Peine confirmée pour Christophe Gleizes : un verdict qui ravive les tensions franco-algériennes

Peine confirmée pour Christophe Gleizes : un verdict qui ravive les tensions franco-algériennes

Mercredi 3 décembre, la peine du journaliste sportif, Christophe Gleizes est confirmée en appel. Il est donc condamné à sept ans de prison par le tribunal de Tizi Ouzou, en Algérie, pour  apologie du terrorisme et possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national. Une décision qui suscite une forte mobilisation en France et qui intervient dans un climat de tensions entre la France et l’Algérie.

Ce journaliste indépendant, spécialisé dans le football et collaborateur des magazines So Foot et Society, s’est rendu en Algérie en mai 2024 pour réaliser un reportage sur le club de football de la Jeunesse Sportive de Kabylie. Il voulait également interviewer l’entraîneur du Mouloudia Club d’Alger, Patrice Beaumelle, et réaliser le portrait du footballeur Salah Djebaïli. Peu de temps après, il est arrêté et placé sous contrôle judiciaire. Un an plus tard il est donc condamné à 7 ans de prison

On lui reproche également d’avoir eu des contacts avec des personnes liées au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé comme mouvement terroriste par l’exécutif algérien. De plus, la justice algérienne lui reproche d’être entré sur le territoire avec un visa touristique et non un visa de presse. Christophe Gleizes reconnaît cette erreur journalistique mais affirme ne pas avoir su que les contacts avec qui il échangeait appartenaient à un mouvement classé terroriste par les autorités algériennes.

Un large soutien français

Cette décision est largement contestée en France. Christophe Gleizes est notamment soutenu par Reporter Sans Frontière qui dénonce une atteinte à la liberté de la presse et lance une pétition fin juin 2025 pour appeler à sa libération. Aujourd’hui cette pétition compte plus de vingt mille signatures.

De nombreuses personnalités publiques prennent également la parole pour le soutenir. Fin novembre, une vidéo est publiée sur les réseaux sociaux : on y voit des journalistes, des animateurs télé, des artistes ou encore des sportifs demander la libération du journaliste détenu en Algérie.

De plus, différentes actions sont réalisées. Des banderoles sont hissées lors du Tour de France cet été et des bâches sont déployées devant la mairie d’Agen, ville natale de Christophe Gleizes.

Des clubs de football de ligue 1 se mobilisent également pour demander sa libération. On y retrouve notamment l’OGC Nice, le PSG, le FC Nantes ou le Paris FC. La Ligue de Football Professionnel ainsi que la Fédération Française de Football manifestent publiquement leur soutien, tout comme des figures du football algérien. Par exemple Vahid Halihodzic qui a entraîné l’équipe nationale ou Hervé Renard qui a entraîné l’Union Sportive de la Médina d’Alger.

Le président de la République française prend également la parole en qualifiant la peine d’« excessive » et « injuste ». La seule issue possible pour le journaliste français est donc une grâce présidentielle d’Abdelmadjid Tebboune.

Des tensions entre la France et l’Algérie

Cette polémique intervient dans un contexte particulier : celui de tensions entre la France et l’Algérie dues à la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par Emmanuel Macron en juillet 2024. Ces tensions se sont aussi endurcies avec les déclarations de l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau. Il reprochait notamment aux autorités algériennes de délivrer des passeports à des personnes en situation irrégulière, qu’il qualifiait de « clandestins », et souhaitait restreindre les conditions de déplacement en France d’un « certain nombre de dignitaires algériens ». Après le changement de ministre de l’intérieur (en octobre 2025)  et la libération, le mois dernier, de Boualem Sansal, cette crise entre les deux pays semblait pourtant s’être apaisée. L’écrivain avait été gracié par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, après avoir passé un an en détention

L’affaire Gleizes intervient donc après cette grâce qui avait laissé espérer un apaisement entre les deux gouvernements. Emmanuel Macron souhaite pouvoir échanger avec le président algérien pour espérer obtenir des résultats et améliorer la relation entre les deux pays.

L’affaire Christophe Gleizes dépasse désormais le cadre strictement judiciaire. Devenue un symbole des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, elle soulève aussi des inquiétudes sur l’état de la liberté de la presse en Algérie. Alors que les recours sont épuisés, l’avenir du journaliste dépend désormais d’une éventuelle grâce présidentielle, dans un contexte politique particulièrement sensible

 

© : Pexels

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