Jeudi 10 septembre, l’émission “La Grande Librairie” de la veille a été retirée de la plateforme France TV. La raison ? La carte blanche d’Adèle Haenel, au cours de laquelle elle a notamment déclaré : “L’Etat d’Israël commet un génocide en Palestine. Et la France est complice”. Cette dépublication a suscité de nombreuses réactions, certains dénonçant une censure tandis que d’autres invoquent une simple procédure de précaution.
Ce mercredi 9 septembre, Adèle Haenel était l’invitée de l’émission littéraire “La Grande Librairie” sur France 5, pour son dernier livre “Viser juste”. Comme chaque semaine dans son talk-show, dans le cadre de la chronique “Droit dans les yeux”, Augustin Trapenard propose à un des invités une prise de parole libre face caméra . Ce soir-là, c’est Adèle Haenel qui réalise cette carte blanche.
Elle décide de se servir de cette opportunité pour mettre en parallèle la silenciation et le déni autour des VSS (violences sexistes et sexuelles) et la silenciation et le déni autour du génocide en Palestine. La voix tremblante, l’autrice évoque une “réalité que tout le monde connaît mais qui ne doit pas être dite” ou “un silence télévisuel qui englue le pays” entraînant une “acceptation par tous de l’inacceptable”.
Elle dénonce ici le silence d’une partie des chaînes de télé et du service public concernant la crise humanitaire en Palestine. Mais le passage qui est à l’origine de la suppression du replay est le suivant : “L’Etat d’Israël commet un génocide en Palestine. Et la France est complice. (…) N’acceptez pas l’inacceptable. Alors sanctionnez Israël. Et libérez la Palestine”. L’utilisation du terme de “génocide” représente un des arguments justifiant la dépublication. Dès le lendemain matin, cet épisode de “La Grande Librairie” est retiré de la plateforme France TV.
“Une procédure courante”
Le 11 septembre, pour répondre à la polémique née de cette dépublication, Delphine Ernotte, présidente du conseil de direction de France Télévisions, prend la parole et réfute l’accusation selon laquelle cette action relèverait de la censure. Selon elle, il s’agit simplement d’une procédure courante en attendant la décision de l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique). Elle explique aussi que cette suppression fait suite aux plaintes de nombreux téléspectateurs, à l’emploi du terme de “génocide” qui fait débat pour qualifier la situation en Palestine et à la critique du gouvernement français qualifié de “complice” par Adèle Haenel.
De son côté, Stéphane Sitbon Gomes, directeur général adjoint chargé des Offres et de la Stratégie éditoriale de France Télévisions, a déclaré que la liberté d’expression était toujours garantie sur les antennes de France TV, et a mis en avant le fait qu’Adèle Haenel avait pu s’exprimer sans restriction lors de sa carte blanche. Il nie lui aussi les accusations de censure, et pour soutenir son propos a donné plusieurs exemples de cartes blanches dans “La Grande Librairie”, s’indignant de la situation à Gaza et n’ayant pas été supprimées. Tout comme Delphine Ernotte, il invoque une modalité technique de précaution en attendant la décision de l’ARCOM.
Les téléspectateurs n’ont pas été les seuls à s’en remettre à l’ARCOM, des élus politiques comme Shannon Seban (LR) ou Julien Odul (RN) ont aussi saisi l’ARCOM en dénonçant un manque de pluralisme, et une carte blanche “sans contradiction ni nuance”.
Une censure et une honte
Deux jours après son passage dans l’émission, Adèle Haenel a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux pour partager sa carte blanche et expliquer qu’elle se doutait qu’elle allait être supprimée, mais qu’elle ne pensait pas que l’émission entière le serait.
Elle dénonce une parole censurée, pas seulement la sienne, mais aussi celle de tous les auteurs et autrices avec qui elle a pu échanger sur le plateau de “La Grande Librairie”. Cette dépublication est pour elle, la parfaite démonstration du point central de sa carte blanche : il existe “certains mots, certaines réalités, que tout le monde sait et qui ne doivent pas être dites”.
Plusieurs personnalités de gauche, notamment de LFI ou du PS telles que Manon Aubry ou Olivier Faure ont soutenu l’écrivaine en dénonçant une censure et une suppression injustifiée et honteuse.
“Prendre la parole, c’est toujours prendre un risque”
Une semaine après le passage d’Adèle Haenel, Augustin Trapenard s’est exprimé à la fin de son programme. Il a défendu le droit de ne pas être d’accord, le droit de débattre, tout en rappelant que la parole doit rester libre, et que “prendre la parole, c’est toujours prendre un risque”.
Augustin T. en a profité pour défendre sa chronique “Droit dans les yeux” et son principe de carte blanche, qui permet de donner la parole à des artistes aux opinions différentes : “personne ne pense et n’écrit pareil, il y a autant de textes que de points de vue sur tous les sujets ”. Il est pour lui primordial de préserver une parole libre et le droit pour chaque écrivain de “s’exprimer en toute liberté dans les limites de la loi”.
Augustin Trapenard semble donc prendre position en faveur de la carte blanche d’Adèle Haenel et contre sa dépublication.
Loris CLEORON
©flickr
https://www.flickr.com/photos/187643711@N07/51161095579/
Je m’appelle Loris CLEORON, je suis passionné par la musique et j’envisage de devenir journaliste. Ainsi, je fais une double licence Information Communication Anglais, et je souhaiterais me spécialiser soit dans le journalisme culturel (musique, mode) soit dans le journalisme géopolitique concernant l’actualité internationale.