Konbini, Brut, Vice : L’aube d’une révolution

La machine à vapeur, l’électricité, le nucléaire : toutes ces innovations ont en commun d’avoir révolutionné leur époque. Désormais en 2021, nous pouvons sans aucun doute rajouter Internet à cette liste, technologie qui bouleverse tout ce qu’elle touche. Le monde de l’information n’a pas échappé à cette mutation, et assiste aujourd’hui à l’émergence des Konbini, Brut et Vice, entre autres. Focus sur ces nouveaux médias qui secouent les codes établis par leurs aînés.

 

Présentation d’une recette à l’impact exceptionnel 

Prenez 200 grammes d’information en continu, un zeste de publicité, 100 millilitres de contenus divertissants et deux cuillères à café d’engagement politique. Remuez le tout sur les réseaux sociaux et vous obtiendrez à coup sûr le nouveau média qui va cartonner sur Internet !

 

Ces jeunes plateformes d’information voient le jour aux alentours de 2010 pour Konbini et Melty, en 1994 pour Vice, et plus récemment en 2016 pour Brut. Elles ont finalement grandi en même temps que la génération des Millenials, et ont su tirer parti du tournant du numérique. C’est peut-être ici l’une des clés pour comprendre leur impressionnante influence : à l’heure où notre société mondialisée se veut toujours plus rapide, ces médias proposent de l’information instantanée en continu. Avec des formats courts et divertissants, pas de risques d’indigestion. Et cerise sur le gâteau, nous avons l’opportunité de regarder l’article qui nous intéresse, quand nous voulons, et où nous voulons. Les chiffres sont absolument ahurissants : 4,1 millions d’abonnés sur Facebook pour Konbini, suivi de près par Brut et ses 3,6 millions de followers. 

 

En réussissant le défi de la transition numérique, ces médias ont su conquérir une audience importante : celle de la jeunesse. En effet, les 15-24 ans semblent peu à peu abandonner la presse et la télévision au profit des réseaux sociaux, plateformes qu’ils connaissent sur le bout des doigts. Ainsi, grâce à du contenu simple, authentique et familier, à l’image du très célèbre Fast and Curious de Konbini, ces jeunes médias attirent une tranche d’âge qui essaye de s’informer du mieux qu’elle peut dans cette jungle de fake news qu’est Internet. 

 

Le format privilégié est donc celui de la vidéo courte, sans trop de textes, avec beaucoup d’images, et souvent sous-titrée. Nous y retrouvons bien sûr des thèmes légers, abordant les dernières actualités du cinéma comme le fait Melty, mais aussi des articles au ton plus engagé. Brut en a notamment fait sa marque de fabrique : reportages, débats, ou encore actualités politiques. L’interview du président Macron en 2020 sur cette même plateforme montre bien que les codes médiatiques sont désormais de plus en plus flous, que les petits nouveaux méritent une attention toute particulière, et que les dirigeants les utilisent à des fins de communication personnelle.

 

Une visibilité bien utilisée ?

L’engagement devient donc une caractéristique propre à ces nouveaux médias, et participe ainsi à l’éveil politique des jeunes. Et c’est un point positif. En effet, Brut et Konbini donnent à cette tranche d’âge des armes intéressantes pour comprendre le monde dans lequel elle vit. Quoiqu’on en dise, la citoyenneté est indissociable de la vie politique d’un pays, et ces plateformes semblent l’avoir bien compris.  

 

Ce qui est évident devient parfois complètement invisible. En donnant la parole à des minorités peu représentées dans les médias traditionnels, Konbini a le mérite d’essayer de faire changer les choses. A l’heure où la libération de la parole est encore un processus lent et douloureux, le tabloïd français s’efforce de souligner ce qui n’est plus acceptable. Et avant de savoir ce que l’on veut, il est tout d’abord nécessaire de savoir ce qu’on ne veut pas. 

 

Finalement, la force de ces nouvelles plateformes réside dans leur impressionnante capacité à diversifier leur contenu. Vidéos populaires, sketchs, documentaires loufoques, questions de société : il y en a pour tous les goûts. Le formidable éventail de formats proposés et son accessibilité permettent de sélectionner ce qui nous intéresse selon notre humeur. Un parfum d’authenticité mêlé à une indépendance certaine : voilà ce qui fait la réussite de ces nouvelles plateformes. 

 

La qualité de l’information est peu à peu délaissée au profit d’un contenu choc qui attire l’œil du « Digital Native ».

 

Des dérives inquiétantes

Pourtant, il est clair que cette révolution médiatique n’est pas dépourvue de mauvais côtés. En effet, nous retrouvons un modèle économique fondé sur la course aux clics, qui, avec la publicité, sont les seules sources de rémunération pour les journalistes. La recherche de l’exceptionnel devient donc une priorité pour ces médias qui ne sauraient survivre sans audience. La qualité de l’information est peu à peu délaissée au profit d’un contenu choc qui attire l’œil du « Digital Native ».  

 

De plus, ces jeunes médias n’hésitent pas à adopter une ligne éditoriale proche des idées socialistes. Au premier abord, cela ne semble pas être un défaut. Pourtant, lorsque nous connaissons leur désir de faire du « clique à tout prix », nous pouvons aisément comprendre que Konbini et Cie ne se range pas du côté de la bien-pensance par conviction, mais plutôt par appât du gain. Et c’est ici que le danger apparaît, puisque, rappelons-le, ces tabloïds s’adressent principalement à la jeunesse. En effet, alors en pleine construction idéologique, cette tranche d’âge a besoin d’avoir plusieurs points de vue à disposition, de manière à se forger son propre avis. Pourtant, en prenant leur audience pour des consommateurs plutôt que pour des citoyens à la recherche d’information de qualité, ces médias créent des individus désinformés et uniformes. 

 

Finalement, comme tout ce qui est nouveau, ces jeunes plateformes suscitent de la méfiance. En pleine crise de confiance médiatique, elles arrivent à transformer les codes traditionnels. Encore perfectibles, leur défi est désormais de tendre vers du contenu journalistique de qualité, et de pouvoir se financer sans trahir leur audience. On se retrouve dans 10 ans pour le débrief… 

 

 

Corentin Madères

 

Crédit photo : Pexels

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