Véritable effet de mode, les SUV électriques continuent à progresser sur le marché automobile français. Poussés par le bonus écologique, les constructeurs ainsi que les automobilistes se dirigent vers ces modèles 100% électrique. Mais à l’heure du changement climatique, ces nouveaux modèles se révèlent être un non-sens écologique.
Arrivés en 2007 avec le Nissan Qashqai, les SUV, comprenez Sport Utility Vehicle (en français Véhicule Utilitaire de Sport), envahissent nos routes. À la base 4×4, cette nouvelle carrosserie est devenue tellement sexy et à la mode qu’on aurait presque tendance à oublier ses défauts.
À l’ère de l’écologie et du 100% électrique, l’industrie automobile est décrite comme étant l’une des principales responsables du changement climatique. Les différentes réglementations appliquées au secteur ont toutefois permis dans l’ensemble de réduire les émissions de CO2. Tous ces efforts, du côté des constructeurs mais aussi des clients, commencent à payer. Ce n’était pas sans compter sur l’arrivée des SUV électriques.
Champions dans les classements
L’Avere France, une association nationale spécialiste de l’électromobilité, vient de sortir son rapport sur les ventes de véhicules neufs électriques aux particuliers en France en septembre 2025. Si la voiture électrique a connu un boom, ce n’est pas anodin. Depuis 2020, leurs ventes n’ont cessé de croître ! La part de marché des véhicules 100% électriques représente à elle seule plus de 22% des ventes : près d’un 1 véhicule sur 4 vendu ce mois-ci était donc électrique.
La fièvre des SUV a aussi contaminé le parc des électriques. Leur nombre a dépassé celui des berlines depuis quelques mois. Entre septembre 2024 et septembre 2025, dans le top 10 des meilleures ventes électriques, il y a autant de SUV que de berlines sur la liste.
Malgré le style néo-rétro de la Supercinq de Renault ou de la Mini, le nombre de SUV électriques vendus reste supérieur à celui des berlines. En septembre 2025, 28% sont des SUV contre 23% pour les berlines. Les SUV sont en masse notamment grâce au Tesla Model Y qui domine depuis déjà un bon moment avec en moyenne 4 à 5 000 ventes par mois. L’arrivée de nouveaux modèles comme la nouvelle R4 du constructeur au losange ou le Skoda Elroq font gonfler le baromètre. En un an, les ventes de SUV électriques ont augmenté de 21% lorsque les berlines ont perdu 35% de part de marché.
Un esthétisme qui leur cause du tort
Leurs styles leur jouent des tours. Étant plus haut sur la route, ils ont une prise au vent plus grande et qui influe donc sur l’aérodynamisme. Les berlines qui sont plus proches du sol, atteignent des niveaux de Cx (aérodynamique) très bas et vont donc consommer moins de carburant. Dans le monde des véhicules électriques, ce critère est primordial pour produire les voitures les plus efficientes et qui parcourront le plus de kilomètres sans s’arrêter à la borne. Mais sur ce terrain, les SUV font tout le contraire.
Naturellement perchés, ils pénètrent plus difficilement dans l’air et ont donc besoin de plus d’énergie, notamment à haute vitesse. C’est finalement tout le contraire de l’enjeu recherché avec les voitures électriques. Même si le nouveau Tesla Model Y a le même indice de coefficient de trainée (Cx) que la Model 3, il a besoin d’une plus grosse batterie pour pouvoir parcourir autant de kilomètres.
C’est l’autre point noir à noter : le poids. Ces véhicules transportent donc souvent des batteries plus grosses pour parcourir les mêmes distances que les berlines. Chez Opel, la petite citadine Corsa pèse 1 400kg tandis que le Mokka, petit SUV urbain, ajoute près de 200kg sur la balance. Et cela se constate dans toutes les catégories de véhicules. Les SUV sont toujours en moyenne 100kg plus lourds que leurs homologues berlines.
Encore pire. Quand les SUV électriques sont comparés à leurs homologues thermiques, la balance s’affole. Le Skoda Elroq (modèle électrique) grimpe à 1 950kg sur la balance alors que le Karoq (modèle essence) ne culmine qu’à 1 350 : ce sont 600kg supplémentaires qui sont donc à prendre en compte et qui vont avoir des répercussions sur les consommations mais aussi sur l’environnement. Malgré leurs promesses vertueuses, il faut prendre conscience que ces éléments nuisent à l’objectif premier des voitures électriques.
Un coût non-négligeable pour la nature et la vie
Ayant besoin de plus de ressources pour se déplacer, ils ont aussi besoin de plus de matériaux à la production. Les SUV possèdent des batteries plus grandes. Les matières rares comme le cobalt, le nickel ou le mangansène sont de plus en plus sollicitées. L’empreinte carbone à la production est nettement plus élevée que tous les autres véhicules. Rouler dans un SUV électrique pour des raisons écologiques devient alors une illusion.
D’un point de vue sécuritaire, les SUV, toutes énergies confondues, restent plus dangereux. Leur conception ne les pardonne pas. Selon une étude de l’Imperial College de Londres et de la London School of Hygiene and Tropical Medecine (LSHTM), le risque de décès augmente de 44% si un piéton ou un cycliste est percuté par un SUV. En cas de choc, les berlines touchent les membres inférieurs d’un piéton tandis que les SUV, qui sont plus hauts, vont rentrer en contact avec les membres supérieurs et la tête.
Ce risque est d’autant plus multiplié lorsque le véhicule est plus lourd car d’un côté l’impact sera plus violent pour l’usager vulnérable et de l’autre le véhicule mettra plus de temps à s’arrêter ou à éviter l’accident.
Pour l’heure, les SUV n’ont pas fini de séduire et encore moins les électriques. Objectivement, il est clair qu’une voiture plus grande dans l’espace va évidemment consommer et polluer plus, même si elle est électrique. Ce serait donc de la responsabilité des conducteurs de choisir une auto plus verte ou aux constructeurs de proposer plus de berlines électriques.
Il n’empêche que toutes les aiguilles pointent dans le rouge dans ce sujet pourtant si vert…
Esteban Garat
credit photo : ©Stellantis Peugeot Média

Sur ma page, je parle politique, économie mais surtout automobile ! Je m’intéresse également aux langues étrangères et aux cultures germaniques et scandinaves. En espérant que vous preniez plaisir à lire mes articles ! 😉