Sénégal : chronologie d’une semaine de violence et de revendications

Considéré comme le pays démocratiquement le plus stable du continent africain, le Sénégal vit depuis le 3 Mars la rébellion d’une partie de sa population. Après un an de Covid19 et une grave crise économique, l’arrestation du principal opposant au pouvoir, Ousmane Sonko, n’aura pas manqué de faire exploser la colère des Sénégalais. 

 

Ousmane Sonko, député et plus si affinité ?  

Au pouvoir depuis 2012, le président Macky Sall est vivement critiqué depuis plusieurs mois. En cause, sa gestion de la crise sanitaire ainsi que l’appauvrissement d’une partie de la population qui « a faim ». Le président est soupçonné par les opposants d’avoir monté de toute pièce l’arrestation du député Ousmane Sonko, désigné comme son principal rival en vue de la présidentielle de 2024.

Le 3 Mars, alors qu’il se rend au tribunal pour répondre d’une accusation de viol et menace de mort par une employée d’un salon de massage, Ousmane Sonko est arrêté. Celui dont l’objectif est la présidence en 2024 est largement soutenu par les jeunes, notamment grâce à des idées antisystèmes. Des heurts entre ses sympathisants et la police éclatent lors de son convoi, il sera officiellement inculpé pour «trouble à l’ordre public ». Des cortèges se forment en direction de la Place de la Nation, sur laquelle trône la statue Demba et Dupont, représentant un Tirailleur africain et un Poilu français. S’en suit de nombreux pillages dans le centre de Dakar, notamment contre des enseignes françaises comme les supermarchés Auchan, en guise de protestation contre la France, pays considéré comme un soutien du président Macky Sall. Redoutant des nouvelles scènes de violences, les écoles françaises ont fermé leurs portes. Signe d’une démocratie vacillante, les autorités sénégalaises ont suspendu pour 72 heures le signal télévision de 2 chaînes privées, coupables d’avoir « diffusé en boucle des images de violences ». 

 

L’Université Cheikh Anta Diop, épicentre des revendications  

Ce même mercredi, étudiants et forces de l’ordre s’échangeaient des jets de pierres et autres projectiles. En guise de riposte, les hommes en bleu ont largement fait usage de gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes pour tenter de rétablir l’ordre. Bis repetita le jeudi, des heurts éclatent de nouveau avec cette fois-ci, des étudiants retranchés dans le Centre des œuvres du campus de l’Université Cheikh Anta Diop. La jeunesse sénégalaise réclame de son gouvernement des mesures favorisant les opportunités d’emploi au sortir des études. 

Le 5 Mars, les violences s’intensifient semant le chaos dans la capitale sénégalaise. Ces 3 jours de contestation ont causé la mort d’au moins 5 manifestants et fait de nombreux blessés, dont certains chez les forces de l’ordre. Dans la soirée, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Antonio Guterres, s’est dit « très préoccupé par la situation au Sénégal » et appelle les contestataires à « éviter de nouveau une escalade de la violence ». De son côté, l’ONG Amnesty International a fait savoir que « Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression […] ». Ndèye Fatou Blondin Diop, membre du Mouvement de Défense pour la Démocratie (M2D), appelle les manifestants à « descendre massivement dans les rues […] pendant 3 jours » afin « d’aider les enfants et petits-enfants dans la quête d’un avenir meilleur ». Le collectif demande au peuple sénégalais de se vêtir de blanc afin de rendre hommage aux personnes décédées lors de ces heurts. Le lendemain, le médiateur de la République annoncera la fermeture des établissements scolaires sur l’ensemble du pays pour 1 semaine. 

Il faudra attendre le 8 Mars et la libération sous contrôle judiciaire d’Ousmane Sonko pour que le pays, et la capitale, retrouvent un semblant de calme. 

 

Léo Marchegay

Crédit photo : SIPA Presse

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