Espèces en voie de disparition

Espèces en voie de disparition

Déjà sur le déclin depuis plusieurs années, le paiement en liquide est un acte de moins en moins habituel dans la vie de tous les jours. Adoubée par les plus jeunes, redoutée par les plus âgés, l’utilisation de la carte bancaire est désormais monnaie courante dans le quotidien des Lillois.

 

L’argent, le cash, la fraîche, la maille… Vous l’appelez comme vous le souhaitez, toujours est-il que le paiement en espèces est une pratique qui se perd au profit de la carte bancaire. La CB pointe son nez en 1967. Elle s’internationalise en 1975 grâce à l’invention de Roland Moreno, un ingénieur français, lorsqu’il y incorpore un circuit électrique, permettant de réaliser des retraits d’argent. En plus de sa fonction pratique, la CB a largement profité de l’épidémie de COVID pour se démocratiser, profitant des nombreux achats en ligne et autres paiements sans contacts. A noter également que les banques suppriment régulièrement des distributeurs de billets.

Bernard et Claudine Mathon, employés de la fonction publique à la retraite, sont sceptiques quant à l’avenir de l’argent liquide. Interrogés sur la place des espèces dans la vie de tous les jours, Claudine s’élance, sans se soucier de la buée qui envahit peu à peu ses verres de lunettes. « Aujourd’hui on paie majoritairement en carte bancaire, d’autant plus qu’avec le Covid le sans contact est fortement recommandé ». Avec autant de buée sur ses lunettes, Bernard complète, « L’inconvénient c’est que l’on rentre dans un monde virtuel, bientôt on aura plus de monnaie tout va passer par ça », l’air un brin désabusé, il pointe du doigt le smartphone de sa femme.

Le couple de septuagénaires reste attaché à la monnaie et l’utilise « pour des cafés ou des petits achats, comme par exemple là, on vient d’acheter un sandwich, et bien on a payé avec un billet de 10€ ». Ils reconnaissent tout de même utiliser la carte pour des achats d’un montant plus élevé, « pour les achats de moins de 20 € on a tendance à donner un billet, mais lorsque l’on se rend au supermarché c’est souvent par carte qu’on règle, avec le montant du sans-contact qui est passé à 50€, c’est aussi la facilité ».

 

La COVID, bénédiction pour la CB ?

A deux pas du centre-ville lillois et de sa Grand’Place, se dresse l’Église catholique Saint-Maurice, vieille du XIVème siècle, au fond de laquelle le sacristain s’attèle à ce que chaque bougie et chaque cierge soient à leur place avant la messe de 12h15. L’Église aussi est forcée de s’adapter afin de palier à la diminution des dons en physique ainsi qu’aux nouveaux moyens de paiement dématérialisés. Au fond de l’édifice, l’homme de 58 ans explique que « le diocèse a mis en place des bornes électroniques depuis lesquelles on peut faire des dons grâce à une carte bancaire ». En période de pandémie, « le panier utilisé pour la quête ne peut plus circuler de mains à mains entre les croyants pour des raisons sanitaires, ce sont eux qui déposent directement les dons physiques ». Pour certains pratiquants, « l’acte du don de monnaie à une forte valeur symbolique et ils se voient mal donner via une borne électronique ». Malgré ce contexte particulier, le sacristain l’assure, « les dons ne sont pas moins nombreux qu’avant ».

Depuis 2019, des bornes électroniques de paiement sont installées dans une cinquantaine d’églises de la métropole lilloise.

C’est bien connu, la boulangerie est le lieu idéal pour vider la mitraille de son porte-monnaie. Accoudée au comptoir de son commerce rue Saint-Génois, Agnès, employée depuis 10 ans dans la boutique affirme que « pour tout ce qui est petit achat, pain ou baguette, c’est toujours de l’espèces. Par contre nous on fonctionne beaucoup avec des sandwichs et menus, et là clairement tout le monde paie en carte ». Elle aussi remarque « qu’avec le COVID, on a pas mal d’habitués qui paient même leur baguette en sans-contact alors qu’avant il ne fallait pas en entendre parler ».

 

« Non jamais ! Je n’utilise jamais d’espèces, j’ai toujours ma carte bleue »

Assise sur des marches de la Grand’Place avec un ami, la dernière bouchée de sa salade composée à peine terminée, Léa dégaine « Non jamais ! Je n’utilise jamais d’espèces, j’ai toujours ma carte bleue. En plus maintenant on peut payer par carte partout ». Victor a « seulement un billet de 10 € sur lui » et pour les deux étudiants en première année à l’ESTICE Lille « Maintenant il y a Pumpkin pour se faire des virements, donc c’est plus simple ». De nombreuses applications bancaires ont profité de l’explosion des smartphones pour devenir quasi-incontournable aujourd’hui. C’est le cas de Pumpkin, qui permet de réaliser des virements bancaires à l’aide d’un simple numéro de téléphone. L’application est très utilisée chez les jeunes. Certains comme Raphaël Godard, étudiant infirmier en première année, déclare toujours utiliser de l’espèces. Pour lui « c’est important de garder l’argent liquide, j’ai des parents commerçants et je sais qu’ils préfèrent les paiements en espèces, sinon on se dirige vers un traçage de toutes nos dépenses ». Il est vrai qu’avec le tout digital la majeure partie de nos faits et gestes est contrôlée voir même analysée, ce qui pose la question de notre réelle liberté.  Son témoignage illustre malgré tout le fait que des jeunes restent attachés à l’argent liquide.

LÉO MARCHEGAY

Crédits photo : Léo Marchegay 

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Léo Marchegay

Naviguant entre Bordeaux et La Tranche sur Mer, pratique le bodyboard. Rédacteur pour le pôle sport, une préférence pour les sports de glisses et extrêmes. Contact : marchegayleo@gmail.com