Élections en RDC : vote discontinu dans un contexte tendu

Élections en RDC : vote discontinu dans un contexte tendu

Depuis le 20 décembre 2023, la République Démocratique du Congo se retrouve plongée dans une période d’élections générales. Près de 44 millions d’électeurs sont attendus devant les urnes pour participer aux scrutins présidentiels, législatifs, provinciaux et municipaux. Entre insécurité, manque de fiabilité et soucis organisationnels, le pays peine à poursuivre sa lancée démocratique. Mise en lumière d’une campagne décisive pour la géopolitique nationale et mondiale.

 

Cicatrices et plaies ouvertes

Bien qu’elle ne soit pas souvent placée au cœur de l’attention médiatique, la RDC occupe une place importante sur la scène internationale. Ce pays francophone de l’Afrique centrale, indépendant depuis seulement 1960, regorge de ressources. De l’or, du diamant, du cobalt, du coltan… Autant de matières premières dont les États et les entreprises transnationales raffolent, en particulier en ce qui concerne le domaine de l’électronique. À une échelle plus localisée, ces enjeux économiques se mêlent à des motivations politiques et ethniques menant à des conflits armés. De 1996 à 2003, l’État devient le théâtre de plusieurs opérations militaires vouées à chasser des minorités (Tutsis) et à conquérir des territoires. Rwanda, Ouganda et gouvernement congolais s’opposent indirectement par le biais de milices et de soutiens armés. Découle de ces évènements le plus grand bilan humain enregistré depuis la Seconde Guerre mondiale. Près de 4 à 6 millions de civils y laissent leur vie. Depuis 2004, des affrontements sporadiques persistent dans la région Est du Kivu où la population est sujette à des massacres, des viols de masse, et de l’embrigadement de mineurs. La nation n’est donc pas sereine face à ces dangers qui menacent le bon fonctionnement d’une démocratie dont l’effectivité reste à prouver. 

Actes manqués

Marqué par diverses dictatures, assassinats et autocraties, le paysage politique de l’ex-Zaïre a besoin de réparations. Entamé récemment avec le mandat du président sortant Félix Tshisekedi, l’élan démocratique craint de s’essouffler. Tandis qu’il semble prêt à reprendre son poste, d’autres figures se présentent pour lui succéder. Parmi elles, se retrouvent entre autres l’ex-député Martin Fayulu, l’homme d’affaires Moïse Katumbi et le prix Nobel Denis Mukwege. Tous prétendent faire mieux que leur prédécesseur qui occupe une place de favori malgré un bilan quinquennal mitigé. Sont sujets à débats des thèmes tels que l’éducation, la sécurité ou encore la corruption qui sévit dans le pays par manque de mesures adéquates. Les Congolais se montrent à la fois réceptifs au processus de vote tout en gardant un certain scepticisme causé par une succession d’hommes au pouvoir dont les intérêts personnels priment sur leurs devoirs. Ici, la détermination et l’envie de changement ne suffisent pas à arranger la situation. Sur le plan logistique, l’événement prend des tournures qualifiées de “chaotiques”. On assiste à une prolongation du premier tour du vote sur plus de 24h qui pousse les habitants à patienter dans des conditions qui ne permettent pas une fiabilité totale de l’acte citoyen. S’ajoute à cela la remise en question des actions de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) chargée du bon déroulement du vote.

Maintenant, il faut attendre que la liberté d’expression, limitée par la violence, suive son cours. D’un œil motivé ou non, le monde observe cette évolution capable de changer des dynamiques intra et intercontinentales sur plusieurs années.

Inès Mbemba Kabuiku

 

Crédits photo : Nothing Ahead – Pexels

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *