Saumons industriels en Gironde : nécessité ou danger ? – Partie 1

Saumons industriels en Gironde : nécessité ou danger ? – Partie 1

L’entreprise Pure Salmon France souhaite implanter une ferme aquacole de saumons au Verdon-sur-mer, en Gironde. Alors que ses opposants dénoncent les dangers d’un tel projet, l’entreprise se vante d’être un “élevage responsable et durable de saumon”, face à une industrie mondiale qui soulève des questions sanitaires et écologiques. 

Dans les allées de votre supermarché, vous vous arrêtez au rayon poisson. Pourquoi pas du Saumon pour ce soir ? Vous avez entendu dire que les oméga-3 que le saumon contient sont bons pour la santé. Cela devrait donc faire un bon repas. 

Sauf qu’en réalité, c’est peut-être tout l’inverse. Derrière les labels et les beaux emballages se cache une industrie ultra-polluante, néfaste pour l’environnement et pour la santé humaine.

Les saumons que nous consommons en France proviennent en grande majorité de Norvège. De grandes “fermes” produisent la majorité des saumons exportés dans le monde entier, mais surtout en France. Nous sommes en effet le premier consommateur en Europe et le deuxième dans le monde. Ces véritables usines à saumons fonctionnent selon les mêmes codes que l’agriculture intensive traditionnelle, mais en mer. Les saumons sont amenés à maturité dans des bassines sur terre. Une fois adultes, ils sont placés dans d’immenses filets en mer. Ils y restent 1 à 2 ans, puis ils sont ensuite abattus et emballés.

La forte concentration de saumons dans les filets entraîne le développement de maladies. Il faut donc traiter les saumons, avec des traitements chimiques, et les vacciner. Les poux de mer peuvent aussi se développer, et pour éviter cela, les entreprises ont recours à des pesticides.

Ces procédés sont dangereux pour les saumons. D’après Radio France, en 2018, 58 millions de saumons sont morts dans les fermes norvégiennes à cause du stress, des infections ou des traitements contre les poux de mer.

Des saumons dangereux pour la santé

Le marketing a réussi à nous faire croire que manger des saumons était bon pour la santé parce que cela nous permet d’ingérer des omégas 3. Sauf qu’en réalité, les traitements font que plus que des omégas 3, ce sont des polluants organiques persistants (POP) que nous ingérons. Ces molécules, dont les plus connues sont probablement les PFAS, présentent de hauts risques pour la santé humaine. Neurotoxiques, cancérigènes, dangereux pour le système immunitaire et pour le système reproductifs, les POP ne sont pas exactement ce que l’on pourrait appeler “bons pour la santé”. Il y a deux causes principales de l’introduction des POP dans les saumons d‘élevage : les pesticides et la nourriture donnée aux saumons.

Dans la nature, les saumons se nourrissent majoritairement de petits poissons et de petits crustacés. Dans les élevages, on les nourrit de soja, pour les protéines végétales, et d’animaux marins. Le soja est cultivé en Amazonie, et sa culture dépend largement de l’utilisation de pesticides et participe à la déforestation. Les animaux marins que mangent les saumons accumulent les polluants contenus dans l’eau, dans le plancton, et dans l’intégralité de la chaine alimentaire. Cela fait des saumons une des espèces de poisson qui contient le plus de “polluants éternels”. Des chercheurs norvégiens ont même établi un lien entre une forte concentration de PFAS dans le corps de femmes en âge de procréer et leur consommation de saumons. Les saumons contiennent aussi des microplastiques. 

En 2018, un scandale révélé par la radiotélévision publique norvégienne NRK avait révélé que des saumons présentant des plaies visibles avaient été illégalement exportés en Europe. 

La surpêche pour nourrir les saumons d’élevage

Pour élever un saumon, il faut jusqu’à 440 poissons sauvages. En 2021, l’industrie du saumon a produit 600 millions de saumons. Pour fournir un tel volume de poissons, les entreprises ont recours à la surpêche. Cette pêche excessive détruit la ressource halieutique. Les poissons sont souvent péchés au large des cotes d’Afrique de l’Ouest, zone du monde où les populations comptent sur les ressources marines pour se nourrir. La surpêche vide les zones marines de leurs poissons, sapant la souveraineté alimentaire de ces populations. Par exemple, au Sénégal, la consommation de poisson a diminué de 50% entre 2009 et 2018, à cause de la réduction de la disponibilité des poissons. 

Côté environnement, la surpêche perturbe la biodiversité et les écosystèmes marins. Cette pratique peut menacer certaines espèces surexploitées, voire des espèces qui dépendent de ces dernières dans la chaîne alimentaire. 

La surpêche augmente aussi les “captures accessoires”. Certains animaux marins se retrouvent pris dans les filets involontairement. D’après WWF, ce sont 27 millions de tonnes de poissons qui sont pêchés accidentellement chaque année. 

Les saumons sauvages menacés 

Dans l’océan Atlantique, la population de saumons a diminué de 23% entre 2006 et 2020. Ce déclin est dû à plusieurs facteurs. La surpêche, tout d’abord, mais aussi la dégradation des habitats et le changement climatique. Les élevages intensifs de saumons sont aussi une menace pour les saumons sauvages. Les “usines à saumons” favorisent le développement de maladies qui sont ensuite transmises aux populations sauvages lorsque les saumons d’élevage s’échappent. Ces derniers ont quasiment disparu dans certaines régions du monde, dont la France. 

Et ce n’est pas tout ! Pour qu’un saumon soit vendeur, il lui faut sa couleur rosée. Mais cette dernière n’est pas (forcément) naturelle. Pour assurer une coloration optimale, les industriels introduisent des krills dans l’alimentation des saumons. Ces petits crustacés contiennent de l’Astaxanthine, un pigment qui leur donne leur couleur rosée. Ils sont des éléments clé de la chaîne alimentaire. Leur pêche peut donc présenter un risque pour les écosystèmes qui dépendent d’eux.

Si les poissons importés que nous consommons actuellement sont élevés dans ces conditions, on pourrait imaginer une nécessité d’avoir du saumon français, pour en contrôler la production. Mais l’option proposée par Pure Salmon n’est peut-être pas réellement une meilleure solution. Entre menaces pour la biodiversité, risques sanitaires et infrastructures non adaptées, le projet Pure Salmon pourrait présenter un véritable danger sanitaire et écologique.

 

Enza Planacassagne


©Photo de Bob Brewer sur Unsplash

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