K-pop: Un tableau (si) parfait?

K-pop: Un tableau (si) parfait?

Révolution musicale, la pop coréenne dénommée K-pop s’impose progressivement depuis les années 90 sur la scène internationale.

Nominés au Grammy Awards en 2020 dans la catégorie « Best Pop Group Performance » avec leur single Dynamite. En 2019 BTS est, selon le magazine Billboard, le groupe le plus populaire au monde.

Mais que se cache-t-il derrière ce succès? Pop-up fait le point sur la face cachée de cette industrie musicale.

La scène internationale

Alors que la J-pop du Japon ou la C-pop de Chine conservent une influence limitée, la K-pop quant à elle s’affirme désormais sur la scène internationale. Au programme: des jeunes talentueux et beaux, sachant mêler chant, danse et rap au sein d’un même morceau. Et ce, depuis les années 90 et l’apparition de nouveaux groupes dont H.O.T, le légendaire boysband de la SM Entertainment. Contrairement à ses deux confrères asiatiques, la Corée du Sud cherche à étendre son ampleur dans le domaine musical, notamment grâce à des collaborations avec des artistes américains: Coldplay, Sia, Juice Wrld, Selena Gomez, Lady Gaga ou encore Halsey. Mais également par l’omniprésence de la langue anglaise. Monsta X par exemple, formé par l’agence Starships Entertainment, a sorti en décembre dernier un album uniquement en anglais. Ouverture internationale ou perte d’ identité culturelle ? Le débat est ouvert.

BTS a récemment soulevé la discussion par le succès de ses titres Butter et Dynamite exclusivement anglophones, à la suite desquelles ils ont annoncé vouloir “revenir” à des singles en coréens, leur langue maternelle. En effet, malgré l’attractivité commerciale de ces titres, BTS souhaite avant tout s’illustrer en tant que groupe de K-pop plutôt qu’en boys band américain, défendant ainsi ses valeurs culturelles. Mais au-delà de la dimension culturelle, la K-pop s’impose sur le marché musical en organisant des tournées à travers le monde. C’est notamment le cas de Blackpink, qui s’est produit au festival Coachella en 2019. Cependant, la venue d’artistes coréens en France et en Europe en générale reste limitée même si lors de leur concert à Paris en 2019, BTS a triomphé au Stade de France, avec un épuisement des 70 000 places en moins de deux heures et l’ajout en urgence d’une deuxième date.

Une véritable “usine” à succès

Malgré leur talent inné, comment expliquer le succès et le rythme de ces “idols” tant adorés?  Comme leur nom l’indique, les “idols” sont complètement idolâtrés par leur fans et se doivent de renvoyer une image parfaite d’eux-mêmes. Recrutés très jeunes (12 ans environs), les critères sont clairs: compétences en chant, danse et rap auxquelles s’ajoutent des normes de beauté très strictes. A l’issue de ces différents castings, les jeunes sélectionnés entament une formation, en parallèle de leurs études, pour devenir de réelles “stars” musicales. Un air de Camp Rock…

Durant ces années de formations, parfois très longues, ils sont nommés “trainee”, en français “stagiaires” et suivent des cours de chant, danse, rap, mannequinat mais apprennent également à affronter les journalistes et à prendre la parole en public. La plupart vivent dans un même dortoir pendant leurs années de “trainee” où leurs faits et gestes sont suivis de très près par des managers. Mais nombreux sont ceux qui ne débutent jamais malgré de longues années dans ces agences.

Parmi les dizaines de maisons de disque existant sur le marché de la k-pop, quatre d’entre elles sortent du lot et dominent l’industrie. Le Big three, en tête depuis les années 90: SM Entertainment, JYP Entertainment et enfin YG Entertainment dont les noms sont les initiales respectives de leurs fondateurs.

A ces agences, s’ajoute celle de BTS: HYBE Entertainment, plus récente, mais dont l’influence est en hausse depuis la création du groupe en 2013.

Entre fiction et réalité

Au travers de leur formation, les trainees vont avant tout apprendre à construire une image d’eux-mêmes des plus attirantes. Que ce soit sur le plan physique: régimes minceur, maquillage, sport intensif, ou sur le plan moral. L’objectif est de créer de véritables modèles pour leurs fans. Toutes leurs apparitions publiques sont contrôlées et calculées. Ils n’ont droit à aucun faux-pas au risque d’être confrontés à des rumeurs qui ruineraient leurs carrières. Ce fut notamment le cas de Hyuna et Dawn (Pentagon) de l’agence Cube dont les carrières se sont subitement arrêtées après l’annonce de leur relation. En 2021, ils sortent leur premier single en couple: Ping Pong chez le label Pnation, l’agence fondée par Psy (et son légendaire titre Gangnam Style) en 2019.  De quoi révolutionner l’industrie musicale!

