une mutation du contenu » explique Neil. « Il y a un nouveau public qui prend conscience de l’existence de formats à la demande, permettant d’écouter tout en faisant autre chose en même temps ». En effet, le numérique a transformé les mentalités. Le podcast offre dorénavant la possibilité d’être acteur de sa consommation d’information : « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes écoutent des podcasts quotidiennement. Ils font partis du foyer français ».

À l’heure où les journalistes sont au centre d’une crise de confiance sans précédent, ce prolongement de la radio est un moyen de créer son propre média. De poser sa voix, de parfaire ses compétences en montage, ou bien d’aborder des thématiques originales.  Le chroniqueur devient alors le chef d’orchestre d’une liberté d’expression qu’il doit parfaitement mettre en musique : « Si je devais résumer le podcast en 3 mots, cela serait indépendance, proximité, et intimité » ajoute le jeune homme de 18 ans. Indépendance car les phrases sont insoumises. Proximité car les auditeurs sont au cœur de l’émission. Intimité car le créateur évoque ses failles sans tabou.

Lorsqu’il enfile son casque et se place derrière son micro, Neil s’adresse aux étudiants. L’entreprenariat est au centre de son nouveau podcast « Study Tour ». À travers des épisodes d’une quinzaine de minutes, il rappelle les bienfaits de la création de projets : « J’essaye d’insuffler une volonté d’entreprendre, de s’épanouir en dehors des études, afin d’être justement un étudiant complet. Je veux donner envie aux gens de créer du contenu qui leur apporte de la valeur ». Neil reçoit des invités d’horizons différents, mais reliés par une seule et même qualité : l’audace de faire parler leur créativité.

« Voilà pourquoi le regard des autres gâche ta vie », « Tu es accro aux réseaux sociaux ? Écoute ceci ». Sur Spotify, en scrollant sur sa page « créateur », vous tomberez aussi sur des chroniques plus personnelles, dans lesquelles le Dacquois évoque ses propres expériences. Entre divertissements, conseils, et mise à nu, il a su se faire un nom dans le monde du podcast indépendant : « Si j’ai pu avoir une bonne place dans les classements, c’est que j’ai su créer du contenu régulièrement, mais aussi établir une bonne communication sur les réseaux sociaux ». Régularité, bienveillance, authenticité : voilà la recette du succès.

Neil, à travers la mélodie de ses mots, vous propose une parenthèse hors du temps. Il vous invite à rejoindre son monde, et à créer le vôtre. Car si les yeux sont le miroir de l’âme, alors la voix est le reflet de l’esprit.

 

Suivre Neil sur Instagram :  @studytourpodcast @neilfra

 

Partager

Corentin Madères

Étudiant en information et communication. Entre objectivité et avis tranché, la limite est floue. Je la dépasse parfois, mais bon, les questions de sociétés sans passion, c’est comme un Ricard sans glaçons.