« Un simple accident » : reflet d’une résistance portée par le cinéma.

« Un simple accident » : reflet d’une résistance portée par le cinéma.

Téhéran, à nouveau propulsée sur grand écran. Mercredi 1er octobre marque la sortie de la Palme d’or du festival de Cannes 2025. Au ton engagé, ce film du réalisateur iranien Jafar Panahi s’inscrit dans la lignée des projections qui éveillent au quotidien du peuple iranien. 

L’assassinat de Mahsa Amini en septembre 2022 par la police des mœurs, bouleverse la  société iranienne. Le motif ne passe pas. Être tuée pour avoir « mal porté son voile »,  déchaîne l’opinion et le mouvement féministe prend une ampleur inespérée.  

Après les « Graines du figuier sauvage », de Mohammad Rasoulof qui met en avant le  bouleversement sociétal qu’a vécu l’Iran lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » de  2024, c’est Jafar Panahi, qui nous ouvre à ces réalités politiques.  

Ces cinéastes, de leur courage, nous font parvenir des récits d’une violence inouïe. Dans  « Un simple accident », Jafar Panahi se focalise sur le traumatisme des anciens  prisonniers et de l’impact que cette période a sur leur vie d’après. Quand l’enfermement  et l’isolement impactent durablement la psyché… Comment se reconstruire ?  

Il est ici question de l’écrasement de l’individu par le système. Par l’humour, Panahi  projette cette réalité sur grand écran. Une originalité déroutante pour traiter d’un sujet  glaçant.  

Des conditions de tournage difficiles  

Ces films sont réalisés secrètement. La plupart des scènes sont tournées en intérieur ou  dans des endroits déserts (voiture, appartement, parking, résidence privée, scènes de  nuit, zones inhabitées). Cette mise en scène contrainte est particulièrement visible dans  un film, « Taxi Téhéran ». Jafar Panahi y apparaît le volant à la main, escortant toutes sortes  de passagers, dont les histoires se succèdent. Cette réalisation lui valut de recevoir l’Ours  d’or au festival de Berlin, le 14 février 2015.  

Jafar Panahi est un résistant. Condamné en 2010 pour « propagande contre le régime »,  avec interdiction de quitter le territoire ou de tourner un film, il déroge à cela pour  poursuivre son activité.  

Ces films témoignent aussi du quotidien des artistes iraniens qui produisent dans la  clandestinité. Lors d’un précédent tournage, Jafar Panahi, qui ne pouvait pas quitter son  pays, est contraint de diriger son équipe en Turquie à distance. À partir des indications  données depuis son ordinateur, il réalise « Aucun Ours », sorti en 2022. Ce film est  présenté à la Mostra de Venise et obtient le prix spécial du jury alors que J. Panahi est détenu depuis juillet par le régime. « Pour nous, vivre c’est créer », écrivait-il aux côtés  de son confrère Mohammad Rasoulof, lui-même incarcéré.  

Un « diaph’ » d’espoir* 

Cette fois, c’est en direct que le scénariste se voit décerner la Palme d’or à Cannes.  Événement marquant de sa carrière, ce moment fort rend hommage à son courage et à sa  passion pour le métier. Encore privé de spectateurs en Iran, c’est en France que Panahi  renoue le contact avec le public et les émotions que suscitent son film. C’est ému et plein  d’espoir que Jafar Panahi enchaîne les interviews, à la suite de cette victoire. La force de  ces films c’est de raconter le réel, il ne souhaite pas s’en détourner, comme il confie lors  d’un entretien accordé au Monde. Par son humour et ses mises en scène décalées, il  nous raccroche à la vie.  

Coproduit par la France, « Un simple accident » représentera le pays lors de la 98e  cérémonie des Oscars, à Los Angeles, en mars prochain. 

Le mot « diaph’ », abréviation de diaphragme, désigne en photographie l’ouverture qui laisse passer la lumière dans l’objectif. Ici, il symbolise une fenêtre d’espoir, une ouverture vers la lumière malgré la noirceur du contexte.


Marie Bonneau

Crédit photo : C.Suthorn

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