A ces différentes rumeurs de couple, s’ajoutent celles concernant leur hygiène de vie. L’objectif étant d’inspirer les jeunes, il semble inconcevable pour l’Industrie et la société coréenne en générale que des “idols” puissent inciter des fans à consommer toute sorte d’alcool ou drogue.

Néanmoins, à force de placer ces jeunes au rang “d’êtres parfaits”, la déception des fans n’est que plus grande quand ils ne se conforment plus à leurs idéaux.

Sombre Industrie

Sulli, de son vrai nom Choi Jin-ri était une actrice, chanteuse et danseuse sud-coréenne. En 2019, elle est retrouvée morte dans son appartement. Souffrant de dépression, la piste du suicide est la plus plausible. Elle faisait partie des figures dénonciatrices du système musical coréen: pression, harcèlement. Fervante féministe, elle était victime de cyber-harcèlement depuis la publication sur instagram d’une photo où elle ne portait pas de soutien-gorge. Deux ans auparavant, c’est le suicide de Kim Jong-Hyun, chanteur principal du groupe Shinee, qui interroge sur la cruauté de cette industrie qui reste jusqu’alors un sujet tabou.

Du point de vue juridique, l’affaire de Seungri, ancien membre du mythique groupe BigBang reste la plus choquante. En 2019, devenu un riche homme d’affaires, Lee Seung-Hyun est au cœur d’un scandale sexuel et de drogue. Il est alors accusé de proxénétisme dans le cadre de rendez-vous avec des potentiels investisseurs de sa société. L’été dernier, il a été rendu coupable de tous ces chefs d’accusation et condamné à trois ans de prison.

De manière plus générale, nombreuses sont les “idols” qui dénoncent les mauvais traitements au sein des maisons de disque. On parle notamment de “slave contract”, en francais “contrat d’esclaves” qui les lient juridiquement à leur agence. Presque impossible à rompre à moins de débourser une conséquente somme d’argent ou de faire appel à un tribunal. Malgré des clauses plus que scandaleuses dans ces contrats, peu sont les “idols” qui osent se rebeller de peur de perdre toute reconnaissance, d’être oubliés.

Pour cela, beaucoup sont prêts à assumer des heures d’entraînements qui, pour certains, se terminent à trois heures du matin. Tous s’engagent à conserver une forme physique, à subir des régimes stricts, à performer à jeun. Jennie de Blackpink exprime cette difficulté au sein du reportage Light Up the Sky sur Netflix. “We always have to be on stage looking perfect and performing the same thing” (“On doit toujours être parfaites sur scène et répéter la même chose.”)

Luttes sociales

Malgré des apparitions systématiquement contrôlées, plusieurs célébrités s’engagent ces dernières années dans la lutte contre les normes de genre. Chenle, du groupe NCT a notamment performé sur scène portant une jupe.

Par ailleurs, plusieurs stars masculines dont Kaï du boys band Exo, se sont affichées sur scène revêtus d’un crop top de quoi faire jaser certains haters sur les réseaux sociaux. L’objectif étant de combattre les stéréotypes et de briser les conventions.

De plus, suite à la pandémie du Covid 19 et l’appellation “Virus Chinois” de l’ancien président américain, Donald Trump,  le racisme anti-asiatiques a pris une ampleur considérable. Plusieurs agressions ont été recensées aux Etats-Unis. Mark Tuan, de Got7 a personnellement réagi sur les réseaux sociaux face à cette vague de haine intolérable.

De manière générale, derrière les jolies paillettes et les couleurs, la K-pop n’est pas épargnée par les scandales et la lutte contre les haters. Néanmoins, à l’heure actuelle, la vague Hallyu semble s’étendre au domaine cinématographique avec la série Squid Game devenue la série la plus regardée de Netflix ou encore le film Parasite, palme d’or au festival de Cannes en 2019. Alors que le Japon semblait avoir pris le dessus sur le cinéma asiatique de par la démocratisation des animés, la Corée du Sud s’affirme, elle aussi, progressivement sur la scène internationale. Park Seo-Joon, célèbre acteur coréen a notamment été annoncé dans la distribution du film The Marvels prévu pour 2023.

Crédit : AFP

Anna Bachelier

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Anna Bachelier

Anna Bachelier. Étudiante en L1 lettres Babel, férue de sport et passionnée de journalisme, je rêve de devenir l’un d’eux. Contact : anna.bachelier@orange.fr Insta : @annaa.bchr