Championnats du monde de biathlon: un formidable spectacle

Du 13 au 23 février, le site d’Antholz-Anterselva en Italie a été le théâtre de la cinquante-sixième édition des Championnats du monde de biathlon. Ces mondiaux étaient attendus, et le verdict rendu sur la piste a tenu toutes ses promesses. Entre exploits, records, polémiques ou encore déceptions, retour sur ces dix journées de compétition qui se sont avérées particulièrement riches en émotions.

Les reines Marte Olsbu Roeiseland et Dorothea Wierer

Commençons ce bilan en évoquant les résultats des épreuves féminines. Deux biathlètes sortent incontestablement du lot : la norvégienne Marte Olsbu Roeiseland et l’italienne Dorothea Wierer.

La première citée est parvenue à réaliser un exploit inédit, celui d’être médaillée sur toutes les épreuves auxquelles elle a participé. Sept médailles : quatre en individuel, parmi lesquelles deux titres lors du sprint et de la mass start, ainsi que trois lors des relais, toutes en or. La biathlète de 29 ans avait déjà un solide palmarès puisque lors de la précédente édition des championnats du monde, elle avait déjà été sacrée dans les trois courses de relais. Elle avait également eu la joie de goûter aux podiums olympiques à l’occasion des jeux de Pyeongchang en 2018, où elle a obtenue deux médailles d’argent, en sprint et en relais mixte. Cette année à Antholz, elle est devenue la reine de sa discipline.

Les performances de Dorothea Wierer ont également été impressionnantes. Devant son public, l’actuelle leader du classement général de la coupe du monde a remporté l’or à deux reprises, lors de l’individuel et de la poursuite. Ajoutons à ces deux titres trois médailles d’argent, respectivement en relais mixte, relais féminin derrière les intouchables norvégiens et lors de la mass start.

Les deux biathlètes ont ainsi un bilan équivalant en terme de victoires individuelles. Mais au delà de cet aspect purement statistique, la bataille entre ces deux femmes a véritablement fait rage sur les skis. Lors de la poursuite, le duel a tourné à l’avantage de l’italienne. Côte à côte avec Roeieseland sur le pas de tir, pour le denier tir debout, l’italienne a mieux gérée la pression que sa rivale en ne ratant qu’une seule cible alors que son adversaire en a manqué deux. La mass start quelques jours plus tard a vu la norvégienne prendre sa revanche sur la piste, en revenant sur Wierer à l’issue d’un dernier tour stratosphérique, alors que son adversaire semblait partie pour la gloire.

Ces deux biathlètes ont dominé de la tête et des épaules des mondiaux durant lesquels les françaises ont été décevantes.

Une équipe de France féminine décevante

Aucune médaille individuelle pour les filles de l’équipe de France. Cette situation ne s’était plus produite depuis 2013. Seule Anaïs Bescond, associée à Émilien Jacquelin lors du relais mixte, est parvenue à monter sur un podium lors de ces mondiaux d’Antholz. Ce bilan famélique est évidemment particulièrement frustrant pour des biathlètes qui ont souvent été rapides sur les skis, mais qui manquent d’efficacité et de régularité dans l’exercice du tir. Le meilleur résultat d’une française en individuel fut la 5ème place de la jeune Julia Simon lors de la mass start. Une véritable déception pour des biathlètes pourtant en forme à l’approche de ces mondiaux comme l’avaient prouvé les résultats de la dernière manche de coupe du monde à Pokljuka où Anaïs Bescond avait signé deux podiums lors du 15 km et de la mass start.

Malgré tout, le talent est là chez ces biathlètes, qui pour la majorité d’entre elles sont jeunes, à l’image de Julia Simon ou de Justine Braisaz qui n’ont que 23 ans. Ces mondiaux auront donc été décevants pour les françaises, mais ils auront aussi été riches d’enseignements. Heureusement pour nous français, les hommes ont quant à eux réalisés des mondiaux exceptionnels.

