Élections de mi-mandat aux Etats-Unis : quelles conséquences pour Joe Biden ?

Élections de mi-mandat aux Etats-Unis : quelles conséquences pour Joe Biden ?

Ce mardi 8 novembre, des millions d’américains se sont rendus aux bureaux de vote pour les « midterms ». L’occasion en pleine crise économique de renouveler les 2 institutions du Congrès : le Sénat et la Chambre des représentants.

 

Un vote crucial pour l’avenir de Joe Biden

Les résultats sont tombés mercredi matin en France. Suite aux élections, la totalité de la chambre des représentants américaine et un tiers du Sénat va être renouvelée pour deux ans. Plusieurs États parmi les cinquante ont également pu voter pour leurs nouveaux gouverneurs, magistrats et assemblées locales, ou encore répondre à des référendums. Ces élections de mi-mandat sont donc synonymes de grands changements pour les États-Unis.

Mais que signifient-elles pour Joe Biden ? Si le parti présidentiel perd les deux chambres du Congrès, alors il lui faudrait compter sur le veto du Président pour bloquer les mesures qu’il désapprouve. Cette situation risquerait d’aboutir à un congrès « polarisé », toujours dans la confrontation, selon l’ancien ambassadeur français aux États-Unis Gérard Araud. Les institutions américaines seraient alors bloquées et les questions en suspens au Congrès n’en seraient que retardées. « C’est la fin du mandat utile », affirme Gérard Araud.

Les démocrates n’ont plus qu’à espérer conserver leur très faible majorité au Sénat. Mais tout n’est pas laissé au hasard : l’issue du vote repose en particulier sur quelques États qui ont un pouvoir décisionnel particulier. Ce sont les États pourpres, ou États pivots, qui oscillent régulièrement entre les partis républicain et démocrate.

Parmi eux, les trois États qui ont particulièrement attirés l’attention cette année sont l’Arizona, la Pennsylvanie et la Géorgie. C’est notamment la Géorgie qui a donné la majorité aux démocrates au Sénat en élisant deux sénateurs démocrates en 2018. La remise en jeu d’un de ces deux postes, disputé par le démocrate Raphael Warnock et le Républicain Herschel Walker, peut donc faire basculer le vote.

  

Des problématiques actuelles au cœur des élections

« Personne ne veut d’une grossesse non désirée dans les États-Unis d’aujourd’hui » témoigne Amber Truehart, médecin . Depuis juin 2022, treize États des États-Unis interdisent complètement l’avortement. Au Texas, les habitants sont incités à dénoncer les personnes se faisant avorter avec à la clé une « récompense » de 10 000 dollars. En pleines élections de mi-mandat, l’avortement se rapproche plus d’un sujet politique que de santé publique. Toujours au Texas mais aussi dans d’autres États, les soignants ne seront plus formés pour pratiquer certaines procédures d’avortement mais aussi en cas de fausse couche. Au cas échéant, ils pourraient être poursuivis par la justice texane. L’avortement, un droit essentiel devenu illégal dans certains endroits et dont la situation ne pourrait qu’empirer en fonction des résultats de ces élections. Il ne manque qu’une poignée de voix au Congrès pour garantir l’accès à l’avortement dans la loi fédérale

Si les démocrates comptent sur le sujet de l’avortement pour obtenir des voix, les conservateurs, quant à eux, misent tout sur l’économie. Partout dans le monde l’inflation n’a jamais aussi été élevée. Aux États-Unis, elle atteint un seuil inédit de 8,2%. Le prix des denrées alimentaires se voit augmenter de 13,5% ce qui contraint les foyers américains à augmenter leurs dépenses chaque mois. Cette baisse du pouvoir d’achat influence beaucoup le choix des citoyens pour les élections. D’après un sondage de la CNN, 71 % des Américains pensent que les Républicains seraient plus aptes à surmonter l’inflation que les Démocrates.

 

Des résultats serrés qui contredisent les sondages

Les résultats ont finalement été publiés mercredi à partir de minuit en France. Le dépouillement se prolonge sur plusieurs jours dans quelques États, ce qui rend l’issue du vote encore incertain.

Néanmoins, le constat le plus direct a été la nette longueur d’avance des Républicains à la Chambre des représentants, sans surprise. Cette avance avait été annoncée, et même surestimée par les sondages qui prédisaient une « vague rouge » déferlant au Congrès. Il n’est pas rare que la Chambre des représentants serve de sanction contre le parti au pouvoir. Mais Joe Biden est parvenu à contredire les sondages et à limiter la casse pour son parti qui n’a perdu que neuf sièges à la chambre pour le moment. On est donc loin d’une victoire écrasante pour les conservateurs.

Du côté du Sénat, rien n’est encore joué. Les Démocrates pourraient bien conserver leur majorité si l’on en croit les résultats dans les États pivots. En Pennsylvanie, c’est le Démocrate John Fetterman qui a remporté le siège. En Arizona, ce parti est également en tête avec Mark Kelly. Comme attendu, c’est principalement la Géorgie qui peut faire basculer la balance. Raphael Warnock et Herschel Walker n’ont pas été départagés par les votes, c’est donc le seul Etat qui se voit contraint d’organiser un second tour.

Les Républicains conservent tout de même une influence importante dans tout le pays. On peut noter la victoire indéniable du Républicain Ron DeSantis pour le poste de gouverneur de Floride, alors qu’il se présente comme l’adversaire le plus sérieux de Donald Trump pour les présidentielles de 2024. À travers le pays, plus d’une centaine de candidats républicains qui nient la défaite de Donald Trump en 2020 ont été élus. Cette vague de « négateurs » témoigne de la présence toujours importante du conservatisme et de l’idéologie trumpiste aux États-Unis.

 

Carla Defay et Théolynne Labat

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