Masculinisme et anti-féminisme : une montée qui  inquiète

Masculinisme et anti-féminisme : une montée qui  inquiète

Le dernier rapport du Haut Conseil à l’Egalité dresse un  constat alarmant du sexisme en France. Il révèle que 39% des  hommes et 25% des femmes pensent que « le féminisme  menace la place et le rôle des hommes dans la société », des  chiffres qui témoignent de l’essor du masculinisme et des  discours anti-féministes.  

Le terme « masculinisme » apparaît dès le XIXe siècle dans le  secteur médical. Il désigne alors l’apparition de traits masculins  chez les femmes. Progressivement, des psychologues  commencent à l’utiliser. Le mot incarne l’idée que les féministes seraient atteintes d’une supposée névrose qui les pousserait à  vouloir ressembler à des hommes.  

Le terme prend une dimension politique à la fin du XIXe siècle,  lorsque la journaliste et activiste féministe Hubertine Auclert définit le masculinisme comme « l’égoïsme masculin qui pousse les  hommes à agir en défense de leurs intérêts particuliers ».  

Dans les années 70, la seconde vague féministe permet  d’importantes avancées en Amérique et en Europe de l’Ouest,  telles que l’accès à la contraception, le partage de l’autorité parentale et l’obtention du divorce par consentement mutuel. En réaction, des mouvements d’hommes émergent. Le « Mouvement de libération des hommes » est créé, mais se divise rapidement en deux  courants idéologiquement opposés : le mouvement des hommes  pro-féministes et le mouvement pour les droits des hommes anti féministes. Ce dernier diffuse des discours masculinistes s’opposant à l’émancipation des femmes.  

Aujourd’hui, le masculinisme se définit comme un courant de  pensée affirmant que les hommes souffriraient d’une oppression  systématique liée aux avancées féministes et à la modernisation  de la société. Il repose sur l’idée d’une « crise de la masculinité »  et construit un récit dans lequel les hommes seraient désormais les  victimes d’un système qui les discriminerait.  

Cette idéologie se structure en opposition directe aux droits des  femmes. Elle nie l’existence du patriarcat et valorise une vision  traditionnelle de la masculinité.  

Une diffusion amplifiée par Internet  

Désormais, le masculinisme ne se diffuse plus seulement au travers  d’associations ou de groupes de mobilisation. L’essor d’Internet  est venu faciliter et accélérer la transmission de ces idées à  l’international, donnant naissance à de nouvelles formes de  contenus. Des communautés en ligne, regroupées sous le terme  de « manosphère », se sont créées et touchent désormais un  public plus large.  

Des figures publiques comme les frères Andrew et Tristan Tate ou  Alex Hitchens ont émergé et participent à cette diffusion. Ils  promeuvent à travers leurs contenus, une image de l’homme riche,  dominant et fort tout en commercialisant des formations prétendant enseigner aux hommes comment séduire les femmes.  

La pandémie du Covid-19, a également joué un rôle clé.  L’isolement et l’augmentation du temps passé en ligne ont favorisé  l’exposition de nombreux jeunes hommes à ces contenus.  

Une escalade des actes violents  

Ces communautés s’illustrent en grande partie par leurs discours  radicaux. En novembre 2024, Nicholas Fuentes, un influenceur  d’extrême droite, fait polémique à la suite de propos tenus lors d’un  live. Il détourne le slogan féministe « my body my choice », en  « your body, my choice », de manière à affirmer une domination  masculine sur le corps des femmes.  

Néanmoins, l’idéologie masculiniste ne se limite pas à des discours  et les actions, parfois violentes, se multiplient ces dernières  années.  

En 2014, Elliot Rodger tue six personnes à Isla Vista avant de se  suicider. Il avait publié le jour même une vidéo où il expliquait  vouloir se venger des femmes qui l’avaient toujours ignoré. Puis,  à Toronto, en 2018, Alek Minassian commet une attaque à la  voiture-bélier, tuant dix personnes. Avant de passer à l’acte, il  avait publié un message sur sa page Facebook où il s’identifiait au  tueur d’Isla Vista.  

En 2017, le mouvement #MeToo, qui a permis de libérer la parole  des victimes de violences sexuelles grâce aux réseaux sociaux,  entraine une vague de cyberharcèlement envers les victimes  sorties du silence.  

Plus récemment, en France, des militants masculinistes ont  saturé le numéro d’aide 3919, destiné aux femmes victimes de  violences, dans le but d’entraver son bon fonctionnement. Ces  groupes ont revendiqué l’ouverture du numéro aux hommes,  malgré l’existence de dispositifs conçus spécialement pour les  hommes.  

L’an dernier, en 2025, le parquet national antiterroriste français  interpelle pour la première fois un homme de 18 ans pour un  projet d’attentat inspiré de l’idéologie incel.  

Une influence croissante sur les débats publics  

La diffusion du masculinisme a des effets profonds. Pour beaucoup,  les avancées féministes ne sont plus perçues comme un  progrès collectif, mais plutôt comme une menace pour les  hommes. Cette perception influence les débats publics, en  particulier sur des sujets comme l’avortement ou les violences  conjugales.  

À l’international, le masculinisme est souvent lié à l’extrême  droite. Les deux mouvements partagent une vision similaire de  l’homme blanc « menacé » devant reconquérir sa place. Dans  certains pays, ce phénomène s’accompagne d’un recul des droits  des femmes comme en Hongrie où les femmes voulant avoir  recours à l’avortement doivent désormais écouter les battements d’un foetus.

 

Tahiata Gladwin  

Crédit : Jeanne Menjoulet sur Flickr



Share