Casseurs, militants ou opportunistes : que sont les « black blocs »?

Casseurs, militants ou opportunistes : que sont les « black blocs »?

Depuis la mobilisation du 17 octobre, le terme de « black bloc » circule sur tous les plateaux de télévision. Ces groupes, composés de personnes complètement vêtues de noir et masquées, sont au cœur du débat. Suite aux casses et pillages, les accusations, fausses informations et questionnements se mêlent autour d’un sujet peu compris. 

La mairie de Marseille a connu une intrusion lors de la manifestation. Benoît Payan, le maire de Marseille, exprimait samedi à propos de l’intrusion : « Ce sont des black blocs, absolument pas des manifestants […] on a les casseurs qui entrent ». Si le maire crée une distinction entre les manifestants et les black blocs, il fait l’amalgame entre ces derniers et les casseurs. Alors, les black blocs sont-ils exactement cela ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord songer aux racines historiques du mouvement.

Le terme trouve son origine dans la langue allemande. « Schwarze block » est la dénomination accordée par la police allemande en 1980 aux militants du mouvement autonome qui descendaient dans la rue, habillés en noir, pour affronter les forces de l’ordre. Cette méthode d’action collective se répand ensuite à travers l’Europe et jusqu’en Amérique du Nord.

La pratique gagne en popularité grâce à de nombreux facteurs : la monochromie permet à chaque participant de préserver son anonymat, de reconnaître facilement les autres membres et d’agir au sein d’une masse solidaire.

Cette importance accordée à l’anonymat rend le positionnement politique et la démographie de chaque bloc individuel difficiles à connaître. Cependant, la pratique est généralement fondée sur des valeurs et idées anarchistes. Le chercheur et professeur de science politique Francis Dupuis-Déri affirme : « ils fonctionnent de façon égalitaire et libertaire, […] leur structure et leur processus de prise de décision sont non autoritaires et non hiérarchiques. » Les groupes se forment par des groupes d’affinités, une tradition anarchiste qui connaît un essor en Espagne aux XIXe et XXe siècles. Ces groupes d’affinités se créent autour d’amitiés préexistantes, de militants d’un même parti politique, ou autre. Le professeur franco-canadien ajoute que l’anarchisme se trouve au cœur de la répartition du pouvoir et des tâches au sein d’un groupe. Des pratiques comme l’alternance de la parole entre hommes et femmes, ou l’absence de « leader », en témoignent.

 

Casseurs ou militants?

La réponse à cette question est nuancée et se place partiellement en opposition aux propos du maire de Marseille. Un black bloc est avant tout un moyen d’action qui préserve l’anonymat. Au sein d’un même bloc, il peut y avoir différents rôles attribués selon les préférences individuelles. Certains partisans anarchistes se revendiquent comme pacifiques et prennent en charge des rôles d’infirmier, de reconnaissance, voire entreprennent des tâches défensives. Cependant, plusieurs décident de mener des actions offensives, souvent symboliques. Les cibles des casses, pillages ou violences peuvent être des banques, des multinationales… Il semblerait que sur la Rue Sainte-Catherine de Bordeaux les petits commerces n’auraient pas été touchés par les casses du 17 octobre, contrairement aux grandes marques comme Jack&Jones, Décathlon, Carrefour. Cela n’a pas été le cas partout en France. À Paris les images d’un magasin d’informatique local saccagé et d’un commerçant désespéré ont circulé sur les réseaux. De par leur vision politique du Monde, les actes de dégradation et de casse sont considérés au sein du groupe comme légitimes. De leur point de vue, cette action directe est un sacrifice nécessaire en vue d’atteindre un monde meilleur. Le recours à la casse est donc bel et bien une méthode assumée des black blocs.

Il était possible d’observer à Bordeaux, sur le moment, un grand nombre de personnes à visage découvert, ne semblant pas faire partie d’un black bloc, qui participaient aux pillages. Les images de la mairie de Marseille racontent une histoire similaire : des potentiels participants des black blocs qui se fondent dans la masse et se mélangent à d’autres profils venus profiter de l’action. Tous les casseurs ne font pas partie d’un black bloc. Les black blocs entreprennent véritablement des casses, mais réduire leur identité à celle de « casseurs » manque de nuance.

 

En somme, l’usage de « black blocs » est une pratique qui réunit des groupes d’affinités anonymes, habillés en noir, majoritairement anarchistes. Ils cherchent à mener des actions directes lors des mobilisations afin de faire connaître la présence d’idées radicales, critiques de l’ordre économique et social au sein du mouvement. Malgré cette intention, leur recours à la casse renvoie vers le débat autour de la légitime violence. La violence reste le facteur le plus retenu dans les esprits du grand public et des victimes, qui voient leurs quotidiens bouleversés. Toutefois, plusieurs membres de black blocs ne sont pas violents, et certains maintiennent un engagement pacifique. Né à Berlin en 1980, ce phénomène parcourt la planète dans un élan d’opposition au capitalisme, à la mondialisation et à la société de consommation. Aujourd’hui, les black blocs sont une présence attendue, voire redoutée, des grandes mobilisations sociales.

 

Maceo De Morais

 

Crédit photo : « RUN » par Emiliano Mellino sur https://www.flickr.com/photos/37051152@N03/5565665580 sous licence CC BY 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/

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