Hong Kong sous une pluie de flèches

Une pluie de flèches s’abat sur les gratte-ciels de Hong Kong, où forces de l’ordre et manifestants s’affrontent dans une tension palpable depuis le 9 juin. Ce sont plus de 2 millions de personnes qui revendiquent leurs libertés et leur statut politique face au pouvoir grandissant de Pékin.

 

La plus importante crise de son histoire

Hong Kong connaît aujourd’hui la plus grande manifestation qu’elle ait vécue depuis la rétrocession de 1997. Début juin, Carrie Lam, cheffe de l’exécutif et pro-Pékin, déclare un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine, et lance ainsi les hostilités. Par cette loi, les « fugitifs » trouvant asile dans la ville seraient transférés vers la Chine orientale à la demande de Pékin pour être jugés selon la justice locale. Le dimanche 9 juin, ce sont alors plus d’un million de contestataires (soit 1 hongkongais/7) qui se rassemblent dans les rues de la ville-monde pour exprimer leur opposition à l’amendement. Ce rassemblement fait écho aux voix des milliers d’avocats qui avaient manifesté durant la semaine. Dénonçant « une menace envers l’Etat de droit », des milliers de « No China Extradition » avaient été brandis dans la ville entière.

 

Régie par le principe de « 1 pays, 2 systèmes » depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, l’ancienne colonie britannique souhaite conserver ses propres organisations politiques, économiques et judiciaires, jugées plus libérales. Le 9 juin marque le premier jour de ce qui sera la plus grave crise politique à laquelle ait dû faire face Hong Kong depuis 20 ans. En juillet, le gouvernement se voit contraint d’abandonner officiellement le projet de loi afin de rétablir le calme et apaiser les inquiétudes de la population. Cela ne suffit pourtant pas à éteindre le feu des protestations qui consume la mégalopole mais bien au contraire, cette déclaration s’accompagne de nouvelles revendications de la population qui vont bien plus loin avec notamment des demandes de réforme démocratique et la démission de Carrie Lam. Les rassemblements se poursuivent donc tout l’été durant lequel des milliers de parapluies envahissent le paysage urbain de Hong Kong. D’abord utilisé par la population pour se protéger du gaz, l’objet est rapidement devenu le symbole du « mouvement des parapluies de 2014 » (qui réclamait l’élection du président du gouvernement local au suffrage universel) et retrouve toute sa résonnance dans cette nouvelle crise politique qui secoue la métropole asiatique.

 

 

 

Prise d’assaut du Parlement local

Alors que la foule contestatrice s’agrandit un peu plus chaque jour pour s’élever à 2 millions de personnes le 16 juin, le caractère pacifiste des rassemblements fait place à la violence. Le chef de la police, Stephen Lo, déclare en effet que « les actes violents des manifestants ont dépassé de loin la limite de l’expression pacifique de revendications ».

Le 1er juillet, alors que les manifestants progressent au cœur de la ville à l’occasion de l’anniversaire de la rétrocession, c’est un geste symbolique contre le pouvoir central à Pékin qui a lieu. A 21h, après six heures de lutte et d’acharnement sur les vitres blindées à l’aide de barres de fer, tout bascule lorsque la marée humaine réussit à pénétrer dans l’enceinte du Parlement local, obligeant les forces de l’ordre à se replier. En plus de l’occupation de l’hémicycle, les murs sont maculés de graffitis et des drapeaux de l’époque coloniale britannique sont déployés comme provocation, 22 ans tout juste après la rétrocession. Ces manifestants, pour la plupart jeunes, masqués, casqués, sont prêts à tout pour faire entendre leurs voix face au gouvernement pro-Pékin. Le bâtiment est mis à mal et des portraits de dirigeants hongkongais sont notamment arrachés. Il faut attendre plusieurs heures avant que la police n’arrive à déloger les contestataires les plus radicaux par l’usage de gaz lacrymogène, de matraques et de boucliers. Le gouvernement condamne fermement le saccage du Parlement et les autorités locales entament une enquête pour identifier les auteurs de ces violences. « Ces actes graves et illégaux piétinent l’Etat de droit à Hong Kong, compromettent l’ordre social à Hong Kong et portent atteinte aux intérêts fondamentaux de Hong Kong » a indiqué le porte-parole du Bureau des affaires. Après ces scènes de violence, la crise n’en finit pas de se répandre et de s’intensifier paralysant la ville toute entière.

