En 2021, une athlète peut-elle disposer de son corps ?

Alors que l’année 2021 a été marquée par les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de Tokyo, le sport fût également le théâtre de nombreuses polémiques et mobilisations contre l’hypersexualisation des tenues des athlètes féminines.

 

Briser les conventions

Avant même le début des Jeux, fin avril 2021, le nom d’une gymnaste fait déjà la une des journaux : celui de Sarah Voss. La gymnaste allemande âgée de 21 ans devient, lors des Championnats d’Europe de Bâle, la première gymnaste féminine à concourir revêtue d’une tenue recouvrant ses jambes dans une compétition internationale. Malgré l’autorisation par la Fédération internationale du port d’une telle tenue, aucune autre athlète avant elle n’avait osé franchir le pas. La convention exigeant des gymnastes de porter un justaucorps “classique” ; celui-ci étant, pour Sarah Voss, très inconfortable car très court et échancré. Elle fut la première gymnaste à participer avec cette tenue dans ces championnats, mais son geste fut suivi par deux de ses coéquipières. 

Dans son post Instagram qui a suivi cette compétition, elle qualifie cette initiative d’ “Herzens Project” ou de “projet de cœur” de l’équipe allemande. Ce pourquoi elles portent cette tenue pour les Jeux Olympique de Tokyo, trois mois plus tard.

 

Enfreindre le règlement

C’est surtout l’histoire d’une autre équipe qui enflamme les médias : celle de l’équipe féminine norvégienne de Beach Handball. Contrairement à l’équipe de gymnastique allemande qui n’a fait que briser les conventions, les Norvégiennes, elles, vont jusqu’à enfreindre le règlement en troquant leur traditionnel bikini pour des shorts. Pour elle aussi, tout est question de dénoncer l’inconfort des athlètes, mais surtout le caractère arbitraire de cette règle, pourtant injustifiée. Ce pourquoi, elles écopent d’une amende de 1500 euros, soit 150 euros par joueuse par la Fédération Européenne de Handball (EHF) pour infraction à l’article 4.8 du règlement de Beach Handball stipulant que “la tenue de la joueuse se compose d’un haut et d’un bas de maillot de bain (bikini) ainsi que d’éventuels accessoires”. C’est cette amende qui déclenche considérablement la polémique, plaçant alors les Norvégiennes au centre des médias. La célèbre chanteuse américaine Pink a elle-même personnellement réagi sur le réseau social Twitter pour les encourager et proposer de payer l’amende de l’équipe. 

Alors que le Beach Volley a, depuis 2012, retiré l’obligation du port du bikini et permet aux joueuses de disposer de leur corps comme elles le souhaitent, le problème persiste toujours dans le monde du Beach Handball.



L’ambivalence des normes sociales 

Polémique plutôt contradictoire, Olivia Breen athlète britannique médaillée de bronze aux jeux paralympiques en saut en longueur T38, s’est quant à elle, retrouvée au centre de l’attention après avoir subi des remarques par une juge lors des sélections de l’équipe britannique paralympique de saut en longueur. Pour cause : avoir porté une tenue considérée comme trop courte et déplacée par celle-ci. Alors qu’elle portait son habituelle culotte de compétition, la juge lui aurait recommandé de “s’acheter un short”.

 

Le “ras-le-bol” des athlètes 

Dans ces trois cas, loin d’être isolés, toutes ces athlètes définissent leurs agissements comme une lutte pour leurs droits, le droit de s’habiller comme elles le veulent, le droit de disposer de leur corps.

Elles dénoncent le manque de liberté de la femme dans le milieu sportif et dans le monde en général quand il s’agit d’exposer leur corps. Dans une interview pour le magazine Brut, Olivia Breen prône l’idée de confiance et de fierté de son corps. 

Le problème n’étant pas le vêtement en soi, certaines se sentant plus à l’aise dans une tenue très courte, d’autres souhaitant, au contraire, couvrir leurs jambes. Or, c’est le caractère arbitraire des règles sportives, et le regard des fédérations sur le corps des athlètes féminines contre lesquelles elles s’insurgent. Toutes souhaitent un changement d’attitude de la part des règlements, des Fédérations, des juges et de tous les impliqués dans le milieu sportif face aux tenues et corps des athlètes. Dans un monde où le féminisme, la lutte pour l’égalité des sexes et la liberté des femmes prend de l’ampleur et deviennent des combats majeurs et emblématiques des sociétés du XXe et XIXe. Suite à la polémique concernant les joueuses de l’équipe norvégienne de beach handball, le président de la Fédération norvégienne de volley-ball, Eirik Sordahl, a réagi auprès de l’agence nationale NTB, s’exprimant “En 2021 ça ne devrait même pas être un sujet”. En effet, pour de nombreux férus de sport, cette vision machiste de la femme et de ses droits appartient à une autre époque.

 

Crédits: Marijan Murat / Picture Alliance / Getty Images

Anna Bachelier

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