L’essor grandissant de la scène drag à Bordeaux

C’est entre les arrêts du tram B de Saint-Nicolas et de la Victoire que nous retrouvons une foule devant un bar joliment nommé le Bad Mother Fucker. Foule qui pourrait sembler basique pour un pub ayant la cote ; mais c’est en s’approchant de plus près que l’on peut observer paillettes, tenues extravagantes et maquillages éblouissants… drag-queens, drag-kings, club kids et autres se retrouvaient ce samedi 7 décembre pour un événement mensuel intitulé les Drag-Games. L’occasion de s’immiscer dans la vie queer et LGBTQ+ Bordelaise, afin d’en apprendre plus sur ses artistes, ses coutumes et ses soirées de plus en plus nombreuses.

Du Drag de compèt’

Les Drag-Games sont une compétition de drag à inscription libre qui a lieu tous les mois depuis septembre 2019. Le principe ? Un thème est donné à l’avance, c’est ensuite trois épreuves que devront passer les candidats ; il y a d’abord celle du Runway, où les participants défilent en ayant suivi le thème du mois, ensuite les Battles, où les candidats ayant le plus brillé à l’épreuve précédente s’affrontent par duo en faisant du playback sur des chansons imposées. Celles et ceux ayant livré le meilleur show et ayant remporté leur duel se retrouvent donc pour l’épreuve finale, celle de la Performance solo ; lipsync, chant, stand-up, danse, ici tout est possible pour enflammer la scène et espérer gagner l’édition du mois. Cela assurerait une place à la Grande Finale de Juin, qui verra s’affronter tout les gagnants des différentes éditions. Ce 7 décembre, les Dieux de l’Olympe étaient mis à l’honneur ; toges, sandales et mythologie se mêlaient aux fabuleux maquillages des participants. Pour les départager, un jury, composé cette fois ci d’une actrice locale, Anastasia Lebedeva, de Tristan Piotto (alias La Présidente), metteur en scène, réalisateur et président de la Casa de Las Maryposa, Maison* de drag bordelaise, et finalement Hitsublu, Créature et Makeup Artist venu tout droit de Paris. Des invités de marque pour des candidats et un public survolté.

Et visiblement, le format plaît : pour cette quatrième édition, le petit bar du Bad Mother Fucker est plein à craquer. L’évènement fait mouche, et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

(*Maison = rassemblement de plusieurs artistes drag)

Un souffle nouveau

Mais il faut savoir qu’il y a peine 1 an, rien de tout cela n’était envisageable. S’il y avait des drag à Bordeaux il y a une dizaine d’années et par conséquent des soirées queer, iels ont tous disparus au fil du temps, n’en laissant qu’une seule. C’est suite à la naissance de la Maison Éclose, première maison « nouvelle génération », que tout ce milieu a pu respirer un air nouveau. Carmen Santa Cruz, drag de la Casa de Las Maryposa, affirme que les soirées drag ont « beaucoup évolué en très peu de temps » ; depuis octobre de l’année dernière, les soirées drag et queer ont rencontré un succès de plus en plus important, et les différents évènements ont explosé. « Il y a 6 mois, on ne pouvait pas avoir une soirée avec autant de gens », continue Carmen. Peut-être grâce à l’émission à succès Rupaul’s Drag Race, compétition de drag-queens ayant remporté plusieurs Emmy Awards. Selon Carmen, « la plupart des personnes queer connaissent le monde drag grâce à ça ». Et pas que. Ce soir là au Bad Mother Fucker, tout le monde est le bienvenu, hétéro, queer ou sans étiquettes ; on se bousculerait presque pour avoir la meilleure place…

Amour et Bienveillance

Et ces évènements sont d’une importance capitale. Ils permettent à des personnes de s’exprimer, de se sentir en sécurité dans des endroits où iels ne seront pas jugés. Ils permettent également à des artistes d’avoir une plateforme locale afin de montrer leurs talents. Et « ce n’est que le début », selon La Maryposa, drag-queen Bordelaise à l’initiative, avec sa Maison, d’un bon nombre d’évènements drag et queer de la ville. Actuellement, il n’y a aucune subvention de la mairie, ce qui rend assez compliqué l’organisation de soirées et d’évènements, car il faut financer les déplacements des artistes, les bars ou encore le matériel comme les décors. Mais les drag bordelais.es ne se démontent pas ; il y a déjà deux associations Drag à Bordeaux, « bientôt trois », nous dit La Maryposa, ce qui pourrait permettre d’avoir des locaux pour des répétitions, des cours (qui ont déjà lieu) et surtout d’avoir plus d’organisation.

Il y a désormais à Bordeaux plus d’une soixantaine d’artistes drag. La plupart d’entre eux se sont retrouvés ce 19 janvier   dernier dans une salle de nouveau comble, pour la dernière édition des drag-games. Le thème ? Snatch-game, épreuve inspiré de l’émission Rupaul’s Drag Race : il fallait imiter des célébrités tout en étant drôle ! Et la prochaine édition est déjà programmée, sur le thème du voyage dans le temps, comme quoi les soirées drag, elles, n’ont pas le temps !

Crédits photo : Solweig Wood pour les Drag-games

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Lucas Schnéberger

Contact : lucas.schneberger@live.com