Tournée d’Automne, quel bilan pour nos bleus?

Tournée d’Automne, quel bilan pour nos bleus?

Après 3 semaines de “ compétitions ”, l’équipe France vient d’achever son Autumn Nations Series par une victoire contre l’Australie. Un bilan mitigé pour le XV du coq qui ne semble plus maître de son rugby. Flops, désillusions, réussites, révélations et gestion dramatique on vous résume la tournée d’automne des Bleus.

En temps normal, les tournées d’été et d’automne ne sont que des tournées tests. Celle de juillet pour tester de nouveaux joueurs et ainsi repérer les futures pépites françaises, et celle de novembre pour se préparer au 6 nations. Cette année, les “nations séries” étaient particulières. Chaque match international apporte ou enlève des points aux sélections, toutes représentées dans le classement IRB. À l’approche de la coupe du monde de 2027 en Australie, la mission était simple, rester dans les 6 premières nations mondiales. L’essentiel a au moins été assuré, puisque la France se retrouve cinquième et sera donc tête de série pour la coupe du monde. Ce qui lui garantit d’être, sur le papier, la nation la plus forte de son groupe pour les phases de poules.

Malgré deux victoires sur trois rencontres, le bilan de cette tournée est clairement décevant. Le point d’orgue de cette année 2025 était la revanche contre notre ancien bourreau, l’Afrique du Sud. Les Bleus et Fabien Galthié avaient à cœur de battre les Springboks après l’élimination cruelle en quart de finale de Coupe du Monde. Lors de ce choc au sommet, rien ne s’est déroulé comme prévu. Un pack d’avant dominé, des trois-quarts peu en vue et un coaching approximatif ont conduit à une défaite lourde et inéluctable (17 – 32). Les sud-africains ont tout bonnement annihilé tout espoir passé l’heure de jeu. Dominant dans les collisions, les ballons aériens et la stratégie mise en place, les Boks ont une fois de plus prouvé qu’ils étaient la meilleure équipe du monde. Soulevant une question, qui pourra les battre en 2027.

La semaine suivante, le XV de France se rendait au Stade Atlantique de Bordeaux pour y affronter les Fidjis. Avec une équipe quelque peu remaniée, les bleus se sont imposés 34 – 21 contre de magnifiques fidjiens qui n’auront rien lâché et qui auront posé beaucoup de problèmes. Cette victoire peu convaincante reflète l’état inquiétant des français. Malmené par une équipe dite du  “tiers 2”, le jeu de l’équipe de France a été grandement critiqué par son inefficacité et sa stupidité.

Enfin, le samedi 22 novembre, c’était journée portes ouvertes au Stade de France. Les français s’imposent 48 – 33 face à l’Australie. Encore une fois, il s’agit d’une victoire imparfaite, mais qui permet tout de même de relativiser. Même une équipe de France brouillonne peut mettre presque 50 points dans un match. Ces test-matchs ont soulevé plus de questions qu’ils n’ont apporté de réponse. Nous pouvons néanmoins tirer quelques enseignements.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé

Le jeu d’attaque français est stérile et inefficace. La plupart de nos essais sont marqués sur maul ou pilonnage de la défense adverse. Le reste est marqué sur des exploits individuels, en témoignent les deux essais de Louis Bielle-Biarrey contre l’Australie. Le jeu du XV est inefficace, et les joueurs semblent jouer sans automatisme. On remarque clairement que l’absence de certains cadres pèse sur le groupe. Premièrement, cette tournée nous a prouvé que l’équipe est “ Dupont – dépendante ”. Sans son capitaine, victime d’une rupture des ligaments croisés en février dernier, l’edf n’a pas de repères, et Thomas Ramos seul ne peut rien y faire. D’autres absents comme Yoram Moefana au centre, ou François Cros au poste de flanker ont grandement impacté l’équipe. Enfin, dernier enseignement, on ne sait toujours pas jouer sous les ballons hauts

Ces quelques 240 minutes nous auront permis de revoir nos joueurs préférés sous l’iconique maillot du XV de France. Quels sont ceux qui ont marqué des points, et quels sont les “flops” de cette tournée. Nicolas Depoortere a rayonné pendant ces 3 semaines. Sur le banc face à l’Afrique du Sud, le bordelais n’a pas eu assez de temps pour se montrer. Un problème gommé dès la semaine suivante face aux Fidjis. Le ¾ centre a livré une prestation XXL à Bordeaux devant son public, inscrivant un doublé et se gratifiant d’un joli raffut sur la “bête” Tuisova. Monstrueux, également face à l’Australie, et auteur une nouvelle fois d’un doublé, il semble être devenu l’option numéro un et le nouveau titulaire au poste.

