Repas Végétariens, lutte écologique ou clef de la Covid-19 ?

La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) proposait la loi EGalim dans le but de réduire les gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030. La mise en place de repas végétariens dans les écoles est une des mesures. La crise sanitaire de la Covid-19 a accéléré ce processus : la mairie de Lyon impose des repas sans viande journaliers à ses élèves. Enquête.

 

Loi EGalim

            Depuis 2017, la question de la consommation taraude le gouvernement. En mai 2018, l’Assemblée nationale adopte un projet de loi en première lecture. Ce projet de loi a pour but de diminuer le taux d’émission des gaz à effet de serre. Un rééquilibrage et une équité entre les agriculteurs et la grande distribution est à l’étude tout comme la promotion d’une alimentation dite plus saine et respectueuse de l’environnement. Le 2 octobre 2018, la loi EGalim est adoptée.

Une fois promulguée, les députés de l’Assemblée nationale opèrent quelques changements : l’expérimentation d’un repas végétarien par semaine dans les cantines scolaires et restauration collective. Depuis le 1er novembre 2019, un menu unique sans viande est proposé aux élèves français. Il s’agit, pour le moment, d’une mesure expérimentale d’une durée de deux ans. La restauration scolaire et collective représente 3,5 milliards de repas par an, levier majeur pour agir sur nos pratiques alimentaires.

L’objectif d’une telle action est, certes, de promouvoir les protéines végétales peu connues des plus jeunes mais aussi d’évaluer les effets sur le gaspillage alimentaire. A l’issue de ces deux années, les professionnels étudieront également le taux de fréquentation des cantines ainsi que les coûts engendrés. La métropole de Chartres a d’ores et déjà constaté une hausse de fréquentation de 3 à 4% de ses établissements.

Vraiment utile ?

Différents arguments ont été avancés pour convaincre l’utilité de cette mesure si surprenante. L’écologie, la préservation de la planète sont d’abord démontrées. Avec un repas sans viande ou non, les enfants ont désormais le choix de ce qu’ils vont mettre dans leurs assiettes. Les écologistes s’attendent, a fortiori, à une diminution du gaspillage. Outre la perte abondante des aliments, Greenpeace a mené une enquête sur l’impact de ces repas végétariens dans les écoles. Elle a montré une baisse de 14 à 19% des gaz à effets de serre, une baisse de 22 à 27% des importations d’aliments pour animaux ainsi qu’une réduction du risque de déforestation.

Les valeurs nutritionnelles de la viande rouge ont, également, été remises en cause par l’OMS au cours d’une étude menée en 2015. La viande rouge transformée est cancérigène. D’après l’organisation, l’alimentation végétale réduit les risques des cancers, des maladies cardio-vasculaires et de diabète. L’équilibre alimentaire ne serait donc pas altéré. Les enfants de toutes classes sociales auraient l’occasion de consommer autrement.

Greenpeace assure que la qualité de ces menus sans viande est optimale. Fini « l’alternative omelette » ! Les restaurations scolaires innovent et s’améliorent de jour en jour : dhal de lentilles, couscous de légumes, boulettes végétariennes, soupes etc… L’organisation internationale prétend que la consommation de viande engendrerait un grave problème sanitaire.

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie refuse, quant à lui, que cette mesure se pérennise. D’après son cabinet, « il n’est pas à exclure qu’une telle alternative soit susceptible d’engendrer un surcoût pour la restauration collective » déclare-t-il pour Le Monde. Qui croire ? Les protéines végétales sont-elles chères ? La qualité des menus végétariens engendrerait des coûts plus élevés contrairement à ce qui a été déclaré.

Une étude de l’ADEME*, datant d’octobre 2020, a montré que 100 grammes de nourriture sont jetés à chaque repas, soit 110 000 tonnes par an. Parmi ces déchets alimentaires, 30% sont des accompagnements et 20% sont des entrées (le plus souvent des légumes). Le sans viande tendrait-il vers une hausse du gaspillage ? Indépendamment des questions écologiques, des professionnels de santé et des membres de l’ANSES** estiment que l’enfant doit manger des protéines animales pour sa croissance. Les repas végétariens mettent-ils en péril l’équilibre nutritionnel des plus jeunes ?

