Khartoum, Soudan. Depuis plus de deux ans, le pays est ravagé par un conflit brutal entre deux groupes militaires rivaux, plongeant le pays dans une crise sans précédent. Pourtant, loin des gros titres internationaux, cette catastrophe s’aggrave en toute indifférence.
Depuis son indépendance en 1956, le Soudan vit dans une instabilité constante. Vingt coups d’État ont eu lieu, soit un tous les trois ans. Les guerres civiles se succèdent, alimentées par des rivalités ethniques, religieuses et économiques. En 2011, le pays se déchire en deux. Au nord, le Soudan, composé de populations majoritairement arabes et musulmanes. Et le Soudan du sud, peuplé majoritairement de populations chrétiennes et animistes. À cela s’ajoutent des tensions autour du pétrole, de l’or et des terres fertiles.
Alors que le pays tentait une transition vers un régime démocratique, le 15 avril 2023, un nouveau conflit éclate. D’un côté, les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan. De l’autre, les Forces de soutien rapide (FSR), menées par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Anciens alliés lors du coup d’État de 2021, ils s’affrontent désormais pour le contrôle total du pays. Les FSR, principalement soutenues par les Émirats arabes unis, ont lancé des attaques sur des sites clés à Khartoum: palais présidentiel, télévision d’État et aéroport international. Les combats ont transformé la capitale, des villes comme El Fasher, et la région du Darfour, en champs de ruines. Le Soudan est entré dans sa quatrième guerre civile.
Crimes de guerre au quotidien
Les organisations humanitaires et les Nations unies dénoncent des crimes de guerre massifs. L’armée mène des frappes aériennes dont les premières victimes sont les civils. Les FSR utilisent les habitants comme boucliers humains.
Au Darfour, les FSR sont accusées de campagnes de nettoyage ethnique visant les communautés non arabes, notamment les Massalit. Exécutions, viols et pillages sont filmés. La violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre : entre juillet et décembre 2023, Médecins sans frontières a pris en charge 135 victimes de viols, âgées de 14 à 40 ans. L’UNICEF a recensé 221 viols d’enfants depuis début 2024.
Survivre au chaos
En deux ans, la guerre a fait des centaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes. Elle a provoqué une famine atroce touchant 25 millions de personnes et causé au moins 522 000 morts de malnutrition depuis 2023. Cette famine frappe les camps de déplacés, notamment celui de Zamzam au Darfour.
La production agricole est anéantie. L’eau potable se fait rare. Les maladies se multiplient. À l’été 2025, l’Organisation mondiale de la Santé estime à 100 000 le nombre de morts du choléra en un mois. Les camps manquent de tout : produits d’hygiène, abris décents…
Le système de santé s’effondre !
Le Soudan est aujourd’hui la plus grande crise de déplacement au monde. Plus de 13 millions de personnes ont fui leur foyer. Les réfugiés se dirigent vers le Tchad, l’Égypte et l’Éthiopie.
Les trajets sont périlleux, les violences fréquentes. Les camps de réfugiés débordent et manquent de ressources.
Silence des puissances occidentales
Malgré l’ampleur du drame, ce conflit reçoit peu d’attention médiatique internationale. Les grandes puissances occidentales se taisent en raison de plusieurs facteurs. D’abord, le Soudan n’est pas vu comme un pays vital pour la sécurité ou l’économie de l’ouest. L’approvisionnement en pétrole mondial ne dépend pas directement du Soudan et il y a peu de liens commerciaux entre les pays. Ensuite, contrairement à l’Ukraine, la crise est perçue comme géographiquement lointaine.
D’autre part, il est très risqué pour les journalistes étrangers de travailler au Soudan. Peu d’images arrivent jusqu’à nous. Ce manque de couverture médiatique entretient une forme de désintérêt.
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