IA au cinéma : Et si demain, les films n’étaient plus réalisés par des humains?

IA au cinéma : Et si demain, les films n’étaient plus réalisés par des humains?

L’intelligence artificielle s’installe peu à peu dans l’industrie du cinéma. Capable de créer des images, de reproduire des voix ou encore de recréer numériquement des personnes, elle ouvre de nouvelles possibilités aux réalisateurs. Mais cette évolution soulève aussi une question : jusqu’où l’IA pourrait-elle prendre la place des humains dans la création artistique des films ?

Longtemps mise en valeur dans les scénarios de science-fiction, l’intelligence artificielle fait désormais son apparition dans la fabrication des films. Elle peut être employée pour modifier ou créer des images, reproduire une voix ou encore reconstituer l’apparence d’une personne à différentes périodes de sa vie. Dans le documentaire Be Brave, présenté à la dernière Mostra de Venise, le réalisateur Francesco Carrozzini a ainsi utilisé l’IA pour représenter la biographie de Renzo Rosso, fondateur de la marque Diesel. L’usage de cette technologie peut également concerner les acteurs. Le film As Deep as the Grave (Coerte Voorhees, 2026) a créé une version numérique de Val Kilmer, avec l’accord de sa famille, alors que l’acteur n’avait pas pu participer au tournage. Son image et sa voix ont ainsi pu être exploitées grâce à des technologies permettant de le recréer numériquement.

Cette évolution pourrait aussi avoir des conséquences économiques. Selon le réalisateur James Cameron, cité par La Vanguardia, l’intelligence artificielle pourrait permettre de réduire certains coûts de production. Pour les studios comme pour les réalisateurs, elle représente donc un nouvel outil susceptible de modifier certaines étapes de la fabrication d’un film.

Quand la science-fiction devient réalité

Pourtant, l’idée de machines capables de reproduire l’être humain n’est pas nouvelle. Bien avant l’arrivée des outils d’intelligence artificielle actuels, le cinéma imaginait déjà des technologies qui semblaient appartenir à un futur lointain. Dans Metropolis, sorti en 1927, Fritz Lang mettait notamment en scène un robot humanoïde. L’intrigue se déroule en l’an 2000, dans une mégapole divisée en deux mondes : les riches et les ouvriers, qui travaillent sans cesse dans le cœur industriel souterrain. Encouragés par un robot, ils se rebellent contre la classe dominante.

Un autre exemple, des décennies plus tard, Minority Report (Steven Spielberg, 2002), dont l’action se situe en 2054, imaginait une technologie capable de prédire les crimes avant qu’ils ne soient commis.

Mais aujourd’hui, la frontière entre ce qui était imaginé sur grand écran et ce qui est techniquement possible devient de plus en plus mince. Ces fictions situées dans un futur dystopique semblent rejoindre notre réel, du moins quant aux capacités de la machine.

Un nouvel outil ou une menace pour les professionnels ?

L’arrivée de l’IA ne fait cependant pas l’unanimité dans le monde du cinéma. Pour certains professionnels, elle est avant tout un nouvel outil permettant d’expérimenter et de réaliser certaines tâches plus rapidement. Pour d’autres, son développement fait craindre une diminution de la place accordée au travail humain. Christopher Nolan rejette ces machines pensantes si bien que son dernier travail, Odyssey (2026) est filmé dans sa totalité en format IMAX de 70mm, donc entièrement analogique.

La question est particulièrement sensible lorsqu’il s’agit de recréer une personne. Peut-on utiliser son visage ou sa voix pour lui faire jouer une scène qu’il n’a jamais tournée ? Scorsese a osé le faire dans The Irishman (2019), rajeunissant Robert de Niro d’une quarantaine d’années. Or, que se passe-t-il lorsque l’acteur n’est plus de ce monde et n’a pas forcément autorisé l’utilisation de son image ? Le débat porte également sur les métiers du cinéma : si une intelligence artificielle est capable de produire des images, des voix ou des séquences entières, quelle place restera-t-il aux acteurs, aux scénaristes, aux techniciens et aux artistes ?

Et demain ?

L’intelligence artificielle ne réalise pas encore seule les grands films hollywoodiens. Mais son utilisation dans le secteur pose déjà les bases d’une nouvelle manière de concevoir le septième art. L’enjeu des prochaines années sera donc moins de savoir si l’IA entrera dans les studios que de déterminer jusqu’où les créateurs accepteront de lui céder leur place.

Amalia Rousselet

 

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