Droits des femmes : toujours en construction

Née il y a plus d’un siècle, la journée internationale des droits des femmes est devenue un symbole des revendications des femmes et progressivement, des luttes contre le sexisme et les inégalités entre les sexes.

Mais si la lutte pour les droits des femmes a commencé avant la Révolution française, les avancées concrètes ne sont apparues que bien plus tard. En ce 8 mars, revenons sur l’histoire des droits des femmes.

 

Brève histoire des droits des femmes

1791. Olympe de Gouge signe la Déclaration de la femme et de la citoyenne. C’est l’une des premières revendications en faveur des droits de la femme. L’article 1 en est l’incarnation même : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit ». Mais quelques années plus tard, la femme doit obéissance à son mari, une phrase inscrite noir sur blanc dans le Code Civil en 1804.

Avec le temps, la femme acquiert très progressivement une place dans la société. Bien que cantonnée à son rôle d’épouse, de mère, de ménagère, son émancipation se construit.

 

La première avancée civile notoire reste sans doute l’accès au droit de vote à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. S’en suivent alors plusieurs étapes avec l’inscription du principe d’égalité entre hommes et femmes dans le préambule de la Constitution en 1946 ; la nomination d’une femme au poste de ministre, Germaine Poinso-Chapuis, pour la première fois en 1947. Pourtant, une telle fonction ne sera occupée par une femme à nouveau que bien plus tard, par Simone Veil en 1974.

La deuxième moitié du XXème siècle sera la période la plus caractéristique des grandes avancées sociétales en matière de droits des femmes. En juillet 1965, une nouvelle étape est franchie : les femmes peuvent désormais gérer leurs biens et travailler sans le consentement de leur mari. Un peu plus de deux ans après, la loi Neuwirth incarne aussi un progrès en autorisant l’utilisation d’une contraception, suivie en 1970 par l’arrivée de l’autorité parentale conjointe.

 

Le 5 avril 1971, le « manifeste des 343 salopes » est publié dans le Nouvel Observateur. Toutes ces femmes signataires déclarent avoir avorté clandestinement et donc avoir violé la loi. Parmi les signataires, une seule avocate : Gisèle Halimi, qui plaide alors pour que les femmes n’aient plus à se mettre en danger en avortement de façon clandestine. La même année, elle co-fonde avec Simone de Beauvoir une association : « Choisir la cause des femmes ».

 

Puis vient le temps de nouvelles lois : sur le principe d’égalité de rémunération entre les sexes en 1972 ; la célèbre « loi Veil » sur l’autorisation de l’interruption volontaire de grossesse en 1975 suivie du divorce par consentement mutuel ; de répression du viol en 1980 apportant une première définition du viol et surtout, en le considérant comme un crime.

Et si toutes ces lois incarnent de véritables transformations de la société de l’époque, il suffit de se replonger dans quelques images d’archives pour se rendre compte des points de vue sur la question à l’époque, des opinions qui, pour certains, feraient surement polémique aujourd’hui !

 

Source : Chaîne YouTube de INA Société

 

Source : Chaîne YouTube de INA Société

 

En 1982, après une proposition d’Yvette Roudy, alors Ministre déléguée aux Droits de la femme sous la présidence de Mitterrand, le Conseil des ministres lance une journée des femmes, célébrée le 8 mars. Le Président de la République reçoit alors 450 femmes issues de divers milieux et annonce plusieurs mesures telles que le remboursement de l’avortement, des projets de loi contre le sexisme et pour l’égalité des sexes dans le milieu professionnel, mais aussi la disparition de la notion de « chef de famille » attribuée à l’homme. Enfin, il y a seulement trente ans, en 1990, la Cours de cassation reconnait pour la première fois un viol entre époux.

En 2004, un plan de lutte contre les violences faites aux femmes est lancé. Trois ans plus tard, un numéro de téléphone, le 3919, est mis en place pour les victimes et témoins de violences conjugales. Ainsi, peu à peu, ces nouvelles mesures vont aussi s’orienter vers les violences faites aux femmes et leurs sanctions

 

Et aujourd’hui ? De nouvelles problématiques viennent s’ajouter

Alors en 2021, où en sommes-nous ? Si la situation en France reste meilleure que dans d’autres pays, la lutte contre les violences faites aux femmes reste une question primordiale, notamment face à l’impunité des agresseurs. 94 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viol chaque année, mais seulement une sur dix porte plainte. Un féminicide a lieu tous les trois jours. 25 % des femmes ont peur dans la rue. Des chiffres qui font froid dans le dos et remettent sur la table la question de la sécurité. Et si des mesures comme par exemple à Bordeaux, la possibilité de descendre entre deux arrêts de bus le soir pour réduire la distance de trajet à parcourir seule, sont louables et permettent de rassurer, cela ne fait pas pour autant disparaître le problème des agressions.

Ces dernières années, la parole s’est tout de même libérée avec notamment l’affaire Weinstein, aboutissant aux #BalanceTonPorc et #MeToo, toujours d’actualité ces derniers temps.

 

En parallèle, la vision patriarcale ancrée dans la société se fait encore sentir. Et si aujourd’hui la femme peut travailler, cela s’ajoute à son « rôle » de mère de famille. Ainsi, 72% des tâches domestiques sont encore faites par les femmes selon l’INSEE. Le cumul des activités n’induisant que plus de charge mentale pour les femmes.

Cette année, pour cette nouvelle journée internationale du droit des femmes, Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, a lancé la campagne #1000Possibles pour les droits des femmes. En effet, 1000 filles naissent chaque jour en moyenne et pour l’occasion, une centaine de « françaises inspirantes d’aujourd’hui » ont écrit une lettre pour les 1000 petites filles nées aujourd’hui, et un nouveau prix a été créé : le Prix des 1000 Possibles – Médailles de l’Égalité, dont la cérémonie de remise a eu lieu dans la journée sur les réseaux sociaux.

 

Source : Chaîne YouTube du Gouvernement

 

Mais en cette journée internationale des droits des femmes, il est important de rappeler qu’elle ne doit pas être isolée dans l’année, et surtout qu’elle n’est en rien une journée de la femme. Ainsi, il n’est pas étonnant que certaines promotions pour des articles ménagers ou autres pour « l’occasion » soient pointées du doigt car elles sont plutôt en décalage avec l’objectif de cette journée.

Les avancées, certes relativement récentes, des droits des femmes tracent le chemin pour de nouvelles évolutions à venir avec l’émergence de nouvelles problématiques.

 

Célia Ory

 

Crédits photo : @angelinabambina – freepick 

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