 

L’université Polytechnique, assiégée par les forces de l’ordre

Ce dimanche 17 novembre, la vague de manifestants s’abat sur l’Université Polytechnique (PolyU) qui sera le théâtre de la plus longue et violente confrontation entre manifestants et forces de l’ordre depuis le début des contestations en juin. Des milliers d’étudiants se sont retranchés dans le campus universitaire qui constitue la principale base de la contestation pro-démocratique, mais celui-ci se trouve désormais assiégé par les forces de l’ordre hongkongaises. Pour les déloger, elles font usage de cocktails molotov et menacent de recourir à des balles réelles si les protestataires attaquaient avec des flèches. En effet, depuis quelques jours, de nouvelles armes ont fait leur apparition dans les rangs des pro-démocratie les plus radicaux. Flèches enflammées, arcs, catapultes, lance-pierres, lancers de briques… Tout y est ! Dimanche dernier, un policier s’est notamment vu transpercé le mollet par une flèche tirée par un manifestant. Face à cette violence extrême, la police prend des mesures drastiques. Elle entame un siège du campus en coupant tout accès à un ravitaillement en eau, en nourriture et bloque même le passage aux ambulances. Les habitants des alentours tentent de faire entrer des produits de première nécessité dans l’enceinte universitaire grâce à une longue chaîne humaine. Carrie Lam a affirmé que les étudiants n’avaient d’autre solution que de se rendre : « Ce but ne peut être atteint qu’avec la pleine coopération des manifestants, et notamment des émeutiers qui doivent cesser les violences, rendre les armes et sortir pacifiquement en écoutant les instructions de la police ». Mais une étudiante déclare que « même si nous nous rendons, ils nous mettrons en prison. On donne l’impression que nous avons deux options, mais il n’y en qu’une : la prison ». En effet, toute personne majeure arrêtée est passible de 10 ans de prison. 700 personnes auraient notamment été arrêtées depuis le début de l’occupation.

 

 

Ce vendredi, au petit matin, 6 étudiants ont quitté le lieu, en état de siège depuis 6 jours, probablement poussés par la faim ou la peur d’un assaut plus violent des forces de l’ordre. Un climat de calme s’est installé pour le moment mais les derniers irréductibles restent prêts à un nouvel assaut de la part de la police pour déloger les derniers contestataires. Pour échapper aux représailles de la police, on assiste à des évasions spectaculaires en descente en rappel des ponts situés aux abords du campus. Dans un élan de solidarité, des motos et scooters attendent les étudiants en contrebas pour procéder à leur évacuation du « champ de bataille ». Exténués et parfois blessés, les étudiants sortent au compte-goutte au milieu des décombres, les archers couvrant leurs arrières. Pour relâcher la pression sur l’université et faciliter les évasions, des actions de diversion ont aussi eu lieu à d’autres endroits de la ville. Malgré de nombreuses évasions dans la nuit de lundi à mardi, quelques dizaines de téméraires demeurent toujours retranchés dans l’université, incapables de se résoudre à abandonner le lieu à la police.

 

Dans ce climat encore tendu, les élections des 18 conseils de district de Hong Kong, prévues pour ce dimanche 24 novembre, pourraient être reportées en cas de nouvelles explosions de violence, selon Carrie Lam.

 

Crédits photos : Thomas Peter – REUTERS/Tyrone Siu – REUTERS/Philip Fong – AFP/REUTERS/Ye Aung Thu/Ye Aung Thu.

Léandre Bouffard

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