Avec le succès planétaire des phénomènes Backrooms et Obsession, le cinéma d’horreur a encore frappé. Des millions de tickets vendus, des salles combles : tous ont répondu à l’appel pour frissonner de peur. Mais pourquoi aimons-nous autant avoir peur, alors que cette émotion est d’ordinaire celle que l’on cherche à fuir ? À l’approche d’Halloween, tentons de comprendre les mécanismes derrière cette fascination paradoxale pour les films d’épouvante.
Dès l’âge d’or de l’horreur, dans les années 70 jusqu’aux années 90, avec l’arrivée de blockbusters tels que L’Exorciste (1973), Les Dents de la mer (1975) ou bien Alien, le 8ème passager (1979).
Les films d’épouvante ont su trouver leur place parmi les grands genres cinématographiques. Aujourd’hui, le cinéma d’horreur a encore de beaux jours devant lui. Avec plus de 1,8 million d’entrées en France pour le film Obsession, sorti en mai, et plus de 1,4 million pour Backrooms, sorti en juin, les amateurs d’horreur ont su réaffirmer leur présence dans les salles.
Pour attirer autant de spectateurs, le cinéma d’horreur mise tout sur l’exploitation d’une émotion des plus primitives : la peur. C’est cette sensation de dégoût, d’effroi à la vue d’une chose que l’on considère comme affreux et répulsif qui fait cartonner les films d’horreur.
Pourtant, la peur est une émotion inconfortable que l’on cherche constamment à fuir, et ce depuis la préhistoire.
Pour nos lointains cousins, avoir peur était un mécanisme de survie inné, indispensable face aux prédateurs. La peur contrôlait leur perception du danger et leur permettait de se protéger en réagissant en quelques secondes face aux grands carnivores. Ressentir de la peur signifiait un danger imminent, et mieux valait fuir plutôt que de rester s’assurer qu’il n’y en avait pas.
Aujourd’hui la société a évolué. Il n’y a plus de « danger » au sens préhistorique auquel la peur doit nous préparer à confronter. Cependant, les sensations qu’elle procure demeurent les mêmes.
Avoir peur de nos jours provoque en nous les mêmes effets qu’un homme de Néandertal ressentait face à un mammouth : accélération cardiovasculaire, souffle coupé, sueur froide, muscles contractés…
Si vous faites partie des consommateurs de films d’horreur, ces sensations vous sont sûrement familières.
Mais alors, pourquoi s’infliger constamment et consciemment ces sensations si elles nous sont si désagréables ? En un mot : l’adrénaline.
Prendre plaisir à souffrir
En choisissant de regarder un film d’horreur, nous savons à quoi nous attendre : ressentir de la peur. Nous faisons volontairement le choix, en connaissance de cause, de nous infliger une dose contrôlée de peur.
Pour autant, notre cerveau ne fait aucune différence entre des éléments de fiction et la réalité. Une anomalie effrayante pour les Backrooms, un zombie surpuissant pour Resident Evil Reboot ou bien une maman disloquée pour Malfaisante amène l’amygdale (le centre de la peur dans le cerveau) à envoyer des signaux qui activent les zones du cerveau responsables de dire à notre corps comment réagir en conséquence.
Devant un film d’horreur, le corps réagit donc comme si la menace était réelle : la respiration, les battements de cœur et la circulation sanguine s’accélèrent pour nous aider à faire face au « danger ».
Ce n’est qu’une fois que l’hippocampe (la partie du cerveau responsable de la mémoire et de l’apprentissage) a analysé le signal de peur, en se basant sur le contexte et les expériences passées, que l’élément effrayant va être appréhendé et rationalisé. La panique qui montait en nous cesse alors.
C’est justement cette peur et toutes les sensations qu’elle entraîne qui nous procurent du plaisir. Lorsqu’on a peur, l’amygdale déclenche aussi une décharge d’adrénaline. Puis, quand la peur retombe, le cerveau libère de la dopamine et des endorphines. Ces molécules aident le corps à réagir à la peur, mais elles nous font surtout nous sentir bien.
C’est d’autant plus le cas lorsque le spectateur a su rationaliser ce qui l’effraie.
Cela lui donne l’impression d’un certain contrôle sur la situation et lui permet de profiter pleinement des bonnes sensations que lui procure la dopamine.
De savoir, qu’il peut, à tout moment, fermer les yeux et éviter la frayeur. C’est ce mélange entre la peur physiologique « réelle » et la certitude rationnelle d’être hors de danger qui procure une excitation à la fois stimulante et maîtrisée. C’est cette combinaison de peur contrôlée qui nous pousse à regarder des films d’horreur.
Même si cela nous fait peur et nous procure des sensations inconfortables, à la fin nous parvenons à les contrôler pour ressentir de l’adrénaline puis du soulagement. Cela nous permet de prendre plaisir à frissonner, puisque nous nous savons hors de danger.
L’horreur nous apprend à gérer la peur à travers un cadre contrôlé, en nous donnant la possibilité de craindre des choses sans les vivre. On sait qu’elle va arriver, mais on peut s’arrêter, rationaliser, et on constater qu’on survit.
Regarder des films d’horreur serait semblable à une thérapie d’exposition : la peur ne disparaît pas, mais un nouveau souvenir, moins douloureux puisque appréhendé, s’ajoute à l’ancien.
Un éxutoire par procuration
Il y a peut-être une autre raison à notre attrait pour le cinéma d’horreur.
Pour Freud, la vie en société repose sur le refoulement. Nous enfouissons nos pulsions que la morale et la loi n’autorisent pas dans le réservoir à pulsions : le Ça .
Le cinéma d’horreur pourrait alors offrir à ces désirs inavouables et inacceptables un espace d’expression. En regardant Michael Myers dans Halloween enchaîner les meurtres avec des méthodes les plus atroces les unes que les autres, le spectateur vivrait, par procuration, des actes qu’il ne pourrait jamais se permettre sans en subir les conséquences.
Apprécier regarder des films d’horreur permettait d’enfreindre la morale qui condamne toute forme de violence, et de satisfaire un désir de transgression.
Profiter des films d’horreur a donc plusieurs bénéfices, mais une exposition trop longue et trop intense peut amener à l’apparition de cauchemars, d’anxiété, voire de stress post-traumatique par procuration, en particulier chez les adolescents, dont le cortex préfrontal est encore en développement.
En revanche, le temps d’une séance est sans danger : entre adrénaline, soulagement et executoire, le cinéma d’horreur est ainsi un bon moyen pour se divertir.
Louison Capitaine