En 2009, le film Un prophète de Jacques Audiard sort au cinéma et révèle Tahar Rahim. Dix-sept ans plus tard, en mars 2026, une série création originale Canal+ inspirée du film voit le jour.
Tous les lundis soirs, un épisode de 52 minutes de la série Un Prophète, créée par Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, est diffusé sur Canal +. La série est également disponible en replay sur la plateforme. Elle est inspirée du film éponyme de 2009 de Jacques Audiard, qui a remporté neuf César dont le César du meilleur acteur et le César de la révélation masculine pour Tahar Rahim dans le rôle de Malik El Djebena. Présentée en avant-première internationale lors du festival de la Mostra 2025 de Venise, la série a fait son arrivée sur Canal + depuis le 2 mars 2026.
Les deux créateurs de la série ont participé au scénario du film et se réapproprient le matériau dix-sept ans plus tard. La collaboration du duo Dafri-Peufaillit n’est pas une première (ex: La Commune (2007) dans laquelle jouait Tahar Rahim). Aux côtés du réalisateur italien Enrico Maria Artale, les hommes ont souhaité actualiser un sujet dont les enjeux sociaux persistent malgré leur transformation.
La série s’ouvre sur l’effondrement d’un immeuble dans le centre-ville de Marseille. Malik (Mamadou Sidibé), seul rescapé de cet effondrement, est emmené aux urgences. Lors des soins, les médecins trouvent des préservatifs remplis de drogue dans son estomac. Le jeune homme est envoyé au centre pénitentiaire des Baumettes. Il y rencontre Massoud Djebbari (incarné par Sami Bouajila), un homme d’affaires aux activités immobilières plus ou moins légales, avec qui une relation se construit. La seule solution qui s’offre à Malik pour survivre dans cet environnement hostile est de s’emparer du pouvoir et ne pas être un simple pion à la merci de Massoud. La relation qui se développe entre Malik et Massoud constitue le cœur narratif de la série. Le jeune homme est pris sous la coupe du malfaiteur plus âgé, en échange de son silence et de sa loyauté.
Une relecture du film de Jacques Audiard
Pour qualifier la série, on peut parler de recréation ou de “variation” (Télérama). Plus qu’un simple remake du film de Jacques Audiard, la série est une façon de voir l’évolution de l’univers carcéral et de la criminalité depuis 2009. Dans les deux œuvres, la violence et l’univers carcéral sont centraux. Elles dépeignent une société divisée en clans selon les origines géographiques (Corses, Italiens, Gitans,…) ou religieuses (“les barbus” sert à qualifier les musulmans dans le film).
Depuis 2009, la France a changé. Les protecteurs du jeune homme ne sont plus Corses mais Maghrébins. Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit ont transformé le personnage principal bien qu’il porte le même nom. Le migrant de Mayotte arrivé en France en tant que mule pour le transport de drogue remplace le jeune délinquant tourmenté entre la culture arabe et la mafia corse. L’objectif du jeune délinquant reste le même: renverser la hiérarchie pour s’imposer et survivre dans la prison. Dans la série, le spectateur est transporté aux Baumettes de Marseille alors que dans le film, le cadre spatial est plus flou bien que l’on sache que la prison se trouve dans la banlieue parisienne. L’argent, la pauvreté et la corruption sont les maîtres mots des deux créations.
Le format de série permet d’explorer plus en profondeur certains sujets qui ne pouvaient pas l’être durant les 2h28 du film. Par exemple, l’illettrisme ou la place de la religion sont plus développés et prennent une place importante à l’écran. Malik peut s’évader des Baumettes pour aller dans un monde imaginaire que lui offre la lecture. Le format sériel permet également de poser un cadre plus explicite et nécessairement moins violent et moins accéléré. Certaines séquences de la série sont toutefois d’une violence rare qui saisissent et troublent le spectateur.
Le film retrace l’ascension de Malik durant ses six années d’enfermement. La première saison de la série s’achève sans qu’une année derrière les barreaux ne se soit écoulée. On imagine facilement qu’une saison future est en discussion.
Un pari risqué
En revisitant le film emblématique des années 2000, les créateurs de la série ne devaient pas seulement le traduire mais ouvrir de nouveaux champs d’action pas ou peu développés dans le film. Une multitude d’intrigues se développent. Malik n’est pas le seul personnage sur lequel la série se focalise; elle explore de nouveaux horizons, en lien étroit avec les nouveaux enjeux que posent les années 2020. La création originale Canal + est donc une relecture, un regard neuf posé sur un sujet d’actualité déjà dix-sept ans auparavant. Elle a pour ambition de se poser en objet nouveau et puise sa force dans sa réactualisation des sujets traités.
La critique est mitigée face à la série dont le titre, le personnage principal et l’intrigue sont inspirés d’un monument de la culture cinématographique francophone. Dans un entretien à la Mostra de Venise, le réalisateur Enrico Maria Artale a confié avoir voulu s’éloigner du simple thriller carcéral : « Ce qui m’intéressait, c’était de faire émerger la part mystique, presque spirituelle, de ce récit. Malik n’est pas qu’un délinquant : c’est un jeune homme en quête de sens, pris entre le bien et le mal, la survie et la transcendance. ».
La série est captivante malgré le fait que le rythme soit parfois lent avec des séquences poétiques, quasi oniriques. Cette impression de longueur et de langueur permet de traduire fidèlement comment le temps est vécu par les prisonniers, lent et sans dynamisme véritable. L’adaptation sérielle sert de dialogue avec le film de Audiard en actualisant les enjeux et en approfondissant les personnages.
GALOPIN–CAHU Emma
Crédits photo : Radio VINCI Autoroutes
Étudiante en Lettres Babel à Bordeaux, j’ai dû me séparer de ma Normandie natale que j’aime tant. Malgré ce douloureux détachement, je me plais beaucoup ici et souhaite partager mon amour pour le sport et la “pop culture” dans mes articles.