Une équipe de France masculine en or

Dans le sillage d’un Martin Fourcade renaissant, absolument parfait dans son rôle de chef de file du biathlon français, l’équipe de France masculine a marqué de son empreinte ces mondiaux dans le Trentin. Aucun podium ne s’est déroulé sans qu’il y ait un français présent sur l’une des trois marches. Trois titres, deux médailles d’argent plus deux autres en bronze. Jamais les hommes n’avaient ramené autant de médailles d’un championnat du monde. Il faut dire que les tricolores se présentaient au départ de ces mondiaux 2020 dans une grande forme, et par conséquent avec une étiquette de favoris suite aux récents résultats en coupe du monde. Sur la piste, ils ont assumé leur statut et fait vibrer leurs supporters.

Dès la première épreuve individuelle, les français ont montré qu’ils étaient en bonne condition. Quentin Fillon Maillet et Martin Fourcade sont montés sur le podium du sprint, derrière le russe Aleksandr Loginov, dont le passé trouble en matière de dopage incite à la méfiance quant à la légalité de sa performance. Le russe est d’ailleurs de nouveau dans l’œil du cyclone puisque l’hôtel où résidait la délégation russe a été perquisitionné l’avant dernier jour de compétition.

Lors de la poursuite, seconde épreuve individuelle, ce fut l’heure de gloire du jeune Émilien Jacquelin. Parti avec le dossard 6, correspondant à son classement lors du sprint, le jeune biathlète de 24 ans réalise la course parfaite. Un sans faute au tir lui permet de remonter aux avants-postes. Dans le denier tour, il se retrouve en duel avec le redoutable norvégien Johannes Boe pour la médaille d’or. Le français n’est pourtant pas effrayé par son adversaire et va réussir à le devancer magistralement au terme d’un final parfaitement maîtrisé. C’est le premier titre pour le Grenoblois, un titre qui en appellera sûrement d’autres.

Le festival français continu lors de l’individuel avec une victoire particulièrement symbolique et pleine d’émotions pour le plus grand biathlète tricolore de l’histoire : Martin Fourcade. Avec ce titre, le onzième, Fourcade égale le record de titres de champion du monde en individuel d’Ole Eianar Bjorndalen. Sans doute l’accomplissement dans la carrière de celui que beaucoup annonçait sur le déclin. Un champion ne meurt jamais, et c’est ce qu’a prouvé le quintuple champion olympique qui, grâce notamment à cette victoire, est bien parti pour remporter le classement général de la coupe du monde. Ce sacre serait son huitième Globe de cristal.

Enfin, le clou du spectacle a eu lieu samedi avec le triomphe du relais masculin à l’issue d’une course intense. Dès le premier relais deux nations se détachent : la France et l’Allemagne. Les favoris norvégiens sont rapidement hors du coup suite à de nombreuses fautes au tir. Le titre va donc se jouer entre français et allemands. Aucune des deux équipes ne parvient à se détacher de manière définitive avant le dernier relai qui oppose sur la piste Quentin Fillon Maillet et Benedikt Doll. La différence se fait finalement lors du dernier tir debout, durant lequel le français, tel Tyson Fury face à Deontay Wilder, parvient à mettre KO son adversaire et à s’en défaire définitivement pour aller chercher un titre qui fuyait à l’équipe de France depuis 2001. Émilien Jacquelin, Martin Fourcade, Simon Desthieux et Quentin Fillon Maillet succèdent ainsi à Gilles Marguet, Vincent Defrasne, Julien Robert et Raphaël Poirée. Les scènes qui suivirent ce titre furent absolument incroyable, à l’image d’un Martin Fourcade fondant en larme dans la zone d’interview.

Cette compétition s’est conclue en apothéose avec un très beau podium lors de la dernière épreuve pour Fillon Maillet et Jacquelin, deuxième et troisième de la mass start derrière l’intouchable Johannes Boe.

Ces mondiaux auront permis de confirmer que le collectif français chez les hommes est absolument magnifique, avec un véritable esprit d’équipe qui émerge de ce groupe. Le bilan est exceptionnel pour nos quatre athlètes français, que l’on pourrait volontiers surnommer les 4 fantastiques tant ils auront été exceptionnels durant ces mondiaux. Des mondiaux qui, dans leur globalité, nous auront de toute évidence offert un magnifique spectacle.

Mathias Babin

Crédits photo : Gepa, Icon Sport

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