Depuis sa création en 1996, la WNBA n’a jamais atteint un seuil de rentabilité. Grandement soutenu par la NBA, ce n’est que l’an passé que la ligue féminine américaine a enfin réussi à être prolifique. Un grand pas en avant pour les joueuses et leur visibilité. Pour autant, la plupart ne méritent pas la gloire de cette avancée.
Avec 144 joueuses pour 12 équipes, la WNBA accumule déjà un retard sur les joueurs masculins. Grandement aidée financièrement et en matière d’infrastructures par la NBA, la ligue a pu petit à petit se développer et atteindre une bonne audience et de nombreuses stars sont apparues. Que ce soit Breanna Stewart, A’ja Wilson ou encore Diana Taurasi, la ligue n’a jamais atteint un niveau aussi élevé qu’aujourd’hui. Sabrina Ionescu, a pu par exemple participer au concours de 3 points face à Stephen Curry, considéré comme le meilleur shooter de tous les temps, lors du All-Star Game de 2024. Malgré la défaite, le basket féminin a pris grandement en visibilité aux Etats-Unis.
Néanmoins, les joueuses semblant ouvertes aux nouvelles idées pour développer la ligue et l’attractivité de cette dernière sont complètement réticentes pour une mesure proposée par les fans. Le gros souci de la ligue notamment en ce qui concerne le spectacle, c’est la hauteur des paniers.
Les joueuses comme les joueurs ont un panier similaire qui se situe à 3,05 mètres de hauteur. En comparatif, les joueuses ont une taille moyenne de 1,83 m tandis que les hommes 2,01 m. Une différence de 18 cm qui se traduit sur l’aspect sensationnel des matchs. Un des gestes les plus appréciés par les fans est le dunk et évidemment toutes ses variables possibles. Et c’est ce qui vient marquer la différence de beauté entre un match féminin et masculin.
Les femmes étant en moyenne plus petites ont pour la plupart bien plus de mal à dunker que les hommes. On recense depuis la création de la ligue seulement 38 dunks lors de matchs officiels, dont 27 détenus par une seule joueuse, Brittney Griner.
Les fans ont alors proposé naturellement d’abaisser les paniers chez les femmes, ce qui créerait plus de dunks, de contres et de moments forts et marquants lors des matchs. Et par la suite un plus grand engouement et une augmentation des fans base. Proposée initialement en 2010 par la FIBA, de nombreuses joueuses ont exprimé leur désaccord et justifient que cette proposition impliquait que les femmes ne pouvaient pas jouer au basket de manière compétitive sans ajustements spécifiques. Récemment, c’est l’ancienne star du basket masculin Shaquille O’Neal qui a suggéré sur le plateau Inside the NBA diffusé sur la TNT, d’abaisser les paniers. Mais à nouveau, le désaccord était majoritaire. Les basketteuses refusent systématiquement cette proposition qui serait sans aucun doute un gros pas en avant pour le sport. Les fans ne manquent pas de manifester leur mécontentement sur les réseaux sociaux en se moquant continuellement des joueuses. Dans d’autres sports comme au volley, les joueuses ont de leur plein gré supporté la baisse du filet, et aujourd’hui le sport est l’un des plus populaires et attractifs aux Etats-Unis dans le milieu universitaire.
Caitlyn Clark, le phénomène mal-aimé
Au-delà du désaccord des propositions, la WNBA a subi un changement majeur l’an passé avec l’arrivée en tant que Rookie de Caitlyn Clark. A 22 ans, elle est draftée par les Fever d’Indiana et est décrite comme une prospecte au même niveau que Lebron James ou encore plus récemment Victor Wembanyama chez les hommes. Une énorme fan base se crée autour de son arrivée, de plus en plus de personnes sur la scène mondiale ont les yeux rivés sur elle et ses débuts sur les parquets. Les stades que ce soit à Indiana ou lorsqu’elles se déplacent annoncent toujours complets et le taux de visionnage à la télé s’est démultiplié.
Mais la venue d’une telle virtuose du basket a aussi amené son lot de critiques. Et aussi surprenant soit-il, le lot de reproches n’est pas venu des médias, mais des joueuses elles-mêmes.
Caitlyn Clark a d’abord exprimé son désaccord avec les comparaisons entre les salaires des joueurs NBA et des joueuses WNBA, les qualifiant d’injustes et suggérant de se concentrer sur la croissance de la WNBA.
Puis bien qu’elle ait reconnu ses privilèges en tant que femme blanche dans un sport majoritairement dominé par des femmes noires, certaines critiques ont estimé que ses commentaires manquaient de profondeur ou d’authenticité.
Et enfin, Clark a condamné les commentaires racistes et haineux dirigés contre les joueuses de la WNBA, les qualifiant de « trolls » et non de vrais fans. Bien que son intention était de soutenir ses coéquipières, certains ont estimé que ses propos ne tenaient pas pleinement compte des complexités raciales du sport.
Ce lot d’événements a créé de façon injuste une haine viscérale et grandissante à son encontre. Des joueuses comme A’ja Wilson l’ont notamment grandement attaqué sur les raisons de sa popularité, qu’elles jugent comme étant dues à sa couleur de peau. Elle est par la même occasion devenue victime d’un acharnement par la plupart des joueuses sur le terrain. Elle a en effet subi 17% des fautes flagrantes de la saison à elle seule. Un chiffre beaucoup trop important qui démontre le surplus d’agressivité à son encontre.
Ces attaques ne sont pas du tout passées chez les fans et journalistes qui n’ont pas manqué de rappeler aux joueuses que chez les hommes, les 2 joueurs les plus appréciés de tous les temps sont des hommes noirs. Ils ont aussi ajouté qu’une joueuse n’est pas appréciée par rapport à sa couleur de peau, mais par l’impact qu’elle aura et de la façon dont elle se comporte et joue.
Cette pression constante et ce sentiment d’être mal aimée par les autres joueuses de la ligue a créé un gros doute chez la joueuse. De nombreuses sources parlaient de la possibilité qu’elles quittent à la fin de saison les Etats-Unis pour partir jouer en Europe. Heureusement, le soutien des stars américaines masculines, de nombreux médias, mais aussi des fans ont convaincu la jeune basketteuse de rester à la WNBA la saison prochaine.
Aujourd’hui, les tensions semblent s’être apaisées. La nouvelle saison reprendra à partir du 15 mai 2025, ce qui permettra de voir si Caitlyn Clark est toujours victime de cette violence morale et physique. Elle, qui a tant apporté pour la WNBA en seulement un an, a failli quitter le nid, ce qui aurait pu à nouveau provoquer le déclin de la ligue féminine.
Liam Ray
Crédit : X @WNBA
Étudiant en troisième année d’info-com allemand, passionné de sport et des conflits politiques, je souhaite devenir commentateur, analyste sportif pour une grande chaîne de télé à l’étranger.