« On est en 2025, est-ce qu’il est encore normal de compter nos mortes ? » La question, posée ce samedi 22 novembre par Sylvaine Grévin, présidente de la Fédération nationale des victimes de féminicides, a résonné dans les cortèges organisés partout en France. À Paris et dans des dizaines d’autres villes, des milliers de personnes ont défilé pour dénoncer l’inaction politique face aux violences sexistes et sexuelles (VSS) et exiger une véritable révolution dans la lutte contre ces violences.
Trois jours avant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le collectif Grève féministe, accompagné de nombreuses associations comme Nous Toutes, a appelé à descendre dans la rue. Leur message est clair : « Les violences et l’impunité des agresseurs persistent huit ans après l’élection d’Emmanuel Macron. »
Cette année, la colère est particulièrement forte. Les mobilisations interviennent en effet au lendemain de quatre féminicides commis jeudi, qui ont profondément marqué l’opinion publique.
Des revendications précises
Les associations exigent notamment l’adoption d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales ; un budget de 3 milliards d’euros pour mettre en œuvre cette loi ; l’application des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle dans les établissements scolaires et l’arrêt de la baisse des financements aux associations d’aide aux victimes.
Selon plusieurs organisations, le budget minimal que l’État devrait consacrer à la protection des victimes est estimé à 2,6 milliards d’euros, bien au-dessus des montants actuels. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, alerte d’ailleurs : l’adoption du budget en discussion pourrait entraîner des « reculs majeurs » pour les droits des femmes, en menaçant les subventions de nombreuses structures d’accompagnement.
Des chiffres qui témoignent de l’urgence
Les données rendues publiques cette semaine par la Mission interministérielle pour la protection des femmes (MIPROF) dressent un tableau inquiétant : le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11 % entre 2023 et 2024 ; toutes les deux minutes, une femme est victime de viol, tentative de viol ou agression sexuelle ; toutes les 23 secondes, une femme subit un harcèlement sexuel, une exhibition ou l’envoi non sollicité d’images sexuelles.
Malgré l’existence de dispositifs tels que les téléphones “grave danger”, les bracelets anti-rapprochement ou les ordonnances de protection, les associations et militantes dénoncent le manque de moyens, la lenteur administrative et l’absence de réponse systémique.
Le cas de Bordeaux : entre colère et émotion
À Bordeaux, la mobilisation a été particulièrement suivie : 1 300 personnes réparties sur deux rassemblements selon la préfecture. Le cortège, parti de la place de la Victoire, a été marqué par une forte émotion, quelques jours après un féminicide survenu en Gironde. En effet, une femme de 45 ans a été tuée par son conjoint jeudi dernier à Saint-Ciers-d’Abzac, un drame qui a ravivé l’indignation locale.
« Révolutionner la politique publique »
Pour les collectifs féministes, les annonces gouvernementales ne suffisent plus. Ils réclament un changement structurel : une loi-cadre globale, un financement durable, une amélioration du traitement judiciaire des violences, ainsi qu’une véritable éducation à la prévention, aux relations et au consentement.
Les associations espèrent que le débat parlementaire sur le budget intégrera des avancées significatives. À défaut, elles promettent de maintenir la pression, dénonçant une politique publique qui reste trop souvent symbolique et insuffisamment financée.
Les mobilisations du 22 novembre montrent que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles demeure un enjeu central en 2025 et qu’une large partie de la société exige désormais des mesures concrètes et immédiates.
Alima Texier
©Enzo Blanchard
Étudiante en licence information communication, je souhaite devenir journaliste d’investigation. Je suis passionnée de sport et plus précisément de football. Mais je m’intéresse également à la musique, au cinéma ou encore à la politique.