Quand Paris s’emballe…

Quand Paris s’emballe…

Et non, l’Arc de Triomphe n’est pas en travaux, mais bel et bien ”empaqueté”. Cette nouvelle parure, réalisée à partir de 25 000 mètres de tissu de couleur argent bleuté, de corde et 312 tonnes de structures acier, a été inaugurée le 18 septembre dernier en présence d’Emmanuel Macron. Elle restera visible pendant 16 jours, jusqu’au 3 octobre 2021.

Un travail à deux

L’Arc de Triomphe, Wrapped, Paris (1961-2021), de son nom complet, constitue la dernière œuvre posthume de l’artiste Christo, décédé en mai 2020 à 84 ans, et de sa compagne Jeanne-Claude Guillebon, décédée 11 ans avant lui en 2009. Couple iconique de l’art contemporain, leur notoriété repose principalement sur ”l’empaquetage” de grands monuments internationaux. Le couple s’est formé en 1958 : Christo Vladimiroff, étudiant en art, fuit la Bulgarie communiste et tente sa chance à Paris où il peint des portraits de célébrités ou personnes aisées. La famille de Jeanne-Claude, très bien placée dans la haute-société parisienne, fait appel aux talents de Christo. L’art aux premières loges de leur rencontre, ils tombent amoureux, alors âgés de 23 ans tous les deux. Ils vécurent six ans à Paris avant de s’installer définitivement à New-York. Le premier empaquetage du couple date de 1968, ce n’était, cette fois, pas un monument mais une falaise située face à la mer, au sud de Sydney, en Australie.

Parmi leurs œuvres les plus célèbres, on peut citer l’empaquetage du Pont Neuf à Paris en 1985 (couleur or) ou celui du Reichstag, à Berlin en 1995. Le couple a travaillé main dans la main : Christo dessine, conçoit les œuvres et Jeanne-Claude, dont le carnet d’adresse est bien rempli, gère leurs organisations et leurs réalisations. Ils insistent sur l’idée que l’œuvre ne réside pas seulement dans sa finalisation et son temps d’exposition au public (toutes leurs œuvres durent deux semaines) mais également dans son processus de création.

L’Arc de Triomphe comme dernier cadeau 

Heureusement que le chemin de création a son importance, car le projet de l’Arc de Triomphe aura mis 60 ans à se concrétiser ! L’idée naît en 1961, Christo imagine un hommage à ce monument, qu’il apercevait quotidiennement depuis la chambre de bonne de sa jeunesse, rue Saint-Sénoch dans le XVII arrondissement. Les années passent, le projet est en suspens, des photomontages et des collages sont réalisés, mais les préparatifs ne reprennent réellement qu’en 2017. Un an plus tard, les accords sont donnés par le centre des monuments nationaux ainsi que la ville de Paris. Un délai d’attente rapide si on le compare aux dix ans nécessaires à l’obtention des accords pour l’habillement du Pont Neuf. Cette réponse ”express” est une preuve supplémentaire que les œuvres du duo Christo/Jeanne-Claude ont trouvé leur place dans l’histoire de l’art français et font aujourd’hui l’objet d’une grande admiration dans le monde de l’art contemporain.

 

Un hommage luxueux ?

L’empaquetage de l’Arc de Triomphe, si simple en apparence, a nécessité pas moins de deux mois de montage et 1000 travailleurs de divers corps de métier pour un coût total de 14 millions d’euros. Évidemment, il a été la cible de nombreuses critiques. Les autorités en charge de la réalisation de l’ouvrage ont du justifier le budget colossal en garantissant son auto-financement. En effet, la somme nécessaire a été récoltée par la fondation de Christo et Jeanne-Claude grâce à la vente aux enchères de certaines de leurs œuvres. Davantage préoccupé par des problématiques environnementales, Carlo Ratti, architecte et ingénieur italien, s’est exprimé sur les matières utilisées par l’artiste :Je propose que l’on arrête d’emballer l’Arc de Triomphe, […] pouvons-nous nous permettre de gaspiller 25.000 m2 de tissu pour l’emballage d’un monument ? L’industrie de la mode est responsable de 10 % des émissions mondiales de carbone”. Le neveu de Christo, Vladimir Yavachev, qui supervise le projet depuis la mort de l’artiste, n’a pas souhaité s’exprimer sur la question. Mais il est à préciser que l’ensemble des tissus utilisés est destiné au recyclage et ne constitue pas une perte inutile en soi.

Monument historique et officiel, l’Arc de Triomphe n’avait pas connu un tel rafraîchissement depuis des années ni un tel nombre de visiteurs. De quoi rendre un bel hommage aux deux artistes, amoureux de leur ville, qui n’auront cessé de recouvrir de leur créativité, les plus grands monuments.

Mathilde Meirinhos

Crédits: Cristo and Jeanne-Claude Foundation / Wolfgang Volz / Reuters

 

 

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Mathilde Meirinhos

Étudiante en deuxième année d’info-com, dans le but de devenir reporter 🙂 Touche-à-tout et toujours en quête d’évasion, l’écriture est mon plus grand voyage…