Blockhaus sous les bombes

À la Tranche sur Mer, sur la plage du Phare, ancré depuis la seconde guerre mondiale, protégeant les allemands des assauts alliés, ce blockhaus subi depuis des années les bourrasques de vent d’un littoral capricieux. Désormais, ce sont les bombes de peinture qui viennent marquer de leur empreinte celui qui offre une vue imprenable sur l’île de .

 

22 heures, on s’équipe. « T’as les bombes ?! », s’assure BLANK, « Oui et toi t’as pris la peinture ? » répond Eliot (nom d’emprunt). C’est parti. Après 20 minutes de marche sur la plage, le spot se rapproche et le blockhaus dévoile enfin ses formes. Le vent de Nord vient glacer le bout des doigts, sans pour autant altérer la détermination des deux graffeurs. Les flashs de téléphone viennent éclairer la façade de l’édifice. Après 5 minutes de discussion à propos de la future pièce qui viendra recouvrir celle d’un autre graffeur, BLANK, qui « pratique (le graffiti) de manière active depuis 2017 » réfléchi sur la proportion à donner aux lettres ainsi que sur leur future disposition. Il est toujours difficile de projeter sur une façade de plusieurs m2, un dessin initialement réalisé sur un format A4. Pour lui, « c’est principalement le fait de voir un dessin en grand format sur un mur » qui l’a motivé à pratiquer le graffiti car « c’est une nouvelle façon de se confronter au dessin et cela proposait aussi un autre rapport au corps ».

« Il faut élever sa colère à la hauteur de son travail »

Depuis 2017, BLANK a su évoluer dans sa pratique du graffiti afin de trouver de nouvelles motivations. Quand on l’interroge sur sa pratique du graffiti et ce qu’il y recherche, la réponse fuse « Maintenant c’est pour l’exploration et pour m’exprimer ». Lui-même constate un changement dans la manière de voir sa pratique puisque « Au début, c’était pour l’adrénaline et surement parce que j’étais un peu révolté contre le monde entier et que je passais ma colère là-dedans ». Il ne manque pas de faire un petit clin d’œil à son ami de longue date, Paul (prénom d’emprunt), lui aussi graffeur qui déclarait « Il faut élever sa colère à la hauteur de son travail ». Il garde en tête cette phrase, devenue une sorte de leitmotiv.

Si le graffiti cherche à se détacher de son image d’acte de vandalisme pour devenir une pratique artistique, le graffeur nantais « ne considère pas ce qu’[il] fait comme de l’art et [il] préfère donc parler de pièces plutôt que d’œuvres ». On remarque une approche assez détachée du graffiti chez BLANK, il poursuit, « le graffiti est une pratique et donc je pense que c’est en tant que telle que je l’apprécie, le résultat importe moins que l’acte de le faire ». Voyageur aguerri, il a visité le Mexique et l’Islande avant de vivre à Oslo. Il confie que c’est dans la capitale norvégienne qu’il a réalisé sa meilleure pièce, « L’action dont je suis le plus fier est une pièce faite dans une des stations principales de métro d’Oslo, en passant par le réseau de tunnels souterrains, une action cagoulée qui a duré moins de 5 minutes au total, mais qui a nécessité plusieurs jours de préparation »

« De nos jours, plus rien n’est autorisé »

Une heure plus tard, la peinture se rapproche de son aspect final malgré que le vent, toujours présent, refroidi les doigts des graffeurs. Lorsque l’on évoque la question de la légalité, ou de l’illégalité, BLANK soupire très vite, ce à quoi il répond naturellement « Ça me passe un peu au-dessus de la tête, encore plus de nos jours, plus rien n’est autorisé. Alors soit on ne fait plus rien, soit il faut s’autoriser à enfreindre des règles pour retrouver un peu de liberté. Je ne considère pas néfaste pour la société alors je m’autorise à peindre ». Après avoir évité une sanction pour non-respect du couvre-feu, une autre pour vandalisme, les deux amis sont fiers de leur pièce. « On reviendra demain prendre une photo quand il fera jour » lâche BLANK, avant de quitter définitivement la plage.

Léo Marchegay

 

Crédits photo : Léo Marchegay

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *