Navalny, retour à la case départ

En Russie, on fait attention à deux fois avant de prendre le thé, surtout quand on est le principal opposant à Vladimir Poutine. Le nom d’Alexeï Navalny n’était pas très familier jusqu’à l’été dernier, où il est soudainement transporté en urgence à l’hôpital et placé sous coma artificiel. Une affaire qui, ces derniers temps, ne concerne plus seulement la Russie.

Alexeï Navalny, opposant de longue date  

Déjà en 2011, Alexeï Navalny se positionnait contre le parti de Vladimir Poutine, il est alors emprisonné à de multiples reprises. En 2014, le tribunal de Moscou le place l’assigne en résidence surveillée pour plusieurs mois. A l’époque, la Cour européenne des droits de l’homme se prononce contre cette sentence, déclarant que son arrestation avait pour but de « restreindre ses activités publiques et étouffer le pluralisme politique ».

Par la suite, il sera emprisonné à nouveau de nombreuses fois, des emprisonnements souvent vus comme une manière de l’isoler, l’empêcher d’apparaître et de s’exprimer publiquement.

En août dernier, alors qu’il rejoignait Moscou en avion, Navalny tombe gravement malade. Il est ensuite hospitalisé en urgence en Sibérie avant d’être exfiltré en Allemagne.

D’après les médecins russes, Navalny a été soumis à de nombreux tests, notamment des inhibiteurs de la cholinestérase, tests auxquels il était négatif. Cependant, ce discours ne correspond pas à celui des médecins allemands qui confirment avoir trouvé des traces de poisons dans son corps. Depuis, Alexeï Navalny et ses partisans accusent le président russe d’avoir commandité son assassinat, une hypothèse bien sûr rejetée par le Kremlin.

Plusieurs mois après son empoisonnement, il annonce son retour prochain en Russie en janvier, malgré un risque probable de prison à son retour. La balle se passe entre les deux camps, et Navalny reproche au Kremlin des tentatives d’intimidation, il déclare notamment dans une vidéo « ils font tout pour m’effrayer et tout ce qui reste à Poutine, c’est d’afficher une pancarte sur le Kremlin, qui dit ‘Alexeï, s’il te plaît, ne rentre en aucun cas’ ».

De retour en Russie le 17 janvier, ce qui devait arriver arriva et Navalny se fait arrêter dès sa sortie de l’avion pour avoir enfreint les conditions de sa peine de prison avec sursis, et plusieurs de ses partisans sont aussi interpellés à l’aéroport.

L’affaire commence alors à prendre une tournure internationale.

Une affaire au-delà des frontières russes

Mais toute cette affaire russe s’est rapidement étendue à l’Europe et, plus globalement, à la communauté internationale.

Dès l’arrestation de Navalny, des représentants d’États ont fermement condamné cette action en justice, injustifiée selon eux. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’indigne de cette arrestation et appelle à sa libération dans un tweet.

Cette démarche a été rapidement suivie par de nombreux pays occidentaux, comme la France qui demande aussi une libération immédiate.

Mais la prison n’empêche pas pour autant à l’opposant de V. Poutine de continuer sa lutte. Depuis la prison où il est retenu, il diffuse une enquête anti-corruption visant directement Vladimir Poutine et son palais de la mer Noire, financée par des proches du président. Cette enquête est illustrée dans un documentaire de presque deux heures, diffusée sur YouTube et accompagnée d’appels à manifester en Russie. Cette vidéo a déjà été vue des millions de fois.

Naturellement en Russie, les manifestations du 23 janvier ont été sévèrement réprimées et des milliers de manifestants arrêtés.

Par la suite, les membres G7, dans un communiqué, se sont déclarés « unis dans leur condamnation » et très préoccupés par la situation en Russie.

Les contestations se font aussi sur de nouveaux supports : les réseaux sociaux et notamment Tik Tok, malgré la censure. Au final, l’opposant a été condamné à trois ans et demi de prison le 2 février dernier, sa plus longue peine.

Mais depuis, les tensions se poursuivent avec les pays occidentaux. La Russie avait expulsé plusieurs diplomates européens du pays pour avoir participé à des rassemblements en soutien à Navalny.

Face à cela, les représailles n’ont pas tardées et l’Allemagne, la Pologne ou encore la Suède ont, eux-aussi, annoncé l’expulsion de diplomates russes. Les échanges houleux continuent entre les pays, tout comme les ripostes en retour.

La situation semble bouchée en Russie et la crainte de nouvelles tensions entre la Russie et l’Europe se fait sentir. En attendant, Vladimir Poutine, à la tête de la Russie depuis déjà deux décennies, voit aujourd’hui son pouvoir trembler mais cela suffira-t-il pour le faire tomber ?

Célia Ory

 

Crédits photos : Dessin de Balaban, Luxembourg / KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

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