Pursuit of happiness, la quête d’une vie ? 

Comme Kid Cudi, chacun voit la quête du bonheur comme indispensable dans une vie. Ce serait mentir de dire que ce n’est pas l’objectif ultime de tout le monde. Pourtant, si autant le convoite, ce n’est pas chose aisée que d’être heureux, satisfait, comblé comme on le souhaitait. Ce but commun devenu omniprésent dans nos sociétés donne naissance à toutes sortes de modes d’emplois censés répondre aux questions existentielles de chacun. Dans cette pression ambiante et à la poursuite du bonheur, on essaie alors de changer, de s’améliorer, de se réaliser.

 

Aujourd’hui c’est vendredi, jour du week-end. Ces quelques heures de repos indispensables après une semaine où nous sommes tous sollicités par nos amis, nos profs, mais aussi par nos contraintes, nos angoisses, nos objectifs qu’on ne tient pas, nos pensées encombrées, déprimées quelques fois. C’est le moment de recharger les batteries. Animés par cette envie brûlante de se réaliser, on fait le plein de nouvelles idées, de nouveaux projets pour la semaine, les mois à venir, on monte la liste (trop longue) de nos objectifs pour les jours qui arrivent, persuadés que l’on fera mieux que les précédents. Vous vous reconnaissez ? Rien de plus normal, c’est un phénomène de société.

Être heureux dans la vie c’est un peu l’Eldorado de tout le monde et dans l’inconscient collectif, le bonheur s’atteint par la réalisation de soi, de ses projets, la constante envie d’aller de l’avant, le besoin du changement de ses habitudes pour en adopter de nouvelles, meilleures. L’insatisfaction de ce que l’on est ou que l’on a déjà, qui nous pousse à toujours vouloir évoluer. 

Pour comprendre, il suffit d’ouvrir Instagram avec le cerveau éteint, ce qui arrive arrive à bon nombre d’entre nous quotidiennement. En observant et analysant le contenu des gens que l’on suit, on remarque souvent qu’ils sont tous différents mais ont un point commun : ils travaillent, réalisent des projets de leurs dix doigts ou de leurs esprits et bien sûr, ont l’air heureux. Il n’est donc pas difficile de se sentir complexé face à cette variation de la réalité, nous mettant alors un peu plus la pression sur nos ambitions en nous insufflant ainsi le désir de mettre à bien nos projets pour être heureux.  

 

Le bonheur, un marché en plein essor

 

Si les réseaux sociaux sont en grande partie à l’origine de cette quête du bonheur, certains en ont fait un marché plutôt lucratif. Qui aujourd’hui n’a jamais feuilleté ces livres aux titres aguicheurs comme “les 5 règles à suivre pour être heureux” ou “les clés de l’épanouissement personnel” placés en tête de gondole des librairies ? 

En effet, les livres de développement personnel, vendant les réponses aux questions de la confiance en soi, la réalisation personnelle, l’atteinte du bonheur en général, sont de plus en plus nombreux et semblent avoir trouvé leur public. Ainsi, ils expliquent aux lecteurs en plusieurs centaines de pages, les méthodes à suivre à la lettre pour être épanoui dans leur vie. 

 

Cependant, ces ouvrages sont fortement critiqués et sont parfois à l’origine de la sortie de livres les contredisant, comme Développement (im)personnel de Julia de Funès. La petite fille du célèbre acteur aujourd’hui docteure en philosophie, explique son agacement face à ce genre d’ouvrages qu’elle juge méprisants pour le lecteur. “À travers mon livre je veux combattre la bêtise de ces recettes simplistes qui s’attaquent aux sujets les plus complexes de l’existence”, explique-t-elle sur le plateau du Figaro Live. “Prétendre traiter des sujets aussi importants avec des outillages aussi simples est vain d’avance”, affirme la philosophe, “on ne peut pas réduire le bonheur à 5 leçons”. Son avis sur la question est très clair, ces ouvrages profitent du besoin de réponses des gens. Elle relève également la contradiction performative de ces ouvrages : “Comment le développement personnel ne peut il pas devenir impersonnel en s’adressant à chaque lecteur comme à tout autre ? Ce n’est pas possible !” répond elle amusée et légèrement agacée. 

Il paraît effectivement absurde d’appliquer le même mode d’emploi pour tout le monde alors que chacun est différent et a sa propre manière de réagir aux événements de la vie. Pas de recette miracle adaptable ne semble avoir été créée donc. 

 

Retour à l’égocentrisme

 

À coup de “To do list” à rallonge, c’est souvent que l’on ne réalise pas tous les objectifs fixés pour la journée. Se sentir nul, incapable, triste de ne pas avoir pu relever le défi, ce sont les risques de ce genre de méthodes pourtant conseillées par de nombreux ouvrages cités plus haut. La contradiction est puissante : on s’éloigne finalement du sentiment d’être heureux à force de vouloir tout mettre en place pour l’être. 

Alors que nous évoluons au sein d’une société individualiste où la solidarité cherche encore à conserver sa place, les discours de développement personnel axent leurs théories sur l’individu et font passer une image plutôt égocentrique du bonheur. En effet, il est souvent conseillé de se recentrer sur soi, d’apprendre à se connaître, de penser à nos ressentis, pour construire notre propre bonheur, ce qui tue l’hypothèse que notre entourage, plus ou moins proche, peut nous rendre heureux. 

 

Arriver à être heureux dans sa vie est donc une réelle quête universelle, pourtant une des plus complexes. Sans recette miracle ni mode d’emploi, nous pouvons quasiment assurer que c’est la recherche d’une vie et qu’elle est intime à chacun. 

Pour commencer, peut être vaudrait-il mieux se reposer et relâcher la pression, après tout c’est le week-end ? 

 

Elora Ditta

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