Repas végétariens journaliers

Alors que la Convention Citoyenne pour le Climat, à travers la loi EGalim adoptée en octobre 2018, a imposé la mise en place d’un repas végétarien hebdomadaire dans les écoles françaises, la mairie de Lyon va plus loin. Le 15 février, Stéphanie Léger, maire adjointe, annonce dans un courriel adressé aux élus d’arrondissement, qu’un « menu unique sans viande » sera servi chaque jour. La mesure est entrée en vigueur ce lundi 22 février. L’initiative n’a pas tardé à défrayer la chronique, de nombreux membres du gouvernement n’ont pas hésité à faire part de leur opinion.

Lyon est actuellement dirigée par un groupe écologiste. Certains politiques accusent le coup et estiment que cette mesure de repas végétariens n’est que le fruit d’une idéologie mûrement réfléchie. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, tweete « Idéologie scandaleuse » et qualifie cet acte d’ « insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français ». La cantine est, pour la plupart des enfants, le seul lieu où un repas équilibré est servi.

Le non-choix choque. En imposant le menu végétarien, la mairie lyonnaise condamne une partie des enfants qui n’ont accès à la viande qu’à la cantine comme le souligne le ministre de l’Intérieur. Les scientifiques estiment que la suppression de protéines animales pourrait impacter l’équilibre nutritionnel nécessaire au bon développement de l’enfant. Une étude de l’ANSES menée en 2019, a montré que 25% des filles de 13 ans à 17 ans ont des carences liées à un manque de viande, poisson ou œuf.

Béatrice Montille, élue des Républicains du 3ème arrondissement lyonnais, écœurée, déclare « Dans la ville de la gastronomie, la majorité écologiste profite de la crise sanitaire pour faire passer des mesures idéologiques sans aucune concertation ».

 

Covid-19, gaspillage, impacts écologiques

            Le maire de Lyon, Grégory Doucet, justifie la mesure d’abord par un déficit financier. Enlever la viande des menus diminuerait les coûts de 10% et permettrait, a fortiori, de distribuer des repas à la totalité des élèves. A l’issue des élections municipales, le maire avait déjà commencé à mettre en place de telles mesures, elles n’ont qu’été reprises par les groupes écologistes. Faire des repas végétariens diminuerait aussi le gaspillage alimentaire.

Stéphanie Léger, maire adjointe, explique que sur les trois entrées et deux plats, la moitié des élèves de primaires ne choisissait pas la viande par conviction familiale ou religieuse. « Le seul moyen de faire manger un plat chaud à tous les enfants de l’école, c’est de proposer un plat sans viande, mais avec des protéines animales » conclut-elle. La mairie lyonnaise joue sur les mots « ce n’est pas un repas végétarien » mais pesco-végétarien car il y a encore des protéines animales (poissons, œufs, produits laitiers…).

Dernier argument écologique : l’empreinte carbone non négligeable. D’après les écologistes, la consommation de viande en trop grande quantité aurait un grave impact sur le réchauffement climatique. Faut-il préserver la planète ou la santé des plus petits ? Outre cette question, Stéphanie Léger, maire adjointe, termine son propos avec un argument plutôt surprenant : la Covid-19. La politicienne affirme que la suppression de la viande dans les cantines faciliterait le respect du protocole sanitaire.

Accélération du service des repas, moins de flux et de brassage des élèves, il s’agit de la meilleure solution pour pouvoir restaurer comme il le faut tous les élèves lyonnais. Les écoles ont des protocoles sanitaires lourds, leur respect se ferait-il au détriment de l’équilibre nutritionnel des enfants ?

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, s’indigne et saisit la préfecture du Rhône, « Arrêtons de mettre de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants ! »

* ADEME : anciennement Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, désormais Agence de la transition écologique

** ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’environnement et du travail

Camille Juanicotena

 

Crédits photos : La loi EGalim – LYCEE MARCELLIN BERTHELOT (ac-rennes.fr) / Shutterstock / Jérôme Henriques / reutters – charles platiau

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