Affaire Epstein : La publication de documents relance une affaire mondiale

Affaire Epstein : La publication de documents relance une affaire mondiale

Le 30 janvier 2026, le ministère de la Justice des États-Unis a rendu public plus de trois millions de pages de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein. Cette publication massive, comprenant également des vidéos et des images, ravive l’attention médiatique autour d’un scandale international.

Jeffrey Epstein est condamné une première fois en 2008 pour sollicitation de prostitution et sollicitation de mineurs à des fins de prostitution. Il purge une peine de 13 mois dans des conditions très aménagées, suscitant une vive polémique. Dans les années 2010, les plaintes de victimes se multiplient, mais aucune n’aboutit réellement. En 2019, il est encore arrêté et accusé de trafic sexuel par des procureurs fédéraux. Incarcéré à New York, il est retrouvé mort dans sa cellule un mois plus tard. Après une enquête, les autorités concluent officiellement à un suicide. En 2022, Ghislaine Maxwell, l’ex-compagne de Jeffrey Epstein, est condamnée à 20 ans de prison pour complicité de trafic sexuel de mineurs.

Lors de l’arrestation d’Epstein en 2019, une enquête est ouverte à Paris. Le milliardaire y possédait un appartement, ce qui le rendait susceptible d’avoir mené des activités de trafic sexuel de mineurs en France. L’enquête remonte rapidement jusqu’à Jean-Luc Brunel, grande figure du mannequinat. Cité dans de nombreux documents détenus par la justice américaine, il aurait apporté de jeunes filles mineures au milliardaire américain. Il est également accusé de viols sur mineurs et de harcèlement sexuel. Il s’est suicidé en 2022 avant la tenue d’un procès.

La démission de personnalités

Depuis la publication de ces millions de documents, des personnalités à travers le monde voient leur nom associé à Epstein et démissionnent.

En France, c’est Jack Lang qui démissionne de son poste de président de l’Institut du monde arabe, tout comme sa fille Caroline Lang, qui se retire du conseil d’administration de la Fondation Le Refuge. Cela arrive juste après les révélations de Médiapart, qui indiquent que la famille Lang et Epstein étaient très proches. En effet, Caroline Lang et Jeffrey Epstein ont fondé une société, mais celle-ci n’a pas été déclarée en France. De plus, Caroline Lang affirme avoir été au courant de la pédocriminalité du milliardaire, mais avoir cru qu’il avait « payé sa dette » et indemnisé les victimes, comme il le lui aurait dit. Le nom de Jack Lang est cité de nombreuses fois dans les documents et fait apparaître des intérêts économiques communs.

En Norvège, c’est Mona Juul qui démissionne du poste d’ambassadrice en Jordanie et en Irak. Elle et son mari sont soupçonnés de corruption aggravée et de complicité de corruption aggravée dans le cadre de leurs liens avec Jeffrey Epstein. C’est également en Slovaquie que le ministre Miroslav Lajčák démissionne de son poste de conseiller à la sécurité nationale. Des échanges de SMS montreraient que le criminel sexuel promettait des femmes au responsable slovaque.

Des violences systémiques

L’affaire met en lumière des mécanismes d’emprise, d’inégalités sociales et de vulnérabilité des victimes. C’est un homme milliardaire qui choisit ses victimes, souvent précaires et ayant déjà été abusées dans leur enfance. Cette situation facilite leur exploitation et leur destruction à ce moment-là. De plus, beaucoup des documents publiés récemment sont caviardés afin de cacher les informations personnelles (adresses mail, numéros de téléphone…) mais également certains noms de personnes entrées en contact avec Jeffrey Epstein. Cependant, de nombreux noms de victimes ne sont pas caviardés. On y retrouverait même des photos dénudées de certaines d’entre elles. Ce choix de cacher certains noms tout en exposant les victimes, sans respecter leur vie privée, suscite la polémique. Certaines se sentent jetées en pâture et trahies par le département de la Justice, à qui elles avaient fait confiance en lui confiant des documents et informations personnelles.

On observe donc une forme de violence systémique dans le traitement de l’enquête : les victimes semblent instrumentalisées, tandis que d’autres noms sont protégés et pas les leurs.

Une affaire qui ravive les complotistes

Les réseaux sociaux sont noyés de fausses informations sur cette affaire, ce qui ravive les théories du complot. D’après Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch (service de presse en ligne spécialisé dans l’analyse critique du conspirationnisme et des théories du complot), tous les ingrédients sont réunis pour alimenter le complotisme : le sexe, l’argent, les puissants…

Depuis la publication des 3,5 millions de documents, on observe un déversement, sur les réseaux sociaux, de théories du complot alimentant notamment l’antisémitisme. Il faut être très vigilant quant au traitement de toutes ces informations et à ce qui est dit sur Internet. Tout n’est pas vrai, et de nombreuses fausses informations circulent, permettant de raviver des théories complotistes. Il faut rappeler qu’un nom cité dans ces documents peut simplement signifier que quelqu’un est évoqué dans une conversation, sans avoir aucun lien avec les activités criminelles de Jeffrey Epstein. C’est le cas, par exemple, d’Emmanuel Macron, qui apparaît simplement dans des discussions sur l’actualité mondiale.

L’affaire Epstein continue de poser des questions sur le pouvoir, la protection des victimes et la circulation de l’information. La publication de nouveaux documents attire l’attention médiatique, mais rappelle aussi qu’il faut rester prudent face aux rumeurs et aux interprétations hâtives.

 

Alima Tixier

© Heute

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