Peaky Blinders et l’Histoire, un duo convaincant

Peaky Blinders et l’Histoire, un duo convaincant

Les Peaky f*cking Blinders étaient de retour le 4 octobre avec une cinquième saison pour la série à succès de la BBC. Une joie pour les fans et un moyen assez simple de suivre une petite leçon d’histoire. On va donc revenir sur les éléments historiques marquants utilisés au cours de ces nouveaux épisodes.

 

Le mythe des malfrats à visière

L’intrigue de la série tourne autour de la famille Shelby, un gang gitans connu sous le nom des «Peaky Blinders» et qui sème le trouble à l’ombre des rues de Birmingham dans le Royaume-Uni de l’entre-deux-guerres. Depuis la première saison sortie en 2013, la série a fait évoluer les personnages et le rang social de la famille qui, dans cette énième saison, règne sur Birmingham, avec des branches du gang à Londres et à New-York. Les affaires légales dominent maintenant le capital de la famille, grâce à la vente d’alcool, les actions en bourse et le poste de député à la chambre des communes du chef de famille, Tommy Shelby.

Si les membres de cette famille sont fictifs, le gang des Peaky Blinders, littéralement : « aveugleurs à visière », a lui réellement existé. Mais la façon dont la légende du gang est utilisée laisse entrevoir la manière dont le créateur de la série, Steven Knight, prend plaisir à réécrire l’Histoire, tout en y parsemant des personnages et des évènements ayant vraiment marqué cette période. Dans la réalité, le gang a sévit non pas durant l’entre-deux-guerres, mais plutôt vers la fin du XIXième siècle. Aussi, l’origine du nom attribué au gang est expliquée dans la série par les lames de rasoirs que ses membres mettaient dans leur casquette, et utilisaient pour aveugler leurs adversaires. En vérité, selon les historiens, ce nom viendrait simplement de leur casquette à visière, très répandue chez les jeunes de la classe ouvrière de l’époque. Quant aux fameuses lames de rasoirs, elles restaient totalement hors de prix pour le gang de prolétaires qu’étaient les Peaky Blinders.

Contexte historique

Chaque saison est l’occasion pour les scénaristes de la série de revenir sur une année de la douloureuse période de l’entre-deux-guerres. La cinquième saison débute en Octobre 1929, qui est impacté par le très sévère Krach Boursier de Wall Street, entrainant dans sa chute les économies de nombreux pays. Cet évènement historique qui a fait débuter la Grande Dépression, engloutit dans la série les économies des Shelby placés en bourse. Ils se voient alors obligés de se rabattre à nouveaux sur des activités illégales comme la corruption d’arbitres de football et le trafic d’opium.

Cette catastrophe économique annonce aussi l’avènement de nouveaux courants politiques extrémistes, avec entre autre le totalitarisme et le fascisme, tous deux importés par les idéaux d’Hitler et de Mussolini en Europe. Et c’est justement cette vague politique haineuse qui place de nouveaux antagonistes sur la route des Peaky Blinders.

Les Billie Boys

Le gang rival des Billie Boys annonce le ton beaucoup plus sombre de cette saison, en crucifiant avec sang-froid le fils d’Aberama Gold (membre des Peaky Blinders apparu au cours de la saison 4) dès les premiers épisodes. Comme les Peaky Blinders, le gang des Billie Boys a réellement apposé son empreinte morbide dans l’Histoire. Originaire de Glasgow en Ecosse, le gang protestant tire son nom de Guillaume III d’Orange-Nassau, alias le Roi Billy, qui assura une administration protestante en Angleterre, en Écosse et en Irlande. L’objectif du gang écossais de l’époque était clair : terrifier les populations catholiques immigrées et d’autres types de personnes allant à l’opposé de leurs principes religieux, tel que les juifs et les tziganes (gitans). Connu pour leur animosité et leur antisémitisme, ils n’hésitaient pas à commettre leur exactions xénophobes à la moindre occasion. Leur association au mouvement fasciste anglais des années 30 s’est donc fait de manière naturelle, de par leur haine commune.

Leur but dans la série ne diffère pas vraiment de la réalité, si ce n’est d’agrandir leur territoire en s’en prenant aux Peaky Blinders, représentant en quelques sortes les tziganes persécutés, comptant parmi les premières victimes de la montée du fascisme au Royaume-Uni.

Oswald Mosley

L’adversaire principal des Peaky Blinders dans cette saison, soutenu par les Billie Boys, n’est autre qu’Oswald Mosley, véritable personnage historique ayant incarné la figure du fascisme anglais. Proche de Mussolini et fervent admirateur d’Hitler, qui lui a fait l’honneur d’assister à son mariage en Allemagne, Oswald Mosley fonde la British Union of Fascists (BUF), premier parti ouvertement fasciste du Royaume-Uni, en 1932. Il profite de l’économie en déclin et de l’explosion du chômage pour galvaniser les foules et recueillir le plus de partisans, à travers une idéologie anti-communiste, antisémite, et qui prône une émancipation du Royaume-Uni en un Empire auto-suffisant. Le parti ne cache pas son admiration pour le NSDAP (parti nazi d’Hitler), en adoptant comme son modèle, un salut presque identique, une milice armée et un logo sur fond rouge.

Durant la saison 5, Mosley approche Tommy Shelby avec l’intention d’en faire un membre clé du futur BUF. Le fanatisme sans borne du fasciste poussera Tommy à accepter sa proposition, non sans avoir décidé de pénétrer les entrailles même du partir pour mieux provoquer sa descente assurée aux enfers.

La série Peaky Blinders jongle donc entre clin d’œil et inexactitude historique, ce qui n’abaisse en aucun cas le niveau du show, doté d’une histoire et de nombreux personnages relevant de la pure fiction. Les apparitions de figures connus tel que Winston Churchill, et l’utilisation d’évènements réels comme la Première Guerre Mondiale, servent correctement au bon avancement de la série. L’œuvre dépeint de manière assez fidèle l’ambiance lourde et l’accroissement des tensions au Royaume-Uni dans l’entre-deux-guerres, qui représente la situation angoissante dans laquelle était plongé le reste du monde à cette époque. En tout cas, le parallèle entre Histoire et fiction pourrait faire de la série l’objet d’étude idéal dont tout le monde rêverait d’avoir pour illustrer le cours d’histoire ennuyeux du vendredi matin.

 

Joaquim Tissot 

Crédits photo : Worldpress / Giphy

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