Depuis ce jeudi 25 septembre, le peuple malgache se mobilise pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité à répétition. Après plus d’une semaine de mobilisation, les voix s’élèvent contre la corruption et les conditions de pauvreté extrême qui touchent le pays. La forte répression de ce mouvement social attise les tensions, avec au moins 22 personnes tuées.
Depuis jeudi dernier, plusieurs milliers de manifestants ont suivi l’appel à la mobilisation lancé sur les réseaux sociaux. Les revendications sociales agitent les rues des grandes villes de Madagascar et tout particulièrement de sa capitale. Les étudiants de l’École supérieure polytechnique d’Antananarivo ont ouvert la marche le lundi 22 septembre. Ils dénoncent des « délestages » d’eau et d’électricité qui affectent la vie du campus. Les contestations qui en découlent sont inédites, tant par leur ampleur que par leur forme. Uniquement relayés via les médias sociaux, les rassemblements s’organisent loin des schémas classiques de mobilisation. Le mouvement a vu le jour malgré le rejet de la préfecture de l’autorisation à manifester.
L’action collective, très largement suivie par les jeunes et les étudiants, est dirigée par le collectif Gen Z Madagascar. Cette dénomination fait référence à la jeunesse née entre les années 1990 et 2000. Née en dehors de toute structure politique ou syndicale, leur initiative se tient loin de toute revendication partisane. Dans un objectif d’impersonnalité et de changement de mentalité collectif, les chefs de file restent inconnus. Ils souhaitent ainsi éviter l’égoïsme et la corruption qu’ils déplorent dans le gouvernement d’Andry Rajoelina.
Une organisation qui bouscule les normes
Cette jeunesse contestataire bouleverse les codes des protestations collectives. Leur symbole : le drapeau de pirate du Vogue Merry. Emprunté au manga One Piece, cet emblème de ralliement a été récemment aperçu lors de plusieurs autres manifestations de la jeunesse au-delà des frontières. Au Népal, en Indonésie, ou plus récemment au Maroc, le drapeau relie la jeunesse dans un sentiment de proximité et d’unité face aux injustices sociales qui touchent le Sud.
Dans la foule, on aperçoit de nombreuses pancartes qui reprennent le slogan « On veut vivre, pas survivre », devenu une ode à la liberté pour les jeunes malgaches.
La Gen Z Madagascar s’inscrit dans une démarche pacifique affirmée. Entre appels au calme, dénonciation des actes de pillages et de destruction, et incitation à la propreté, tout est mis en place pour un défilé sans bavures. Après la première nuit, marquée par des actes de vandalisme par des personnes indépendantes du mouvement, le collectif a ordonné sur ses réseaux sociaux de calmer le jeu, sous peine de tout arrêter. Un formulaire de recensement et des cagnottes solidaires ont été mis en place en soutien aux petits commerces touchés par ces actes de vandalisme.
L’avenir en suspens face à la précarité
Les manifestants expriment en grande partie leur inquiétude au sujet de leur avenir. Les coupures d’eau et d’électricité, qui peuvent durer jusqu’à 8 heures par jour, entravent leur vie quotidienne et leurs études. Les étudiants doivent parfois attendre minuit pour se doucher, ou reporter leurs révisions à la nuit, lorsque le courant est rétabli. Leur fréquence s’intensifie en saison sèche, en raison du manque d’infrastructures et de la baisse de niveau des barrages hydroélectriques.
Ces difficultés pèsent lourdement dans le pays, où 75 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2022, selon la Banque Mondiale. À Madagascar, c’est plus de la moitié des habitants qui doit survivre avec moins d’un euro par jour. Malgré la richesse en ressources naturelles du territoire, les défaillances du système politique ne permettent pas de les exploiter comme levier de développement suffisant pour l’Etat insulaire. Le manque d’infrastructures performantes contraint l’économie du pays à rester dépendante des marchés extérieurs, en particulier le tourisme et les télécommunications.
Violente réponse des autorités
Le mouvement, qui se veut « pacifique, citoyen et apartisan » s’est heurté à de nombreuses arrestations et brutalités policières. Violences physiques, gaz lacrymogènes, grenades, tirs de balles à caoutchouc… Après une semaine, le bilan compte au moins 22 décès et plus d’une centaine de blessés. Le ministère des Affaires étrangères malgache conteste ce chiffre, faute de chiffre officiel qui « ne corrobore ce bilan ».
Volker Türk, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, dénonce une répression « non-nécessaire et disproportionnée » dans son communiqué, lundi 29 septembre. Il déplore le recours aux balles réelles des autorités. Protestataires mais aussi journalistes sont les cibles des forces de l’ordre. Les moyens déployés, jugés démesurés par l’organisme onusien, vont jusqu’à des arrestations au sein de l’hôpital, lors du transport des blessés. À Diégo-Suarez, un événement a marqué les esprits : le corps d’un étudiant tué de sang-froid, porté par ses camarades.
Face aux contestations grandissantes et aux critiques internationales, le chef d’État apparaît dans une allocution télévisée le lundi 29 septembre. Après avoir limogé son ministre de l’Energie le vendredi 26, Andry Rajoelina annonce la dissolution du gouvernement. Dans sa déclaration, il affirme avoir entendu la voix de la jeunesse, et s’excuse pour l’action des membres du gouvernement. Le discours signe le départ du Premier ministre en place depuis 2018, Christian Ntsay.
Il appelle ceux « qui veulent servir le pays, loin de la corruption », et qui « ont les compétences requises pour mener certains départements ministériels » à déposer leur candidature directement au palais d’État d’Ambohitsorohitra, par mail ou même par Linkedin. Cette réponse, inédite et singulière, n’a pas satisfait la Gen Z Madagascar. Pour le collectif au slogan « Rajoelina, dégage », cette réponse reste décevante : aucune excuse du président, ni prise de responsabilité pour les violences policières. Les méthodes de recrutement pour le gouvernement sont moquées sur les réseaux sociaux pour leur manque de crédibilité.
L’organisation et les nouveaux outils dont dispose cette nouvelle génération contestataire laissent entrevoir d’autres manières de se mobiliser, et interrogent sur un développement du mouvement au-delà des frontières.
Maddy Echeveste
Crédit photo : Unsplash

Étudiante en deuxième année de licence Information Communication et… pas du tout intéressée par le journalisme finalement ! Mon rêve c’est plutôt la communication publique, avec une petite touche d’écologie. Mais bon en attendant j’essaye de partager au mieux les sujets qui m’intéressent.