Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération

Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération

12 octobre 2021. Devant le Sénat, la ministre des armées Florence Parly annonce le décès d’Hubert Germain, dernier compagnon vivant de la Libération, à l’âge de 101 ans. Revenons ensemble sur la fondation de cet ordre et sur la vie d’un des combattants des Forces françaises libres.

Qu’est-ce que l’ordre de la Libération ?

Pour comprendre comment a été créé l’ordre, il faut se remémorer le contexte historique de l’époque.

14 juin 1940 : les soldats allemands entrent dans Paris, déclarée ville ouverte la veille. Un cessez-le-feu est signé. L’occupation commence. Le 16 juin 1940, le maréchal Pétain est chargé de former un nouveau gouvernement à la suite de la démission du précédent président du Conseil, Paul Reynaud. Le lendemain, Pétain appelle à déposer les armes et demande l’armistice.

Le 18 juin 1940, le général de Gaulle appelle à la résistance depuis Londres, au micro de la BBC. Afin de continuer la lutte, il crée les Forces françaises libres et en devient le chef le 27 juin. Son objectif : rallier l’Empire colonial français à son mouvement de résistance et libérer la France occupée.

De Gaulle réussit à rallier l’Afrique-Équatoriale française et tente donc d’étendre son influence à l’Afrique-Occidentale française, contrôlée par le gouvernement français. Avec la marine britannique, le général lance l’opération de Dakar, une attaque navale qui dure du 23 au 25 septembre 1940, mais est repoussé par les forces armées du gouvernement.

Après cet échec, de Gaulle comprend que libérer la France sera une tâche longue et ardue. Pour maintenir le moral des troupes, il fonde l’ordre de la Libération le 16 novembre 1940 à Brazzaville, en République du Congo. Cet ordre est créé pour récompenser les personnes ou collectivités qui se distinguent en combattant pour la libération de la France. À l’origine, les titulaires de cette décoration devaient s’appeler les “croisés de la Libération”. Jugé trop religieux, ce terme sera abandonné et remplacé par celui de “compagnon de la Libération”.

Entre le 29 janvier 1941 et le 23 janvier 1956, 1 038 personnes, cinq communes et dix-huit unités combattantes se verront attribuer la médaille de Compagnon. L’insigne de l’ordre est un écu en bronze portant un glaive en pal surchargé d’une croix de Lorraine noire avec un ruban noir et vert, les deux couleurs signifiant respectivement le deuil et l’espoir.

Qui était Hubert Germain ?

Hubert Germain naît le 6 août 1920 à Paris. Il est le fils du général français Maxime Germain. Au moment de l’entrée des soldats allemands dans Paris, il passe le concours de l’École navale.

Hubert Germain refuse l’armistice du 22 juin 1940 et quitte la France pour Liverpool le 24 juin. Il veut continuer le combat aux côtés du général de Gaulle. Arrivé à Londres, il s’engage dans les Forces françaises libres et suit une formation d’élève officier de marine.

Au printemps 1941, il est affecté à la 1re division française libre (DFL) en Palestine et participe à la campagne de Syrie. Il continue la lutte et participe notamment à la bataille de Bir Hakeim du 27 mai au 11 juin 1942 en tant que chef de section antichars de la 13e demi-brigade de Légion étrangère. Il participe ensuite à la bataille d’El Alamein du 23 octobre au 03 novembre 1942 et à la campagne de Tunisie, durant laquelle il rencontre le général de Gaulle.

De Gaulle
Hubert Germain (au centre de l’image) aux côtés du général de Gaulle en juin 1943 pendant la campagne de Tunisie Crédits photo : AFP

Le 24 mai 1944, pendant la campagne d’Italie, Hubert Germain est blessé et évacué vers Naples. Il participe cependant au débarquement de Provence et aux combats de la 1re armée française en août 1944. Après la Libération, il devient aide de camp au sein des Forces françaises d’occupation en Allemagne de juillet 1945 au 21 septembre 1949. Hubert Germain fut décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle en Italie, fin juin 1944.

Après la guerre, Hubert Germain s’engage en politique. Il est d’abord élu maire de Saint-Chéron, dans l’Essonne en 1953 puis député de Paris en 1962. Il occupe ensuite la fonction de ministre des Postes et Télécommunications de 1972 à 1974 puis ministre des relations avec le Parlement de mars à mai 1974.

Hubert Germain était le dernier survivant des 1 038 compagnons de la Libération et sera inhumé le 11 novembre prochain, lors d’une cérémonie nationale, dans la crypte du mémorial de la France combattante au Mont-Valérien.

Au fil de sa vie, Hubert Germain s’est battu pour la France. Que ce soit dans l’armée, en politique ou dans les dernières années de sa vie, il a continué à porter la mémoire de ses camarades, de témoigner pour que nous n’oubliions pas. Aujourd’hui, la France perd un de ses héros, mais il est de notre devoir d’entretenir leur mémoire pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?

Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.

Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.” 

– Le Chant des partisans, hymne de la Résistance – Joseph Kessel, Maurice Druon

©Michel Euler / Pool / AFP

Hary Rakotoarimanana

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Hary Rakotoarimanana

Étudiant en L2 Info-com/Allemand. Entre rattrapages et rédaction, écrire est une passion. Devenir journaliste, mon intention