Théo Espy, premiers pas dans la cour des grands

A Bordeaux, Théo Espy, 19 ans a créé depuis peu sa marque de vêtements. Alors que beaucoup d’étudiants effleurent encore du bout des doigts le monde professionnel, le jeune bordelais concrétise déjà ses rêves d’enfant. Etudiant en semaine, auto-entrepreneur le week-end, Pop-Up met le cap sur le quotidien chargé de ce jeune homme aux multiples casquettes.

 

Samedi après midi, 16h30. C’est sur l’une des places mythiques du centre ville que nous avons donné rendez-vous à Théo. Il arrive sous la pluie bordelaise, trempé et le sourire aux lèvres. A la terrasse d’un café, les présentations prennent un air amical, le garçon est à l’aise. Réchauffé par un chocolat chaud, Théo Espy commence à nous expliquer son quotidien un peu particulier, son parcours, ses choix de vie et ses projets.

 

 

Un étudiant épanoui

 

Aujourd’hui, Théo vit dans le foyer familial, près de Bordeaux, à Léognan où il a grandit. Issu de la filière scientifique au lycée où il a obtenu le baccalauréat  “ric rac” (sic), le jeune homme privilégie une voie bien spécifique, sous les encouragements de ses parents.

Il suit une formation de chef de projet multimédia et web dans une école de web design, non loin du centre ville : “je suis très content d’avoir intégré cette école, je fais ce que j’aime, j’ai la sensation d’avoir trouvé ma place”.

Des centres d’intérêts, des choses qu’il aime faire, l’étudiant en a un paquet. De nature très créative depuis le plus jeune âge, Théo réalise des projets, dessine, développe des sites web et fait du codage :  “en réalité, j’aime créer des interfaces, c’est à dire des outils dans différents domaines que les gens peuvent utiliser ensuite”.

C’est avec humilité qu’il se décrit : “je pense être inventif, en tout cas, je ne suis jamais en panne d’idée quand il s’agit de lancer un projet !”.  “L’idée” du moment, en passe de devenir durable : Obrigado sa marque de vêtements.

 

 

Obrigado, qu’es aco ?

 

Un des t-shirts best-seller de la marque bordelaise.

 

Obrigado a vu le jour à la fin de l’année de terminale de l’ex-lycéen (été 2018 ndlr). Emporté par le désir vibrant de réaliser un projet concret, et l’envie de s’évader de cette année intense, c’est d’abord avec un de ses amis que le jeune bachelier lance son projet. Partageant le même attrait pour les vêtements, le choix de lancer leur marque était comme une évidence.

C’est avec des étoiles plein les yeux que Théo nous raconte les débuts : “j’ai parlé de notre projet autour de moi, et j’ai été très surpris, mais beaucoup voulaient nous rejoindre dans l’aventure, ça m’a fait tellement plaisir !”.

Après avoir gonflé les effectifs, l’étudiant nous explique les débuts, et les longues heures de réunion à cinq, à la bibliothèque, pour bâtir Obrigado et sa première collection. Il avoue avoir été partagé entre excitation et difficulté de prendre des décisions à plusieurs.

Se mettre d’accord sur un style vestimentaire, une image de marque, les valeurs qu’elle véhicule, le choix des tissus ou encore un nom, telles étaient les problématiques estivales des jeunes créateurs.

 

D’ailleurs, quelles sont les origines de ce nom “Obrigado” ? Le sourire et les haussements de sourcils du jeune homme traduisent la tâche difficile que cela a été : “on se creusait la tête jour et nuit pour trouver des mots qui sonnaient bien, on en inventait même parfois” nous informe-t-il, “mais je voulais un nom qui ait du sens, un mot du quotidien que l’on pouvait s’approprier”.

C’est finalement la mère de Théo qui a tranché. Partant du mot “merci” en français, elle a puisé son inspiration dans l’essence même de la marque : ses créateurs. C’est en effet en pensant aux origines portugaises d’un des amis de son fils que le mot Obrigado, lui est venu à l’esprit. “J’ai tout de suite aimé” affirme le jeune chef d’entreprise, “c’était original tout en gardant le sens premier que l’on voulait conserver”.

 

 

Travailler ensemble pour travailler mieux

 

Les cinq amis ont pu mettre un nom sur les premiers designs de leur collection. Là aussi, visiblement, notre interlocuteur ne compte pas le nombre de dessins qu’il a réalisé depuis, seul ou en équipe : “j’adore dessiner les modèles, mais c’est un travail de longue haleine, il faut sans arrêt se remettre en question et recommencer” explique-t-il, “tout le monde s’y met et essaie d’apporter les meilleures modifications possibles, c’est parfois de l’ordre du détail”. Effectivement, chez Obrigado, pas de rôles définis. Chacun met la main à la patte. Théo passe du codage du site web au design d’un t-shirt, puis s’occupe de la communication sur les réseaux sociaux, et c’est pareil pour tout le monde. Cependant, parfois, il faut faire face aux aléas de la vie : “depuis peu, nous ne sommes plus que trois dans l’équipe, mais je ne suis pas mécontent, tout le monde travaille dur !” assure-t-il, “ici tout le monde participe au projet et repart quand il veut, c’est la politique de la maison !” poursuit-il amusé.

