Après des années de guerre, l’Arménie et l’Azerbaïdjan semblent d’accord pour mettre un terme à ce conflit âgé de 37 ans. Le Karabakh, une région peuplée d’Arméniens mais historiquement liée aux deux pays, en est à l’origine. La situation reste tendue à l’heure actuelle, mais 2025 serait l’année de la réconciliation.
13 mars 2025 : l’Arménie et l’Azerbaïdjan font part d’une grande nouvelle. Une entente serait sur le point de se conclure concernant la région du Karabakh qui les oppose depuis près de 40 ans. Cette région azerbaïdjanaise trouve en effet ses origines en Arménie. Le conflit serait peut-être sur le point de s’achever.
Néanmoins, les tensions restent palpables entre les deux pays. Le même jour, l’Azerbaïdjan faisait part d’un accord de paix “unilatéral” : ce qui a valu la réaction d’Erevan, qui souhaitait annoncer un accord “bilatéral”. Bien que l’annonce ait suscité des applaudissements du monde entier, l’atmosphère reste froide dans le Caucase du Sud. Pour comprendre tout ce conflit, il faut revenir dans le temps.
Le Karabakh : au cœur des tensions depuis toujours
Pendant l’Antiquité, ce territoire montagneux d’environ 4 400 km² appartenait au Royaume d’Arménie. Le peuple qui y vivait était principalement de croyance chrétienne en opposition avec les influences musulmanes des Azéris. Jusqu’à l’invasion des Empires ottoman et russe. L’Arménie est alors divisée : d’une part l’Arménie orientale (sous domination perse qui était sous pression russe) et d’autre part l’Arménie occidentale (sous domination ottomane). L’Azerbaïdjan est aussi envahi par les armées russes et perses.
Les années passent et c’est en 1918 que les deux pays proclament leur première indépendance. Seulement pour une courte durée. En 1920, les deux États sont envahis par l’Armée rouge. Les deux territoires font désormais partie de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, plus connue sous le nom d’URSS. Staline, à la tête de l’Union, décide en 1921 que ce sera l’Azerbaïdjan qui intégrera officiellement le Karabakh dès 1923. Le territoire reste cependant autonome.
Le Karabakh étant majoritairement peuplé d’Arméniens, les tensions commencent. Ce territoire central fait en effet partie intégrante de l’histoire des deux pays mais il est originellement d’Arménie. Les quelque 120 000 habitants du territoire sont alors pour 90% d’origine arménienne. Cette décision soviétique, d’attribuer le Karabakh à Bakou ne passera jamais pour Erevan.
Chute de l’URSS : un point crucial
Les tensions monteront encore d’un cran en 1988. La république du Haut Karabakh s’autoproclame comme république socialiste soviétique à part entière au même titre que l’Arménie et l’Azerbaïdjan mais l’Azerbaïdjan revendique la même année à Mikhaïl Gorbatchev, tête suprême de l’URSS, que le Haut-Karabakh lui appartient. Au même moment, près de Bakou, un pogrom anti-arméniens fait état de 32 morts et environ 2 000 blessés. Les relations s’enveniment.
Ce n’est finalement qu’en 1991 que les frictions s’intensifient : lors de la chute de l’URSS. Bakou et Erevan revendiquent leur indépendance pendant l’été et Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh, l’annonce aussi la même année. Le représentant de l’époque de cette dernière avait organisé un référendum portant sur l’indépendance du pays. La majorité a répondu “oui”. La guerre éclate. Pendant 3 ans, les deux pays se battront pour ce territoire.
Les conséquences, comme dans toute guerre, sont dramatiques : près de 30 000 morts. La Russie tente d’apaiser la région. Elle entretenait de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan mais faisait aussi partie de l’OSCE, un organisme de défense auquel l’Arménie appartenait. Il était donc compliqué pour elle de trouver un point d’entente. Elle parvient finalement à le faire : un cessez-le-feu est signé en 1994. L’Arménie en sort victorieuse.
Nouveau siècle, toujours la même situation
Le conflit continue toujours. L’Azerbaïdjan ne digère pas sa défaite. C’est alors en 2016 que Bakou ravive les braises. Du 2 au 5 avril, lors de la Guerre des Quatre jours, l’Azerbaïdjan fait pression sur le Karabakh en alignant des soldats sur la frontière qui sépare cette région montagneuse du reste du pays. Ce mouvement a pour but de menacer l’Arménie qui a récupéré du terrain plus de 20 ans auparavant. L’hémorragie continue encore lorsqu’en 2020, l’Azerbaïdjan décide de lancer une deuxième opération militaire pour reprendre le territoire. 40 jours auront suffi. Et tout cela avec l’aide de la Turquie dont l’Arménie garde un très mauvais souvenir.
