Yémen : retour sur une guerre sans fin

Depuis 2014, le Yémen est le théâtre d’une guerre sanglante. Problème : le pays est verrouillé par l’Arabie Saoudite, peu de journalistes y pénètrent et peu d’informations en sortent. Nous allons donc essayer de décrypter ce qui s’y passe. 

Les prémices de la guerre 

Tout commence dans le cadre des printemps arabes en 2011 : une révolution débute pour arrêter l’autoritarisme du président Ali Abdallah Saleh qui a gouverné le Yémen de 1978 à 2011. Son vice-président Abdrabbo Mansour Hadi (qui est aujourd’hui le président) lui succède et est chargé de conduire une transition vers un régime plus démocratique. Mais les mécontentements au sujet de ce nouveau gouvernement sont nombreux. En mars 2013, une conférence “du dialogue national” s’ouvre et la proposition de faire du Yémen un état fédéral composé de 6 provinces naît. Mais celle-ci est vite rejetée et augmente les tensions déjà présentes dans le pays.

Qui contre qui ?

C’est en 2014 que la guerre civile commence. Une partie de la population, sous forme de milices, se bat contre les Houthis. Ces derniers sont les membres d’une organisation armée Chiite et Zayidite. En 2015, désormais alliés à l’ancien président Ali Abdallah Saleh, les Houthis s’emparent de la capitale Sanaa puis d’une grande partie nord du pays. Face à cette attaque, le président actuel Abdrabbo Mansour Hadi fuit et trouve refuge auprès d’un futur acteur capital de cette guerre : l’Arabie Saoudite.

En Mars 2015, ce dernier créé une coalition de pays majoritairement sunnites comprenant les Emirats Arabes Unis, l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Qatar, le Bahreïn, le Koweït et le Maroc. Pour l’Arabie Saoudite, l’objectif réside dans le maintien de sa frontière sud avec le Yémen mais également dans l’endiguement de l’influence de l’Iran Chiite, accusé de soutenir et d’armer la rébellion houthiste.

 

La guerre devient internationale quand la coalition débute les frappes aériennes la même année. Depuis, les combats n’ont pas cessé. 19 278 bombardements ont été recensés entre le 26 Mars 2015 et le 28 Février 2019.

Les civils : victimes du conflit

Le 25 avril 2017 lors de la réunion de haut niveau sur la crise humanitaire au Yémen, à Genève, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a déclaré les besoins en termes d’aide humanitaire et de protection des civils n’ont jamais été aussi grands,  “environ 17 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, ce qui en fait la plus grande crise alimentaire du monde.”.

En effet, qui dit guerre dit effondrement économique du pays. Le prix des denrées alimentaires a augmenté de 150% et celui du carburant de près de 200%. Avant le début du conflit, 40% de la population n’avait pas accès à l’eau potable, ce taux est désormais de 70%. Mais ce n’est pas tout ; le système éducatif yéménite est dans un état lamentable, alors que l’éducation est l’arme la plus redoutable pour empêcher les enfants d’intégrer des milices.

Selon la Croix Rouge, uniquement un établissement de santé sur deux fonctionne encore, 160 ont été touchés par les combats et 100 ont dû fermer par manque de ressources. Ce qui contribue à diminuer les chances de survie des civils.

Une nouvelle stratégie de guerre : la famine

Le 24 Mai 2018, une résolution onusienne affirme qu’affamer les civils comme méthode de guerre peut constituer un crime de guerre. Or, le média Disclose a révélé qu’un blocus maritime était organisé à proximité du port d’Al-Hodeida, principal accès à l’aide humanitaire. Les navires, contenant des biens de première nécessité, étaient bloqués par des bateaux de la coalition. Et ce n’est pas tout : 1140 frappes aériennes ont visé la production agricole et l’approvisionnement en nourriture du pays. Le secteur alimentaire se classe alors troisième dans les cibles les plus touchées par les bombardements de la coalition.

1,8 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë au Yémen, un chiffre qui a augmenté de 90% entre 2015 et 2018. En effet, les civils yéménites souffrent de mono-nutrition, la plupart dépendants des distributions de riz irrégulières des ONG. Les enfants n’ont donc pas les nutriments suffisants contribuant à leur croissance. 

Un nombre de morts incertain  

Selon le bilan officiel de l’ONU, 10 000 civils ont été tués depuis le début du conflit. Cependant, ce chiffre ne prend en compte que les décès enregistrés dans les établissements de santé. Malgré la poursuite du conflit, ce dernier n’a pas réellement évolué depuis début 2017. “Nous estimons à 56 000 le nombre de civils et de combattants tués entre janvier 2016 et octobre 2018”, déclare Andrea Carboni, qui suit l’évolution de la situation au Yémen pour le compte du Armed Conflict Location and Event Data Project qui étudie les conflits en cherchant à déterminer le nombre réel de victimes. 

Par ailleurs, la France et les Etats-Unis sont de plus en plus incriminés dans le conflit à cause de révélations quant à l’utilisation des armes qu’ils vendent. Affaire à suivre.

 

Lilia Fernandez

Crédits photo : AFP

 

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