Demande d’asile : l’humain au cœur de l’accompagnement

Demande d’asile : l’humain au cœur de l’accompagnement

À Bordeaux, le Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) héberge les demandeurs d’asile le temps de leur procédure. Des travailleurs sociaux les accompagnent au quotidien sur tous les fronts : administratif, social, santé, scolarisation.

Offrir un refuge à 151 demandeurs d’asile, c’est la mission du CADA de Bordeaux, géré par le Groupe SOS Solidarités. Le centre accueille des profils variés : femmes et hommes isolés, familles avec enfants, couples, représentant plus de 40 nationalités. Au-delà d’un chiffre, c’est une équipe de travailleurs sociaux qui accompagne les personnes recueillies pour leur redonner de la dignité et de l’autonomie. 

Au départ, c’est l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui oriente les demandeurs d’asile vers des CADA, où sont assurés leur accueil et leur hébergement. Un accompagnement administratif et juridique leur est ensuite prodigué, tout au long de la procédure de demande d’asile auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Une procédure qui dure parfois jusqu’à 18 mois. Le but est de les aider, non de faire à leur place. 

À l’issue de la demande, l’OFPRA peut reconnaître à la personne le statut de réfugié ou lui accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, renouvelable tous les 4 ans. Quelle que soit la réponse, les sorties du CADA sont encadrées. Les personnes protégées sont accompagnées vers un logement et un emploi, tandis que les personnes déboutées disposent d’un délai d’un mois pour quitter le centre et peuvent, le cas échéant, faire un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ou solliciter une aide au retour volontaire. 

L’interculturalité du CADA permet à chacun d’apprendre de l’autre. Les ateliers d’alphabétisation ou encore le Café des Femmes en Paix, organisés par les travailleurs sociaux polyvalents, sont des moments de partage qui permettent aux personnes accueillies de reprendre confiance. Des bénévoles peuvent aussi contribuer à enseigner le français, par exemple, ou à toute autre activité socio-culturelle. Aucune formation dans le secteur social n’est nécessaire pour cela.

Pour mieux approfondir le sujet, nous nous sommes rendus sur le terrain pour rencontrer une travailleuse sociale…

© Enoha MORENO

Céline MICAU, accompagner l’exil et redonner confiance en l’avenir

À 49 ans, Céline MICAU a choisi de reprendre ses études pour donner un nouveau sens à sa vie. Aujourd’hui travailleuse sociale polyvalente en CADA, elle accompagne au quotidien des personnes contraintes de reconstruire leur existence loin de chez elles. Un métier exigeant, fait de rencontres, de joies intenses et de séparations difficiles, qu’elle exerce avec une conviction profonde : accompagner sans jamais faire à la place de l’autre.

« Je voulais donner un sens différent à ma vie et véhiculer des valeurs qui me semblaient essentielles à mes enfants. » C’est ce qui a poussé Céline Micau à reprendre ses études à 49 ans, après avoir travaillé comme assistante sociale dans l’immobilier, directrice et animatrice socioculturelle. Elle choisit alors de s’orienter vers le travail social en CADA, où elle accompagne aujourd’hui les demandeurs d’asile.

« Je me sens mieux aujourd’hui », confie-t-elle. Pour elle, ce métier est avant tout utile : « On peut vraiment bien accompagner les gens pour essayer de leur permettre de reprendre confiance en eux et d’imaginer leur futur. » Le CADA représente ainsi un tremplin vers une nouvelle vie, même si les démarches et les parcours peuvent parfois s’étendre bien au-delà des neuf à douze mois prévus.

“Les moments les plus forts sont ceux de la maternité”

Dans son quotidien, Céline vit des moments particulièrement forts, notamment autour de la maternité et des naissances. « Les moments les plus forts sont ceux de la maternité, les moments heureux et très délicats. » Elle évoque ces instants où un bébé vient de naître, mais aussi les émotions liées aux décisions administratives.

« Il y en a tout le temps, des moments heureux. Il ne faut pas les attendre, je ne les provoque pas, je les savoure. » Photographe à ses heures, elle aime immortaliser ces instants précieux.

Mais son métier comporte aussi des épreuves. « Le plus grand défi, c’est de faire les valises et leur dire qu’il faut partir. » Lorsqu’une demande d’asile est rejetée, elle doit accompagner les personnes vers la sortie et chercher des solutions pour qu’elles ne se retrouvent pas sans aide.

À l’inverse, les décisions positives donnent lieu à des scènes de joie intense : « Les hurlements de joie sont positifs, heureux, quand les gens ont galéré pendant des mois et que la réponse est positive.»

“Ne jamais faire à la place mais avec”

Pour instaurer une relation de confiance, Céline mise sur l’écoute, le respect et l’absence de jugement. « Il faut faire en sorte qu’ils ne se sentent jamais jugés. » Le vouvoiement, le langage non verbal et les petites attentions participent à cette relation.

Elle tient cependant à maintenir une juste distance professionnelle : « Il ne faut pas devenir amis. » Être disponible ne signifie pas être présent à toute heure. Elle explique son cadre de travail et s’appuie sur ses collègues lorsque cela est nécessaire.

Sa philosophie est claire : « Ne jamais faire à la place, mais avec la personne. » Elle souhaite notamment accompagner les femmes à se réapproprier leur corps et leur autonomie. « Un mot gentil peut égayer la journée », rappelle-t-elle.

“Ce qui est à Bordeaux reste à Bordeaux”

Si elle pouvait réinventer son métier, Céline souhaiterait avant tout « plus d’écoute, une loi plus humaine » et davantage de temps pour accompagner les personnes dans leurs projets.

Elle aimerait également développer les partenariats avec les associations et les acteurs locaux, afin de disposer de ressources et de personnes de confiance vers lesquelles orienter les demandeurs d’asile.

Malgré les situations difficiles, elle essaie de préserver sa vie personnelle : « Ce qui est à Bordeaux doit rester à Bordeaux. » Elle cherche à ne pas ramener son travail à la maison et en parle peu à ses proches.

À travers son engagement, Céline Micau défend une conviction simple : accompagner sans imposer, soutenir sans remplacer. Pour elle, il s’agit avant tout d’aider chacun à retrouver confiance en soi et à pouvoir, malgré les incertitudes, imaginer un avenir.

Enoha MORENO et Julia DUBOST

© Pexels et Enoha Moreno

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