« Black », « women », « climate crisis » : quels mots l’administration Trump veut-elle faire disparaître ?

« Black », « women », « climate crisis » : quels mots l’administration Trump veut-elle faire disparaître ?

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, plusieurs centaines de mots disparaissent des sites web et des documents officiels américains. « Black », « women », « climate crisis » ou encore « diversity » : d’après une enquête du New York Times, près de 250 termes ont été retirés, remplacés ou fortement déconseillés dans plusieurs agences fédérales. Mais pourquoi ces mots sont-ils ciblés, et que signifie réellement leur disparition ?

 

Après avoir ciblé certaines œuvres littéraires, Donald Trump s’en prend désormais aux mots eux-mêmes. Dès le 20 janvier 2025, jour de son investiture, le président signe deux décrets qui vont dans ce sens. Le premier décret, “Defending Women From Gender Ideology Extremism and Restoring Biological Truth to the Federal Government”, reconnaît uniquement deux sexes biologiques, masculin et féminin, et impose aux agences de privilégier le terme « sex » plutôt que « gender » dans les documents concernés. Il demande également de retirer les contenus promouvant ce que l’administration qualifie d’« idéologie du genre ». Le second, intitulé “Ending Radical and Wasteful Government DEI Programs and Preferencing”, ordonne la suppression des programmes fédéraux liés à la diversité, à l’équité et à l’inclusion (DEI). Dans les mois qui suivent, plusieurs agences modifient ainsi leurs sites et documents, faisant disparaître certains termes. La liste s’est ensuite élargie à d’autres sujets, comme la question du climat ou le domaine médical.

C’est le New York Times qui met en lumière l’ampleur du phénomène le 7 mars 2025. En examinant des mémos, des directives internes et des documents de différentes agences fédérales, des journalistes ont recensé des centaines de termes dont l’utilisation est limitée ou déconseillée. Quelques semaines plus tard, l’organisation de défense de la liberté d’expression PEN America rassemble ces informations et celles publiées par d’autres médias dans une compilation de plus de 250 mots et expressions, qui sera enrichie par la suite. Elle en compte aujourd’hui plus de 350.

Genre, climat, antiracisme… : les mots dans le viseur

Directement accessibles depuis le site de PEN America, les termes recensés touchent à plusieurs grands sujets. Ils concernent d’abord les questions de genre, les femmes et les minorités sexuelles, avec « women » (femmes), « gender » (genre), « transgender » (transgenre), « LGBT » ou encore « pregnant people » (personnes enceintes). D’autres renvoient à l’antiracisme et aux politiques d’inclusion, comme « Black » (Noir), « racism » (racisme) ou « diversity » (diversité). Enfin, le vocabulaire lié au climat et à l’environnement est également concerné, avec des expressions comme « climate crisis » (crise climatique) ou « environmental justice » (justice environnementale). La liste compte même des mots plus inattendus comme « disability » (handicap) ou « elderly » (personnes âgées). Un nom de lieu en fait aussi partie : le « Gulf of Mexico » (Golfe du Mexique), que Donald Trump a rebaptisé « Gulf of America » (Golfe d’Amérique). Ces termes font écho aux orientations politiques du président américain, notamment en matière de genre, de diversité et d’environnement.

Des conséquences sur la recherche et l’information

Les conséquences dépassent les changements de vocabulaire. La suppression de pages et de données fédérales peut compliquer le travail des chercheurs, des associations et des journalistes qui s’appuient sur ces informations pour documenter ou suivre l’évolution de certains phénomènes. Fin janvier 2025, des ressources sur le VIH ont ainsi disparu du site des CDC (Centers for Disease Control and Prevention), l’agence fédérale américaine de santé publique, rapporte PEN America. Selon Le Monde, le nombre de bases de données répertoriées sur la plateforme fédérale Data.gov a diminué de près de 2400 entre le 20 et le 22 janvier 2025. Or ces données permettent de suivre l’évolution des maladies, des inégalités ou du climat. Lorsqu’elles disparaissent ou deviennent plus difficiles d’accès, il devient alors plus compliqué de suivre certains phénomènes dans le temps et d’évaluer les effets des politiques publiques. Ces mesures soulèvent également des questions sur la liberté d’expression et la liberté académique. Dans un entretien publié par l’Université de la Sorbonne fin mars 2025, le sociologue Michel Dubois évoque un climat de peur chez les scientifiques américains, susceptible de favoriser l’autocensure. PEN America dénonce de son côté une atteinte à la liberté d’expression. Toujours selon PEN America, la Maison-Blanche a toutefois contesté l’existence d’une liste officielle de mots interdits affirmant que certaines consignes résulteraient d’une mauvaise interprétation des décrets. Au-delà des mots eux-mêmes, c’est donc la manière dont certaines réalités sont décrites et documentées qui est en jeu, car faire disparaître un terme d’un document officiel ne fait pas disparaître la réalité qu’il désigne, mais peut la rendre moins visible et plus difficile à étudier.

 

Crédits Photo : Daniel Torok, Wikimedia Commons, domaine public

Cannelle Tacnet

 

Share