Longtemps considérée comme le choix évident vers la guérison à la suite d’un cancer du sein, la reconstruction mammaire fait désormais face au mouvement « Going Flat », le choix des femmes de « vivre à plat ». Une façon pour les patientes de s’émanciper des normes sociales et de reprendre possession de leur corps.
À la suite d’un cancer du sein, les patientes peuvent subir une mastectomie, qui consiste en une chirurgie d’ablation partielle ou totale du sein. Lorsque l’ablation est totale, le sein est entièrement retiré. S’offre alors à la patiente le choix de reconstruire le volume mammaire. Cette solution chirurgicale nécessite soit l’implant d’une prothèse dans le corps, soit le transfert d’une partie de la peau, de la graisse ou des muscles d’une autre partie du corps. Le volume du sein est ainsi retrouvé. Cependant, cette opération peut entraîner un suivi médical long et lourd, et certaines complications peuvent survenir.
Certaines femmes disent NON à la chirurgie
En effet, de plus en plus de patientes choisissent de ne pas reconstruire leur sein et de vivre « à plat ». Une des raisons majeures qui encouragent ce choix est la convalescence plus rapide. La reconstruction mammaire nécessite plusieurs mois pour une restauration du volume, et plusieurs opérations. Malgré tout, le choix de garder le buste plat comporte aussi ses risques : troubles de la cicatrisation, douleurs et ecchymoses. Le choix est difficile à faire, mais beaucoup disent se sentir « libres » après avoir choisi de refuser l’opération de reconstruction.
Le poids du regard social qui pèse sur cette décision
Le choix de garder son buste plat casse l’image de la féminité liée au corps de la femme et à sa poitrine. Les patientes qui témoignent de leur choix racontent souvent avoir dû faire face à l’incompréhension de leur entourage, mais aussi des soignants. L’incompréhension de « ne pas vouloir être complète ». Est-ce que ne pas avoir deux seins traduit vraiment un manque chez une femme ? Ne pas reconstruire le volume mammaire est, pour certaines, une façon de ne pas masquer ce qui leur est arrivé, de montrer qu’il ne faut pas en avoir honte et qu’au contraire, elles ne ressortent que plus fortes de ce combat. Abigail B. Bakan a été atteinte d’un cancer du sein et a choisi de ne pas reconstruire ses seins. Elle écrit, dans son essai Going Flat: Breast Cancer, Mastectomy and the Politics of Choice, que, malgré son refus explicite, les professionnels de santé expriment une forme d’anxiété. D’autre part, elle insiste sur le fait que certains événements mettent trop en avant la reconstruction quand d’autres options existent.
Le mouvement Going Flat en expansion
Le mouvement Going Flat défend le droit des femmes de vivre avec un buste plat après leur mastectomie. Le but est de montrer que ce choix est légitime au même niveau qu’une reconstruction mammaire. Selon l’association Not Putting on a Shirt, les femmes qui décident de conserver un buste plat se heurtent parfois à des médecins qui laissent sous-entendre que l’option choisie n’est pas la meilleure. Ce choix, parfois minimisé, est pourtant souvent revendiqué par les patientes comme esthétique, identitaire, comme une façon de se réapproprier son corps en dehors des normes jugées patriarcales. Différents groupes émergent, comme Flat and Fabulous ou Not Putting on a Shirt pour soutenir les malades. Ces groupes permettent aussi aux femmes atteintes de cancer d’échanger avec d’anciennes malades et d’être guidées dans leur guérison.
Octobre Rose n’est pas seulement un mois de mobilisation où l’on finance la recherche, mais c’est aussi se rappeler que le cancer du sein est un combat de tous les jours dont les cicatrices restent. Soutenir les femmes touchées par le cancer, c’est les accompagner sur le chemin de la guérison. Et la vraie reconstruction se fait dans la liberté de choix.
Ophéline LUCAS