Norvège : l’exploitation minière fait couler l’encre

Norvège : l’exploitation minière fait couler l’encre

Derrière une image progressiste, se cache une Norvège dont le Parlement souhaite autoriser l’exploitation de minerais depuis 2023. Le lundi 9 janvier de l’année suivante, un vote aboutit à l’autorisation de l’exploration minière, à défaut du plan initial. Embarquez pour un voyage vers la compréhension des origines de l’adhésion et du rejet de cette pratique jugée destructrice pour notre climat.

Plongées reportées

Le voisin de la Suède, premier pays exportateur de pétrole, semble être loin d’afficher un changement positif dans le secteur de l’énergie. Dans une société qui impose avec de plus en plus de vigueur un respect de mesures respectueuses de l’environnement, cette idée fait l’effet d’un hiatus. Ce décalage est en partie dû à une volonté maladroite de se fournir en métaux et terres rares nécessaires à la production de véhicules électriques. Une mobilité connue pour être “verte”, mais à quel prix ? Ici, la cible du premier ministre travailliste Jonas Gahr Støre, est une zone placée au centre du plateau continental du pays nordique. Étendue entre la mer de Barents et l’archipel du Svalbard, ce lieu attise les convoitises des industriels et des politiques. Sa superficie est de près de 281 200 km2, soit plus de 2 tiers de la taille de l’État intéressé. Sur ce large terrain regorge une multitude de ressources aussi précieuses sur le plan commercial, que sur le plan du bien-être de la biodiversité sous-marine. Un dernier aspect pris en compte lorsque 80 voix contre 20 s’opposent à ce projet de loi.

Chasse au trésor

Il serait faux d’affirmer qu’Oslo est le seul gouvernement à se pencher sur le sujet de cette industrie. Bien qu’aucun pays au monde n’ai encore obtenu le feu vert pour se lancer, c’est un dessein qui parle à des géants en géopolitique. La Chine et la Russie sont de la partie, prêts à conquérir l’espace le moins connu de l’homme : les abysses. Maîtriser les fonds marins et ceux qu’ils ont à nous offrir octroie un pouvoir à la fois scientifique et économique. Des recherches prouvent la présence de 45 millions de tonnes de zinc et de 38 millions de tonnes de cuivre. Ces métaux proviennent de sulfures et de nodules polymétalliques qui peuvent aussi contenir de la manganèse, du nickel, et du cobalt. Ce sont ces amas de sédiments déposés au fond des océans suscite des envies de projets d’extraction chez les puissances dont les avancées technologiques permettent de dominer ses espaces.

Odyssée impopulaire

Tous ces jeux diplomatiques ne sont pas à prendre à la légère. Le deep-sea mining a un coût pour la planète.

“C’est un choix de société immense qu’on fait”. Souligne la militante française Camille Étienne, engagée dans les manifestations menées en Norvège pour lutter contre la pratique en question.

Elle fait partie des nombreux activistes et associatifs à mettre en exergue les enjeux écologiques que soulève le recours aux activités minières. Se joint à ce combat un solide cadre juridique formé par des textes et des instances internationales : l’Autorité Internationale des Fonds Marins (AIM), la Convention des Nations Unies sur les Droits de la Mer (CNUDM). Plusieurs états montrent leur mécontentement, à travers une lettre ouverte rédigée par pas moins de 119 parlementaires où triomphent des conclusions alarmantes tirées par des scientifiques…

Plus de 700 experts scientifiques et politiques ont averti que l’exploitation minière en haute mer pourrait entraîner une perte de la biodiversité et un dysfonctionnement des écosystèmes qui serait irréversible sur des échelles de temps multigénérationnelles et qui risquerait de perturber le carbone séquestré au plus profond de l’océan”. (extrait du moratoire à destination du gouvernement norvégien)

En attendant, le pays ne peut qu’inviter les industriels à effectuer des missions de prospection. Si les observations séduisent les politiques, un nouveau vote aura certainement lieu tôt ou tard. En attendant, le pays s’attèle à un autre dossier du nom de Northern Lights (aurore boréale) qui consiste à séquestrer du dioxyde de carbone sous la mer du Nord. Encore une affaire à surveiller de près.

Inès Mbemba Kabuiku

Crédit photo : Pexels – Barnabas Davoti

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Inès Mbemba Kabuiku

Étudiante en Information communication / Anglais sensible aux arts, aux langues et à la géopolitique. Séduite par le journalisme, j’écris pour que chaque jour le monde nous révèle un peu plus ses secrets…