À Berlin, une victoire de la gauche de rupture qui change la donne.

À Berlin, une victoire de la gauche de rupture qui change la donne.

Elif Eralp, candidate pour le parti de gauche de rupture, Die Linke, a remporté dimanche 20 septembre les élections régionales à Berlin. Avec 25,7 % des voix, la candidate inverse la tendance et arrive en tête du suffrage devant la CDU  (18,8 %), le parti conservateur, et l’AfD (16,3 %), le parti d’extrême droite allemand.

Les résultats sont tombés. La capitale fédérale ne reconduira pas les chrétiens-conservateurs (CDU) du chancelier Merz aux commandes.
Les Berlinois ont jeté leur dévolu sur Elif Eralp, candidate pour le parti « la gauche », Die Linke.
Fille d’immigrés turcs et de militants socialistes, elle devient avocate spécialisée en droit de l’immigration et en droit d’asile. En 2017, elle concrétise sa carrière politique en adhérant à Die Linke, héritier du Parti socialiste unifié (SED, dorénavant appelé PDS).
Le parti communiste anciennement au pouvoir en Allemagne de l’Est (RDA).
Avec 25,65 % des voix récoltées, cette dernière est bien placée pour devenir la future bourgmestre-gouverneure de Berlin. Die Linke devra néanmoins parvenir à former une coalition de gauche avec les Grünen (les Verts) et le SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne) à la Chambre des députés pour pouvoir gouverner.

Nouveau visage, nouveau parti

Elif Eralp incarne aujourd’hui le nouveau visage du parti. Que ce soit par sa génération ou bien par les positions idéologiques qu’elle défend.
Preuve en est sa campagne centrée sur le coût des loyers et la construction de logements sociaux. Son programme, « Rendre Berlin abordable », s’articule majoritairement autour du droit au logement. L’avocate revendique une expropriation des grandes sociétés immobilières privées pour pouvoir mieux gérer l’ensemble des habitations de la capitale.
Pour y parvenir, Die Linke compte sur une socialisation de 220 000 logements détenus par les grands groupes immobiliers. Un projet ambitieux qui vise à transférer le parc immobilier privé vers le secteur public pour permettre aux foyers à faibles revenus de se loger. Un programme qui n’est pas sans rappeler la campagne couronnée de succès du dorénavant maire de New York, Zohran Mamdani. Tous deux sont issus de l’immigration, ont été candidats de villes multiculturelles, et tous deux ont orienté leurs campagnes pour l’accès aux logements abordables et contre les grandes sociétés d’immobilier. Une comparaison assumée et revendiquée par la candidate.
Sa victoire s’explique entre autres par le déploiement d’une stratégie de campagne bien rodée.
Elif Eralp a su cibler le cœur des enjeux sociaux et économiques des Berlinois.
Les transports, le ramassage des déchets et surtout les loyers exorbitants des logements de la capitale.
Mme Eralp s’est aussi distinguée par l’efficacité de sa campagne de porte-à-porte auprès des jeunes électeurs, inspirée par les méthodes du sénateur américain Bernie Sanders (« démocrate socialiste », gauche radicale).
À travers Elif Eralp, candidate de la diversité, Die Linke a su se réinventer en clarifiant sa ligne.
Un parti de défense des communautés et populations discriminées, des services publics et de la redistribution.

Une exception à la règle

À Berlin, les électeurs ont opté pour une autre voie que l’AfD. Celle du socialisme démocratique et de la lutte contre les inégalités sociales. Un exploit régional pour la gauche de rupture qui s’inscrit à rebours de la tendance politique dans le paysage allemand. Depuis quelques années, l’extrême droite allemande réalise une percée historique. L’AfD a déjà remporté 3 Länder (élections régionales). Thuringe en 2024 suivie de la Saxe-Anhalt (le plus grand succès de l’extrême droite allemande depuis la Seconde Guerre mondiale) et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale pour cette année.
Dans la métropole, le parti parvient aussi à accéder au podium en arrivant en troisième position (16,3 % des voix).
Le succès de Die Linke est donc contrasté par l’essor de l’extrême droite. Bien que l’arrivée en tête d’une candidate post-communiste reste un accomplissement majeur pour la gauche radicale, la victoire demeure symbolique plus que révolutionnaire. Berlin n’est pas représentatif de l’Allemagne tout entière. Elle en est l’exception.

 

Louison Capitaine

© Sandro Halank, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0  

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