 

 

Privilégier la qualité à la quantité

 

Certifié coton bio recyclé, 100% made in France.

 

Si ces valeurs sont évidentes pour lui, il a fallu réfléchir quelques heures de plus pour choisir celles véhiculées par leur marque. En effet, tous les produits que proposent la start-up bordelaise sont certifiés coton bio et recyclé, fabriqués en France. Un point important pour gagner en crédibilité sur le marché mais également pour des raisons plus personnelles selon son créateur : “nous nous sommes tout simplement basés sur notre point de vue de consommateur. On crée les vêtements que l’on rêve de porter, alors on optimise la qualité” nous montre-t-il en nous tendant un des t-shirts best-seller de leur nouvelle collection.

 

Seulement voilà, la qualité a un prix qui n’est pas toujours facile d’assumer pour ces jeunes étudiants : “Faire du made in France c’est cher c’est sûr, mais on ne voulait pas mettre notre marque sur des tissus asiatiques de mauvaise qualité, même si le prix est flatteur” explique-t-il, “c’est l’identité de la marque que l’on construit en faisant ces choix là, et c’est très important pour nous d’être le plus sincères possible”.

 

Créer sa marque de vêtements n’est donc pas donné à tout le monde. Honnête, notre interlocuteur en est conscient : lui comme ses amis ont dû faire des sacrifices, et investir pour vivre cette aventure parfois coûteuse. Aujourd’hui, Obrigado rembourse tout juste ses créateurs, mais ne réalise pas encore de réels bénéfices “le salaire ce n’est pas pour tout de suite !” réponds Théo en riant, “les dépenses sont nombreuses, comme les dépenses administratives, les invendus… c’est le jeu aussi” nous avoue-t-il.

 

 

Un créateur admiratif et inspiré

 

La jeune marque de streetwear bordelaise puise son inspiration dans quelques grands noms de la mode, comme Virgil Abloh, directeur artistique de Louis Vuitton et créateur de la marque Off White, très admiré de Théo : “j’admire particulièrement son travail, les techniques utilisées, les matières… ce n’est pas le produit fini qui me fascine, mais le travail de conception de son créateur” explique le jeune entrepreneur. Son travail est également influencé par le rappeur américain XXXTentacion, au style vestimentaire décalé. Décédé en 2018, ce dernier ne touchait pas Théo uniquement dans sa musique “il avait un style à lui, décalé et sûr. Il avait une vraie identité et c’est ça qui me plaisait”.

 

 

Voir plus grand

 

Si aujourd’hui Obrigado cible inévitablement les jeunes amateurs de streetwear et de découvertes, Théo aimerait voir plus grand dans quelques temps, et afficher un style plus “couture”, plus original, afin d’étoffer son identité et s’affirmer davantage : “pour l’instant, Obrigado est un prototype, on se lance, on prend nos marques, mais l’objectif c’est se faire connaître, de grandir et de s’épanouir” ajoute Théo. Les économies de ces jeuneS adultes dorment sur un compte en attendant d’être utilisées à bon escient.

 

 

Sur tous les fronts

 

Son témoignage est explicite, la vie de Théo est mieux remplie depuis que Obrigado existe. Inévitablement, tout n’est pas toujours facile à gérer. Entre vie étudiante, vie professionnelle, ses amis et sa famille, on peut parfois s’y perdre. Le sourire s’efface un peu du visage de notre interlocuteur qui prend un ton plus solennel pour nous expliquer que parfois les responsabilités sont trop lourdes : “à certaines périodes, on est juste fatigués, rien ne va comme on le voudrait pour la marque, et nos proches le ressentent” confie Théo, “souvent ils s’inquiètent, et j’aimerais leur montrer qu’il y a plus de positif que de négatif, que je suis quand même heureux”, dit il.

 

De plus, gérer Obrigado comme toute autre entreprise,  s’avère être une activité extrêmement chronophage, qui demande rigueur et organisation, ce qui ne semble pas être le point fort de notre jeune bordelais qui retrouve sourire et humour : “j’essaie d’effacer ce défaut qui me met souvent dans l’urgence, mais ce n’est pas facile, je persiste tout de même !”

 

 

Transmettre et partager

 

Jeune homme ambitieux mais raisonné, Théo a plus d’un tour dans son sac pour son avenir professionnel. En plus de sa marque, le jeune homme s’est également lancé dans le développement de site web pour des clients avec un camarade de classe. Création d’affiches, stratégie marketing et communication viennent s’ajouter à son emploi du temps quotidien. Il nous fait part de quelques ambitions : “j’aimerais donner des cours, former des gens, peut être en développement web. J’ai toujours su que j’aimais enseigner, sans jamais ne l’avoir vraiment fait” confie-t-il, “j’aime l’idée d’apprendre des choses aux gens, qu’on s’améliore tous ensemble”.

C’est sur cette note d’unicité que nous concluons cette entrevue. Nous quittons le café et la conversation continue dans les rues bordelaises. Les séparations se font rue Sainte Catherine, marquant la fin d’une belle et riche entrevue.

 

 

Si les produits Obrigado vous intriguent, n’hésitez pas à cliquer ici ! Vous pouvez également voir les visuels de la marque sur leur compte Instagram @obrigado_official.

 

Crédits photos : Théo Espy.

Elora DITTA

 

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