Plus récemment, en septembre 2023, l’Azerbaïdjan a lancé un assaut sur le territoire en prétextant des raisons anti-terroristes. Il causera 400 morts et plus de 100 000 réfugiés ethniques.
Des relations toujours très distantes

Le Premier Ministre arménien, Nikol Pashinyan, en fonction depuis le 8 mai 2018.
Les relations entre les institutions des deux pays restaient jusqu’alors froides. En janvier 2023, le Premier Ministre arménien Nikol Pashinyan annonçait que les discussions avançaient avec Bakou. En 2024, quatre villages frontaliers sont rendus à l’Azerbaïdjan par Erevan grâce à un accord sur les frontières.
En revanche, pour ce qui est du traité de paix, deux articles restaient en suspens. Face à cela, l’Azerbaïdjan a publiquement annoncé que Erevan avait déjà accepté ces derniers. Même si l’Arménie a annoncé renoncer au territoire du Karabakh, Bakou souhaite que cela soit inscrit dans leur Constitution afin de s’en assurer.
Il n’en reste pas moins que la porte-parole du ministère des Affaires Etrangères arménien, Ani Badalian, a indiqué qu’il n’est écrit nulle part que la constitution arménienne revendique une part du territoire azerbaïdjanais. L’Arménie avait reconnu la souveraineté de Bakou sur le Karabakh après la victoire d’Erevan en 1994.
L’Arménie demande alors en retour que l’Azerbaïdjan inscrive dans sa Constitution les contours clairs de ses frontières. L’Azerbaïdjan nommait l’Arménie “l’Azerbaïdjan occidental” : preuve suffisante que les Azéris pourraient entamer une conquête vers la mer Caspienne. Erevan veut s’assurer que la tendance de guerre ne s’inverse pas. Ani Badalian a déclaré : « L’Arménie veut simplement s’assurer que cela signifie une fin de facto et de jure au conflit et non son transfert sur le territoire de la République d’Arménie dans le cadre du discours dit de l’« Azerbaïdjan occidental »».
Le ministère des Affaires Etrangères azerbaïdjanais a aussi réclamé la dissolution de l’OSCE fondée en 1992 lors des combats dans le Haut-Karabakh. Ce à quoi le ministère des Affaires Étrangères arménien a répondu qu’il ne s’opposait pas à la dissolution du groupe.
La communauté arménienne divisée
Cela ne passe pas aux yeux des Arméniens du Karabakh et d’origine qui voient ce traité comme un abandon et une trahison. En se soumettant à ce pacte, grandement mené par l’Azerbaïdjan, les Arméniens du Karabakh craignent pour la suite. Les Arméniens de la diaspora quant à eux se sentent trahis. Les habitants du pays ne partagent pas la même vision. Ils souhaitent que cette guerre se termine car cela pèse sur leur conscience. Les avis sont donc très divergents au sein de la communauté arménienne.
Le Premier Ministre arménien, Nikol Pashinyan, présente ce traité comme une opportunité de développement. Avec la fin de cette guerre, son pays pourrait enfin se libérer d’un poids et essayer de s’enrichir économiquement en faisant de son pays une route de transit majeure entre l’Asie et l’Europe.
Encourager l’entente
L’Europe tente tant bien que mal de faire signer un traité de paix. Ce jeudi 21 mars, l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a déclaré que Bruxelles devait utiliser son “levier énergétique” pour convaincre l’Azerbaïdjan de signer sur les conditions internationalement reconnues. « L’Union européenne entretient des liens très étroits avec l’Azerbaïdjan dans le secteur de l’énergie. À cet égard, je pense qu’elle doit utiliser ce levier de manière efficace pour faire avancer la paix » a-t-il déclaré.
Malgré cela, Bakou ne veut pas céder et souhaite qu’Erevan signe sous ses conditions qui concernent le tracé des frontières ainsi que la création d’un corridor reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan.
La paix n’est toujours pas actée à ce jour en Caucase du Sud même si les discussions entamées par l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont encourageantes. Le retrait progressif des troupes russes sur la frontière qui s’effectue petit à petit depuis le 1er janvier 2025 donne l’espoir de voir enfin le conflit se terminer. Reste à définir où et quand ce traité sera signé.
Esteban Garat
Crédits photos : Justice and Peace Commission et Flickr

Sur ma page, je parle politique, économie mais surtout automobile ! Je m’intéresse également aux langues étrangères et aux cultures germaniques et scandinaves. En espérant que vous preniez plaisir à lire mes articles ! 😉