Patrimoine naturel en danger: l’UICN tire la sonnette d’alarme

Patrimoine naturel en danger: l’UICN tire la sonnette d’alarme

Le dernier rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), publié le 11 octobre 2025, révèle une réalité inquiétante. De nombreux sites naturels du patrimoine mondial sont menacés par le changement climatique, les espèces invasives et le surtourisme.

Ces territoires figurent parmi les plus précieux de la planète. Les 271 sites naturels classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO représentent moins de 1 % de la surface terrestre, mais abritent une biodiversité exceptionnelle. Près de 75 000 espèces de plantes, 30 000 espèces d’animaux et plus de 20 000 espèces menacées d’extinction. Ces espaces d’une biodiversité remarquable
voient toutefois leurs chances de conservation en déclin, comme le révèle le rapport World Heritage Outlook 4, publié le 11 octobre 2025 par l’UICN, à l’occasion de son congrès mondial qui s’est tenu du 9 au 15 octobre 2025 à Abu Dhabi.

Un rapport alarmant sur la biodiversité mondiale

Le rapport se base sur trois critères principaux pour évaluer l’avenir de ces sites. Le premier, c’est l’état de conservation actuel du site où ils mesurent la santé écologique, l’intégrité des écosystèmes et la vitalité des espèces. Le deuxième, c’est les menaces identifiées, qu’elles soient naturelles ou humaines telles que le changement climatique, les espèces invasives, le tourisme excessif, la pollution et l’exploitation des ressources. Et la troisième, c’est l’efficacité de la gestion et de la protection, qui dépend des politiques publiques, du financement et de l’implication des communautés locales.

À partir de ces trois paramètres, le rapport détermine une évaluation globale de chaque site, allant de favorable à critique. Selon les données comparatives de l’UICN portant sur 228 sites évalués depuis 2014, le rapport révèle une baisse inédite des perspectives de conservation positives. Alors que 63 % des sites affichaient encore une situation favorable en 2014 et 2017, puis 62% en 2020, ils ne sont plus que 57 % en 2025. Cette dégradation s’accompagne d’une hausse des sites jugés en « préoccupation importante », passés de 31 % à 35 %. Il y a également une diminution du pourcentage de sites évalués comme « bons » (de 18 % en 2020 à 15 % en 2025) ou « bons avec quelques préoccupations » (de 44 % en 2020 à 42 % en 2025).

Figure 2. Perspectives de conservation des sites en 2014, 2017, 2020 et 2025, pour les 228 sites pour lesquels quatre jeux de données sont désormais disponibles. Graphique provenant du rapport World Heritage Outlook publié par l’UICN.

Il est essentiel de noter que, pour évaluer l’évolution à long terme, le rapport compare les données historiques pour un échantillon de 228 sites, tandis que l’évaluation statique de 2025 porte sur l’ensemble des 271 sites naturels du Patrimoine mondial.

Le rapport souligne que 61 % des sites présentent aujourd’hui des perspectives de conservation favorables ou plutôt favorables. À l’inverse, 6 % des sites sont jugés critiques et plus d’un quart font face à des menaces croissantes.

 

Figure 1. Perspectives de conservation en 2025 pour l’ensemble des 271 sites naturels du Patrimoine mondial. Graphique provenant du rapport World Heritage Outlook publié par l’UICN.

Le changement climatique demeure la menace la plus répandue, affectant près de la moitié des sites. Ses impacts sont multiples avec la fonte des glaciers, la montée du niveau de la mer, l’intensification des incendies de forêt et le blanchissement des coraux, comme le montre la situation de la Grande Barrière de Corail.
Les espèces invasives représentent une autre menace majeure, perturbant les écosystèmes dans environ 30 % des sites. Par exemple, sur les îles Galapagos et Lord Howe, les rats et autres mammifères introduits menacent les oiseaux endémiques et perturbent les équilibres écologiques. Dans certains parcs africains, l’introduction d’espèces non locales ou la prolifération d’espèces compétitrices réduit la biodiversité locale et la résilience des écosystèmes.

Les pressions humaines aggravent également le déclin des sites naturels. La surexploitation des ressources, l’urbanisation et la construction d’infrastructures menacent des zones emblématiques comme les Sundarbans ou certains parcs africains. Le tourisme de masse, lorsqu’il n’est pas régulé, entraîne l’érosion des sols, la pollution et la perturbation des espèces sensibles.

Ces menaces ont des conséquences écologiques et socio-économiques importantes. La perte de biodiversité perturbe les écosystèmes, réduit les ressources alimentaires, affaiblit la protection contre les catastrophes naturelles, dérègle le climat local et met en danger les populations qui dépendent de la nature, comme celles vivant du tourisme ou de la pêche.

Grande Barrière de Corail: un trésor naturel menacé

D’après le rapport, la Grande Barrière de Corail présente désormais un état de conservation critique et en dégradation continue. Les récifs coralliens de la Grande barrière de Corail figurent parmi les écosystèmes les plus riches et complexes au monde. Bien qu’ils ne couvrent que 0,2 % des fonds marins, ils abritent près de 25 % de la biodiversité océanique mondiale, offrant un refuge, de la nourriture et des zones de reproductions à des milliers d’espèces.
Ces récifs jouent un rôle crucial pour les humains également, ils protègent les côtes australiennes contre l’érosion et les tempêtes, soutiennent la pêche et le tourisme et participent à la régulation du climat en stockant du carbone et en maintenant l’équilibre chimique des océans.

Comme le prouve le rapport, la Grande Barrière de Corail est en dégradation continue. Cinq épisodes massifs de blanchissement depuis 2016 ont profondément perturbé la reproduction des coraux, la symbiose avec les algues et la formation des récifs. Le rapport alerte que sans un renforcement massif des politiques climatiques et environnementales, la Grande Barrière de Corail risque de perdre irréversiblement ses valeurs naturelles exceptionnelles.

Face à cette urgence, des initiatives comme le plan Reef 2050 adopté depuis 2015 et les actions du WWF Australie visent à restaurer la résilience du récif et à protéger ses espèces emblématiques. Préserver la Grande Barrière de Corail, c’est protéger une part essentielle de la vie marine, de l’économie locale et du patrimoine naturel mondial.

Protéger nos sites naturels, une urgence mondiale

Face à la dégradation des sites du Patrimoine mondial, l’UICN insiste sur l’urgence d’actions coordonnées à l’échelle mondiale, régionale et locale. La gouvernance renforcée et le suivi scientifique régulier sont essentiels pour garantir une gestion efficace. La lutte contre le changement climatique demeure prioritaire. Réduire les émissions de gaz à effet de serre et restaurer les écosystèmes permettent de limiter les phénomènes extrêmes, comme le blanchissement des coraux ou les incendies.

La protection des espèces et habitats passe par l’éradication des prédateurs invasifs et la restauration endémiques, notamment sur les îles. La gestion durable du tourisme et des ressources réduit la pression humaine et préserve la biodiversité. Ces mesures, combinées, offrent une chance de préserver les valeurs exceptionnelles des sites naturels et de les transmettre aux générations futures. Chaque action compte, la conservation de lieux emblématiques comme la Grande Barrière de Corail dépend des choix faits dès aujourd’hui.

Maëlys LACAMPAGNE

crédit photo : Francesco Ungaro sur Pexels

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