Un José pour un José : le Pérou nomme en express son nouveau président

Un José pour un José : le Pérou nomme en express son nouveau président

En moins de 10 ans, le Pérou a connu 8 présidents, soit en moyenne un tous les 15 mois. Face à cette instabilité politique, le pays peine à résoudre ces problèmes de violence et de corruption. 

José Maria Balcazar accède au poste de président par intérim du Congrès et de président de la République du Pérou, le lendemain de la destitution de José Jeri. Quatre candidats se sont proposés à ce poste : José Balcazar, Hector Acuna, Edgard Reymundo et Maria del Carmen Alva. Cette dernière était l’une des principales prétendantes au poste face à des candidats controversés. Le 18 février 2026, José Balcazar est élu par le Parlement, et recueille 60 voix contre 46 pour la centriste Maria del Carmen Alva. Il devient le huitième chef de l’Etat péruvien en 10 ans. A 83 ans, cet ancien magistrat et avocat dirigera le pays andin jusqu’en juillet, date à laquelle le président élu lors des élections en avril prendra ses fonctions. 

L’ancien président, José Jeri, a été destitué, le 17 février, par le Congrès pour « inconduite fonctionnelle » et « manque d’aptitude » à exercer ses fonctions. Il avait succédé quatre mois plus tôt à Dina Boluarte, elle-même destituée par le Congrès. Le dernier président élu, en 2022, Pedro Castillo, a lui aussi été destitué par le Congrès. J. Jeri affichait au début de son mandat une popularité proche de 60%. Il souhaitait mettre en place des initiatives contre le crime organisé. Quatre mois plus tard, son score de popularité est tombé à 37%.

Des scandales de corruption

Cette instabilité politique s’inscrit dans un contexte de scandales de corruption. La popularité de J.Jeri a brusquement baissé en raison d’une affaire révélée par la presse et connue sous le nom de « Chifagate ». En janvier 2026, des images du président José Jeri ont été découvertes en compagnie d’entrepreneurs chinois. L’affaire a généré une crise au sein du gouvernement. Ces réunions lui ont valu une première enquête pour « trafic d’influence » et « parrainage illégal d’intérêts ». Une seconde enquête a ensuite été ouverte pour trafic d’influence aggravé présumé en raison de nouvelles révélations. Ces rencontres auraient facilité l’embauche de proches des entrepreneurs chinois dans des institutions publiques.

En février, un document judiciaire concernant J.Jeri a également été divulgué dans la presse. L’affaire concerne une plainte pour viol classée sans suite en 2025 par le procureur Tomas Galvez, lui même soupçonné de corruption au sein du système judiciaire.

En 2023, José Balcazar, le président élu par le Congrès pour succéder à José Jeri, a lui tenu des propos qui ont suscité une vive polémique. Lors d’un débat sur l’interdiction du mariage infantile au Parlement, il a affirmé : « les relations sexuelles précoces aident au développement psychologique futur de la femme ». Interrogé lors de son investiture, il a souhaité maintenir ses propos en affirmant que « à partir de 14 ans, il n’y a aucun obstacle, tout le monde a des relations sexuelles, les professeurs avec leurs élèves, les enseignantes avec leurs élèves, entre élèves également, c’est normal ». Il minimise le risque qu’une mineure soit agressée sexuellement et qualifie ces cas d’« isolés ». Tout comme José Jeri, le nouveau président par intérim est visé par des enquêtes pour appropriation illicite de fonds et corruption présumée.

« Un État dysfonctionnel »

« Le Pérou a connu mardi le même scénario de déjà-vu qui a marqué la dernière décennie : un énième président destitué avant la fin de son mandat et un Congrès qui, une fois de plus, pousse la vie politique au bord du précipice », résume El País. Le pays est marqué par une des faits de malversation généralisée. Au sein du Congrès, la moitié des 130 membres sont visés par des enquêtes judiciaires, dont la plupart pour corruption. Ainsi, selon l’Indice de Perception de la Corruption 2025 publié par Transparency International, le Pérou est le 49e pays le plus corrompu sur 182. Le Parlement et l’exécutif sont infiltrés par le crime organisé lié au trafic d’or illégal, de bois et de terres. Depuis 2001, sept présidents ont été poursuivis ou condamnés pour corruption. Celle-ci a un coût pour le Pérou. En 2023, elle représente 2,4% du PIB, soit environ 6,1 milliards d’euros de perte pour l’Etat péruvien.

L’auteur de « Corruption au Pérou. La kleptostructure d’un État dysfonctionnel », Ruben Caceres Zapata, a créé le mot « kleptostructure » pour nommer ce type d’État. Selon lui, il s’agit d’un État où tout est conçu et structuré pour le vol. Ce type de détournement est permis grâce à une limite mince entre le public et le privé. « Les élites économiques utilisent l’Etat et sa capacité de décision en fonction de leurs intérêts », écrit-il. Dans un rapport publié par Human Rights Watch en juillet 2025, le Congrès péruvien est accusé de complicité et de permettre l’essor du crime organisé. Sous la présidence de Dina Boluarte, le Congrès a modifié la définition du « crime organisé » dans le code pénal en vue d’exclure de nombreux délits de corruption. Il a également limité la capacité des procureurs à réunir des preuves et poursuivre des pistes d’enquêtes. Selon Human Right Watch, « les députés ont arbitrairement démis de leurs fonctions des juges et des procureurs de haut rang, le plus souvent dans le but de bloquer les enquêtes sur la corruption. »

Les homicides aussi ont explosé, notamment à Lima et dans les villes côtières. En 2024, 2040 homicides ont été commis soit une hausse de 35.9% par rapport à 2023. Le niveau de violence est comparé aux années 1980 et 1990, durant le conflit armé intérieur. Selon la police péruvienne, plus de la moitié des homicides commis en 2024 l’ont été par des tueurs à gages. Dans ce contexte de corruption et de violence, le pays se retrouve suspendu au résultat de la présidentielle le 12 avril prochain. 

Camille Couillaud

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