« Je suis Jane Doe » : l’affaire de Cornell qui secoue les États-Unis

« Je suis Jane Doe » : l’affaire de Cornell qui secoue les États-Unis

Mercredi 7 octobre, un sit-in est organisé à l’Université de Cornell. L’objectif est de montrer son soutien à Jane Doe et à tous les survivants d’agressions et de violences sexuelles. Revenons sur l’affaire pour mieux comprendre ce qu’il se passe. 

Selon la plainte, le 19 octobre 2024, Jane Doe, alors étudiante à l’Université de Cornell, se rend à une soirée dans une fraternité (association étudiante de premier cycle composée exclusivement d’hommes). Lorsqu’elle arrive, la jeune femme a déjà un peu bu et deux étudiants l’attirent à l’étage. Ils l’auraient forcée à boire, à fumer du cannabis et à sniffer de la kétamine. Sur le groupe Snapchat de cette fraternité, des messages ont été révélés, invitant les autres membres à se rendre dans la pièce où se trouve l’étudiante : « vagin à volonté à l’étage », « tu as juste à te pointer et à la sortir » ou encore « le magasin est-il toujours ouvert ? ».

Toujours selon la plainte, la jeune femme aurait été violée et frappée pendant près de sept heures, puis se serait évanouie. Elle signale les faits à la police de l’université quelques jours plus tard, mais n’est jamais recontactée : l’affaire est classée faute de preuves suffisantes. Le procureur adjoint du comté, Matthew Van Houten, affirme que cette décision s’explique par l’absence de transmission des pièces du dossier par la police du campus, ce que celle-ci réfute. 

Le 16 septembre 2026, Jane Doe (nom qui désigne une personne anonyme aux États-Unis) dépose à nouveau plainte contre les sept hommes de la fraternité Chi Phi ainsi que contre l’université. Une enquête judiciaire est ouverte et confiée à Letitia James, procureure générale de l’État de New York.

Du campus aux réseaux sociaux : la colère ne retombe pas

Quelques jours avant le sit-in, une manifestation s’était déroulée sur le campus. Au début, les étudiants n’étaient pas nombreux, mais ils ont rapidement été rejoints par de nombreux membres de l’université, formant un important cortège dont les médias se sont fait l’écho.

Le 7 octobre, des étudiants ont ensuite organisé un sit-in de sept heures devant le campus. Cette action, qui consiste à s’asseoir pacifiquement dans un lieu pour protester, visait à soutenir Jane Doe et toutes les victimes d’agressions et de violences sexuelles. Les organisations étudiantes à l’origine de l’action dénoncent un système qui « protège trop souvent sa réputation au lieu des survivants et qui ne répond aux préjudices qu’après la pression publique ». Ce sit-in faisait partie du « Zero Day », une panne économique à l’échelle du campus, organisée sur une journée : les étudiants étaient appelés à ne pas aller en cours, à ne rien acheter sur le campus et à ne rien imprimer.

Par ces protestations, les étudiants souhaitent exprimer leur désaccord et leur mécontentement face à la gestion de l’affaire par l’université. Cornell a en effet été vivement critiquée, car seuls deux des hommes mis en cause ont été exclus définitivement. Les autres ont été écartés temporairement et ont dû rendre des dissertations en guise de sanction. L’université réfute que ce soit leur seule sanction. La victime, quant à elle, a abandonné ses études après ce qu’elle dit avoir subi.

L’affaire fait également réagir bien au-delà du campus, notamment sur les réseaux sociaux. Après qu’un commentateur américain a encouragé les téléspectateurs à découvrir qui est Jane Doe, des femmes ont répondu massivement. Sur TikTok, de nombreuses vidéos circulent, dans lesquelles de jeunes femmes clament « Je suis Jane Doe » pour masquer l’identité de la vraie victime.

 

Cette affaire n’est sans doute pas un cas isolé. D’après un sondage de l’Université de Cornell en 2025, 35 % des étudiantes de premier cycle du campus ont déclaré avoir été victimes d’une agression sexuelle. Un chiffre qui peut expliquer pourquoi tant de jeunes femmes se sont reconnues dans le slogan « Je suis Jane Doe ». L’enquête, elle, ne fait que commencer.

Alima Tixier

 

 

Sources : 

https://www.huffingtonpost.fr/international/video/les-7-de-cornell-la-colere-ne-retombe-pas-a-l-universite-entre-manifestations-sit-in-et-degradations_336639.html

Insta de cornellnaacp

https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/8933685-l-affaire-de-viol-collectif-qui-dechire-l-amerique-ici-et-maintenant.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gations_de_viol_collectif_en_2024_%C3%A0_l%27Universit%C3%A9_Cornell

https://statements.cornell.edu/2025/20251104-sarm-survey.cfm

©https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cornell_University,_Ho_Plaza_and_Sage_Hall.jpg

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