Menace de guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée : Entre déstabilisations, famines et crises migratoire

Menace de guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée : Entre déstabilisations, famines et crises migratoire

Les relations diplomatiques sont au plus bas entre l’Érythrée et l’Éthiopie depuis le 10 octobre. Localisée dans une région particulièrement instable en Afrique de l’Est, une milice armée du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) fait face depuis 4 ans à l’armée éthiopienne, dirigée par Abiy Ahmed. Celui-ci accuse l’Erythrée de financer la milice et d’entraîner des dégâts et du chaos dans le nord de son pays. L’armée éthiopienne, repoussant la milice se retrouve amassée le long de la frontière érythréenne et menace de déclarer la guerre alors que des attaques se rapprochent. Ces actions inquiètent les 3,7 millions d’Érythréens qui vivent dans des habitations modestes et avec peu de revenus. Ce conflit, s’il se généralise pourrait entraîner une importante crise migratoire et une grande famine dans toute la région.

 

Le conflit quant à l’attribution des frontières entre ces 2 pays est en contestation depuis des décennies. Déjà, lors de la colonisation italienne du temps de Mussolini, au milieu des années 1940, alors que l’Éthiopie, l’Erythrée et la Somalie ne formaient qu’une seule province.

Durant la période d’après-guerre, l’Éthiopie redevient indépendante après sa libération en 1942, et la Somalie pleinement en 1960. L’Érythrée, quant à elle, demeure un État fédéré à l’Éthiopie. Décrété par l’ONU en 1952, cela signifie qu’elle possède son propre gouvernement, sa Constitution et ses propres lois, mais n’a pas de souveraineté internationale.

Cette autonomie ne plaît pas à l’empereur éthiopien Hailé Sélassié qui annexe l’Erythrée par la force en 1962, déclenchant la guerre d’indépendance. Après 30 ans de luttes, les rebelles du Front populaire de libération de l’Erythrée (FPLE) parviennent à renverser le régime éthiopien et à redevenir indépendants avec un référendum par autodétermination de 1993.

Bien que des frontières ont été établies après la proclamation officielle de la paix. Les deux pays se contestent toujours des terres notamment dans la région du Tigré autour de la ville de Badmé.

L’enjeu majeur pour l’Éthiopie est de retrouver un accès à la mer Rouge, pour le commerce et les ressources halieutiques notamment. Devant effectuer ses échanges commerciaux actuellement depuis le port de Djibouti, le pays fait savoir ses ambitions d’annexé par la force le port d’Assab sur les terres d’Érythrée et déclare qu’il le ferait : « qu’on le veuille ou non » d’après le média le Temps.

Ces déclarations ne sont pas sans crainte pour l’Erythrée qui voit déjà depuis 2020, le conflit se rapprocher de ses frontières avec le recul massif de la milice du front du Tigré. Entre les volontés concrètes de Abiy Ahmed et les désaccords politiques profonds des 2 voisins, la région est particulièrement en proie aux violences. 

 

L’importance d’une réaction rapide des autorités

 

Alors que des premières frappes de drones résonnent début octobre dans le nord de l’Éthiopie, notamment autour d’Adigrat et de Zalambessa, l’armée d’Abiy Ahmed se fait de plus en plus pressante. Ces frappes ne sont pas anodines puisque faisant partie de la population civile, les membres de la milice du Tigré se cachent proche de la frontière.

Après ses frappes, l’enjeu est d’éviter une guerre régionale qui pourrait provoquer des déplacements de population, aggraver la crise humanitaire et déstabiliser l’ensemble de la Corne de l’Afrique.

L’Érythrée étant un pays très peu développé et avec un Indice de développement humain extrêmement faible (classé 178 sur 195 états). Les habitants vivant principalement de l’agriculture céréalière connaissent des migrations importantes pour se nourrir.

Les habitants vivent dans la terreur de leur gouvernement dirigé par Isaias Afwerki au sein du Front populaire pour la démocratie et la justice (FPDJ). Ils font face à des absences de liberté d’expression interdisant les médias indépendants et la liberté de la presse depuis 2001.

Ce qui s’accompagne fréquemment de sanctions d’envoi en camps de travail (comme celui de Sawa), d’imposition d’un service militaire, de bas salaires, de risques de mauvais traitements ou de torture, ce qui motive la fuite de nombreux jeunes.

Très peu médiatisé par l’interdiction de ceux-ci en Érythrée avec l’arrivée du gouvernement autoritaire de 2001. Leur précédent affrontement entre 1998 et 2000 avait déjà fait entre 80 000 et 100 000 victimes, dont une grande partie de civile d’après TV 5 Monde Info.

A côté de cela, ce conflit avait impacté une part considérable de la population à fuir. Selon Human Rights Watch, environ un tiers des trois millions d’habitants de l’Érythrée ont quitté leur domicile à cette période.

Beaucoup ont cherché refuge dans des zones moins exposées aux combats. Après le conflit, Human Rights Watch estime à 75 000, le nombre d’éthiopiens d’origine érythréenne expulsés vers l’Érythrée. Ces déplacements de population en zone de guerre sont terribles. Ils deviennent plus vulnérables et même parfois des cibles de l’armée.

 

Agir pour la paix

 

Après les premières frappes, fin septembre 2026, des organisations ont tenté de réagir, l’ONU demande une désescalade immédiate et un retour au dialogue diplomatique après avoir été saisi par le pouvoir Érythréen.

De son côté, l’Union africaine appelle à la retenue et à la reprise des négociations. Ces déclarations demeurent bien trop faibles pour garantir la paix dans la région. Déjà en 2000, les deux belligérants avaient signé une paix perpétuelle qui n’a depuis pas été respectée et avec toujours une contestation des frontières.

Ces organisations peuvent organiser des négociations, condamner les violences et apporter une aide humanitaire, mais elles dépendent largement de la volonté des États à respecter leurs engagements. L’absence de moyens de pression suffisamment efficaces peut ainsi ralentir leur intervention et limiter leurs résultats.

Face aux risques d’une nouvelle guerre, plusieurs actions peuvent être mises en place pour défendre la paix. À notre échelle, nous pouvons sensibiliser la population en partageant des informations vérifiées, signer des pétitions et interpeller nos élus afin qu’ils soutiennent une résolution diplomatique du conflit.

Les médias ont également un rôle essentiel à jouer pour rendre visible cette crise peu médiatisée et alerter sur les conséquences humaines d’une escalade militaire. Soutenir des associations humanitaires peut aussi permettre de mettre un terme aux combats ou d’apporter des aides pour les populations.

Bien que les associations soient encadrées et interdites sur le territoire de l’Érythrée, Médecins sans frontières (MSF) intervient à Addis Abeba dans la capitale de l’Éthiopie pour conférer des vivres et des aides médicales aux exilés.

Les dons pour des associations permettent l’intervention sur des terrains de guerre et de parvenir à aider les populations les plus vulnérables.

L’objectif est ainsi de faire pression sur les responsables politiques pour privilégier le dialogue plutôt que les affrontements armés.

 

Pierre Bonnaud

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