Shein : la fast fashion s’enracine en France

Shein : la fast fashion s’enracine en France

Après avoir séduit des millions de consommateurs en ligne, la marque chinoise franchit une nouvelle étape avec l’ouverture de six boutiques sur l’hexagone. Une victoire pour la consommation instantanée, un revers écologique et social.

Le géant de la mode SheIn poursuit son expansion fulgurante. La marque chinoise franchit un cap symbolique avec l’ouverture de six boutiques physiques permanentes en France, une première mondiale. Cette offensive commerciale commencera dès novembre avec un magasin de plus de 1 000 m² au BHV Marais, en plein cœur de Paris, ainsi que cinq autres espaces dans des Galeries Lafayette à Dijon, Reims, Grenoble, Angers et Limoges.
Jusqu’ici, Shein se limitait à une présence numérique et à quelques boutiques éphémères. Ce virage stratégique, rendu possible grâce à une alliance avec la Société des Grands Magasins (SGM), marque une nouvelle étape dans sa conquête du marché européen. L’entreprise mise sur l’expérience client et la visibilité physique pour consolider une base déjà immense : 25 millions de consommateurs français.
La SGM, qui gère plusieurs Galeries Lafayette régionales, se félicite de ce partenariat inédit.
« C’est une exclusivité mondiale », a déclaré son directeur de la communication, Djaafar Khelifa. L’objectif affiché est double : revitaliser les centres-villes et générer 200 emplois directs et indirects.

Un désastre écologique et social

Shein n’est pas une marque comme les autres. Elle symbolise à elle seule les excès d’une mode jetable, rapide et mondialisée. En 2022, l’entreprise a réalisé 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploie désormais 16 000 personnes dans le monde. Mais elle est aussi devenue, selon plusieurs ONG, la marque la plus polluante de la planète. Chaque jour, 7 000 nouveaux articles sont mis en ligne sur le site, parfois jusqu’à 50 000 lors de pics de production. Cette cadence effrénée exige une extraction continue de matières premières, principalement du polyester, un dérivé du pétrole responsable du rejet de microparticules plastiques dans l’environnement. Le transport contribue massivement à la pollution : Shein exporte 5 000 tonnes de vêtements par avion chaque jour, soit l’équivalent de 22 millions de t-shirts. Selon son propre rapport de durabilité, l’entreprise a émis 26,2 millions de tonnes de CO₂ en 2024, une hausse de 23 % en un an.

À ce désastre écologique s’ajoute un scandale social. Une enquête menée par ActionAid France et China Labor Watch a révélé les conditions de travail alarmantes dans les ateliers chinois de Shein : 10 à 12 heures de travail par jour, des rémunérations de 6 à 27 centimes par vêtement, aucune sécurité ni protection sociale. Les femmes, majoritaires dans ces usines, subissent des discriminations, des violences verbales et un harcèlement régulier. Dernière ces nouvelles vitrines, c’est une chaîne de production marquée par la précarité et l’exploitation qui s’étend dans l’ombre.

La révolte s’organise

L’arrivée de SheIn en France a déclenché une vague d’indignation. À peine l’annonce faite, les critiques se sont multipliées. Les Galeries Lafayette ont fait savoir leur désaccord, estimant que la présence d’une marque d’ultra-fast fashion contredit leurs engagements éthiques. La Banque des territoires , principal soutien financier du BHV, tourne le dos à Shein et renonce à participer au rachat des murs du magasin. Ce vendredi 10 octobre, une grève était organisée devant le BHV, à l’appel de l’intersyndicale, car chez les employés du BHV, la colère monte aussi. Au micro de Vakita, des employés du BHV expriment leur désaccord : “c’est pas ce que nous on a envie de vendre ici. Ça ne fait pas partie de nos valeurs. On est tous énormément déçus. […] Il y a une incompréhension et une incohérence par rapport à notre corps de métier.” Sur place, plusieurs personnalités participaient à cette mobilisation telles que Yann Rivoallan, président de la fédération française du prêt-à-porter féminin ou encore David Belliard, adjoint à la mairie de Paris.

Sur les réseaux sociaux, la réaction a été immédiate. Chaque jour, des marques annoncent quitter le BHV. C’est le cas de l’’entreprise Culture Vintage, spécialisée dans la seconde main. « Shein au BHV, on s’en va ! », a-t-elle réagi, dénonçant une trahison de l’esprit de la mode durable. Une pétition citoyenne a aussi vu le jour. Elle est intitulée «Paris mérite mieux que Shein» et a déjà atteint plus de 90.000 signatures sur le site Change.org. 


Justine Morganx

©unsplash
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