Au culot.

« Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, il me paraît crucial de vous faire part des raisons de ma décision maintenant que j’ai choisi de l’annoncer en premier lieu sur les ondes radios. La tâche que vous m’avez confiée est immense et je l’ai acceptée non sans un brin de peur mais avec une envie d’accomplir encore plus forte. Ces quinze derniers mois furent intenses et passionnants. Être ministre est une grande responsabilité, les hommes et les femmes qui s’y exécutent y donnent de tout leur cœur. J’ai mené des combats, beaucoup n’ont pas été accomplis ou que bien trop peu à mon goût. Ne prenez pas ce départ contre vous, les causes en sont bien plus profondes. La fonction implique, comme je l’ai dit et comme vous pouvez le savoir, des responsabilités importantes. Certainement trop pour moi. Je ne me sentais plus à ma place dans ce poste. Je suis quelqu’un qui a des idéaux et qui est prêt à les défendre vigoureusement. Je crois que cette notion n’est pas compatible pour moi avec le poste de ministre où je n’ai, paradoxalement, qu’une marge de manœuvre trop limitée. Je suis une personnalité civile et non publique. Aussi, monsieur le président, je vous prierai de bien vouloir comprendre les raisons de ma démission, de croire en la sympathie que j’ai pour vous et pour ce que vous faîtes. Je ne regrette pas cette décision qui a été la plus difficile de ma vie, bien que j’éprouve encore un goût d’amertume. J’ai le cœur triste, j’ai l’esprit libre. Merci»

Je ne t’aime pas, moi aussi.

Seule cette dernière phrase a réellement été prononcée par Nicolas Hulot, désormais ex-ministre d’état de la Transition écologique et solidaire. Le reste n’est que pur produit d’imagination de ce qui aurait pu être la conversation téléphonique ou épistolaire qui a lieu entre lui et le président Macron suite à sa démission. Et quoi du côté du président alors ? Et bien l’on ose imaginer quelconque sursaut d’orgueil ou prise de conscience soudaine, plutôt des remerciements à la pelle et l’envie de garder la belle image d’un ministre populaire. Mais à quand le réveil ? Ce 3 septembre encore, quelques 200 personnalités du monde co-signent une tribune justement dans Le Monde pour tenter de déclencher un soulèvement écologique. L’écologie, celle d’Hulot, s’est heurtée à l’économie macronienne et pour de bon. Le point d’orgue : la division par deux du prix du permis de chasse à la veille de l’annonce de sa démission. La faute à qui ? A l’exécutif jupitérien ou à l’insoumission hulotinne ? Le constat est en tout cas le suivant : en France l’écologie piétine. En politique du moins. Hulot s’en va vers d’autres combats en d’autres lieux, ou carrément pour reprendre ceux qu’il n’a pu emporter. Réduire de 50% la part du nucléaire en France d’ici à 2025 n’est plus qu’une annonce de campagne illusoire. L’artificialisation continue à artificialiser les sols. Le glyphosate va encore glyphosater quelques rangs de maïs. Le vent soufflera dans le vide mais pas dans l’éolien. Les avions ne décolleront pas de Notre-Dame-des-Landes et c’est bien là un des seuls points lumineux du bilan Hulot, bien qu’on se demande s’il ait vraiment compté dans cette bataille.

« Sois fier de toi »

De batailles, l’ex-ministre en a remporté bien sûr mais il y a à chaque fois cet ombre amer et pleine de frustration qui fait presque penser qu’on lui a mis exprès des bâtons dans les roues. Un de ses plus grands espoirs en rentrant au gouvernement a été de faire inscrire le principe écologique tout en haut de la constitution. Chose approuvée oui et qui allait être mise en place. Du moins jusqu’à ce que l’affaire Benalla éclate et repousse la révision constitutionnelle. Quoi d’autre ? La fin de l’exploitation et de la recherche d’hydrocarbures en France dès aujourd’hui 2040 obtenue en décembre 2017 à l’Assemblée. Dossier glyphosate : verre à moitié plein ou à moitié vide, à vous de juger. L’Union européenne l’a renouvelé pour cinq ans, elle qui en voulait dix mais que les lobbys français ont réussi à stopper à temps. A l’échelle nationale c’était le quiproquo entre Hulot et le ministre de l’agriculture Stéphane Travert, ce dernier qui maintenait que l’utilisation du glypho continuerait tant qu’aucune substitution au produit ne se présenterait.

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Eux se sont bien présentés, en bonne et due forme comme l’avait voulu Napoléon le 1er du nom, les États généraux de l’alimentation, remplis de promesses et de débats passionnés. Au cœur du sujet les questions de castration à vif des jeunes cochons, de broyage des petits poussins ou encore la présence de couverts plastiques dans les cantines de nos petits à nous. Agriculteurs et organisations environnementales s’assoient autour d’une grande table pour dire à stop à tout ça, pour de bon. Le texte allait prendre vie partout en France (le mais arrive) et Hulot pourrait crier victoire, mais l’Assemblée en décida autrement. Qui alors des français ou des politiques sont désormais réfractaires au changement ? « Et pourtant, mais pourtant citoyens ! Regardez comme l’écologie a avancé en France, nous avons le meilleur bilan politique en matière d’écologie que le pays n’ai jamais eu. » Ou comment aborder le problème par la politique du pire. L’Élysée affirme ainsi que Hulot le grand peut être fier de son bilan et de son bon travail. 8 septembre : 700 scientifiques implorent les politiques de s’occuper sérieusement du problème environnemental, bien plus sérieusement qu’on ne le fait. Deux fois en cinq jours, nous ne dirons pas que nous n’étions pas prévenus.

Petit soldat au garde à vous

La solitude du pouvoir est une facette bien connue de ceux qui l’ont exercé. Hulot était sans doute le plus populaire du gouvernement. Cela n’aura en rien empêché qu’il eut souvent été seul sur les sujets évoqués plus haut. On a de la sympathie pour Hulot, on s’est dit que c’était bien et même agréable d’avoir un gars qui passait à la télé, qui savait parler au gens sans faire de la politique. Paradoxalement, il a dû se sentir bien seul à cette dernière réunion avec chasseurs et autres lobbyistes le lundi 27 août quand tout à coup sans prévenir il apprend que le prix du permis de chasse sera divisé par deux. Sans prévenir, à sa manière d’homme libre, il démissionne au micro de France Inter le lendemain. La gouvernance n’a pas eu l’air plus chamboulée que ça. Le mardi d’après, après quelques tergiversations et rumeurs, notamment au sujet de Daniel Cohn-Bendit le vert, c’est finalement François de Rugy l’ex-vert qui abandonne ses fonctions de gentil président de l’assemblée pour devenir et remplacer au mieux, car il a un très très bon bilan ne l’oublions pas, Nicolas Hulot. Voilà un changement qui fait du bien et ou au moins on aura la certitude que De Rugy restera bien sagement aux côtés de son président sans lequel il ne peut plus avancer. C’est vrai que maintenant De Rugy il paraît coincé comme ça, limite chiant, alors que pendant la campagne présidentielle c’était presque un punk. Un marginal qui balançait carrément que « Emmanuel Macron il parle pas d’écologie ».

Bim ! Te voilà 20 mois plus tard à son chevet, fidèle comme un bichon à affronter les combats que Hulot l’affranchi a manqué de braver. Quelle excitation vous promet ce nouveau ministère François. Oh non vous n’êtes plus à une contradiction près.

Bon courage.

Bonnes vacances Monsieur Hulot.

 

Maxime Giraudeau

maximegir17@gmail.com

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