Le grand gagnant de cette tournée est Oscar Jegou. Le rochelais a été énorme sur tous les matchs. Impactant et incisif, il a su prendre ses responsabilités lorsqu’il le fallait. Que ce soit au centre ou en troisième ligne sa qualité de jeu a été remarquée et il fait clairement partie du futur de l’équipe de France.

Comme à son habitude, Thomas Ramos a été excellent, auteur d’un plutôt bon match contre l’Afrique du Sud, sa performance contre les Fidjis est à souligner. Enfin, son match contre les Wallabies est lui aussi très réussi.

Enfin, petite pastille au bordelais Maxime Lamothe. Après des années d’attente, le talonneur a enfin reçu sa première sélection, chez lui à Bordeaux. Suivi quelques jours plus tard par une deuxième. Ses deux rentrées ont été très bonnes. Il vient même inscrire un essai à la fin du troisième match pour se récompenser de tous ses efforts.

Catastrophique ou désastreuse, à vous de choisir

Côté déception, Gaël Fickou et Romain Taofifenua ont été en très grandes difficultés. Les racingmen sont vieux, et cela se ressent. Tao fait de nombreuses erreurs défensives et coûte de nombreuses pénalités. Fickou quant-à-lui n’est plus aussi tranchant qu’avant et a même été mis hors groupe pour le deuxième match.

Alors qu’il avait réalisé un excellent tournoi en début d’année, Maxime Lucu semblait dépassé. De retour de blessure, après une fracture de la main, le demi de mêlée n’a pas su briller comme à son habitude et laisse une copie très inégale. Peut-être a-t-il repris trop tôt.

Dernier flop de la tournée (et potentiellement le plus gros), le sélectionneur Fabien Galthié. La communication catastrophique et la gestion désastreuse de ses joueurs n’étaient déjà pas de grands secrets. Mais encore une fois, le rassemblement des Bleus s’est transformé en épisode des Anges à Marcoussis. En conférence de presse tout d’abord, Galthié a souvent tourné autour du pot, répondant complètement à côté de la plaque et se ridiculisant plus qu’autre chose. De plus, si l’an dernier nous avions Jalibert, cette année le dindon de la farce s’appelle Émilien Gailleton. Victime d’un bashing du sélectionneur, le palois, hors groupe pour jouer les boks, s’est retrouvé sur le banc contre les Fidjis. Après une courte rentrée, il est sorti sur blessure. Il a finalement été libéré pour aller jouer en club au lieu d’être sur la feuille du dernier test.

Gregory Alldritt a été libéré de Marcoussis car il était blessé. Tellement blessé qu’il a joué le même week-end avec La Rochelle. Pas dans le groupe contre les Boks, il est finalement revenu comme une fleur, pour les deux derniers matchs. Avec le brassard de capitaine en prime. Bref, encore une nouvelle merveille du sélectionneur qui “souhaite installer de la continuité et de la concurrence” en EDF. On y croit Fabien, on y croit…

Romain Ntamack, pas si terrible que ça

Tirer sur Romain Ntamack, ce serait comme tirer sur l’ambulance. L’ouvreur s’est récemment fait nettoyer le genou. Victime d’une rupture des ligaments croisés (oui lui aussi) en août 2025, le toulousain peine à revenir depuis. Incapable d’enchaîner plus de 3 matchs consécutifs, il affirme avoir perdu toutes ses marques. Ce qui s’est ressenti lors de la tournée, même si tout n’a pas été catastrophique, contrairement à ce qu’en disent les amateurs.

Aucune fulgurance, pour la simple et bonne raison qu’il ne peut physiquement plus le faire. Il a alors opté pour un jeu plus à l’irlandaise. Un ouvreur qui organise autour de lui, qui occupe. Lors du premier match, son pack se faisant démolir par les sud’afs il ne pouvait rien faire. Contre les Fidjis, il n’a reçu que très peu de ballons et a donc délivré une prestation moyenne (ses passes sautées ralentissant le jeu ne l’ont pas non plus aidé). Enfin contre l’Australie, il a été plutôt bon dans son animation autour de la ligne. Un bilan mitigé donc.

En bref, même si on aimerait tous voir un joueur aussi magique que Mathieu Jalibert en EDF, force est de constater que Romain Ntamack peut très bien remplir son rôle lorsqu’on le met en confiance.

Cette tournée ne présage rien de bon. À deux ans de la Coupe du Monde, les français ne semblent toujours pas avoir trouvé le jeu qui leur permettra de devenir champions. En attendant la montée en puissance de l’Angleterre laisse planer le doute sur l’issue du prochain 6 nations. D’ici là, Galthié pourra compter sur les retours de Dupont, Cros, Moefana, Atonio et peut-être même Jalibert. Rendez-vous le jeudi 5 février 2026 à 21h10 pour l’ouverture du 6 nations contre le XV Irlandais, sur France 2 (TF1 laissez le rugby à Francetv vraiment ça vaut mieux).
Lucas Oudot
@Lucas Oudot
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