L’IA au cinéma : menace ou opportunité pour les artistes ?

L’IA au cinéma : menace ou opportunité pour les artistes ?

L’intelligence artificielle a toujours fasciné l’être humain. Qu’elle représente un potentiel danger ou qu’elle agisse comme une alliée, on la retrouve dans de nombreux films cultes. Matrix, Her, ou encore Ex Machina s’interrogent sur la relation et la frontière entre l’homme et la machine.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle n’est plus seulement un sujet mais un acteur dans le processus de création d’un film.

L’IA est capable d’analyser et sélectionner les meilleurs rushes, suggérer des prises de vues, certains angles de caméra, aider à la prise de décision artistique… Une innovation, qui, supervisée par l’humain, accélère le processus de production d’un film. Jusqu’ ici, la technologie ne semble présenter aucun inconvénient. l’IA dite générative, quant à elle, suscite quelques controverses, posant des questions éthiques

En mars 2025, dans une lettre remise à la Maison-Blanche , Ben Stiller, Cate Blanchett ou encore Cynthia Erivo s’opposent aux géants de la tech Google et Open AI et à leur volonté d’entraîner leur modèle IA sur plusieurs oeuvres pourtant protégés par les droits d’auteurs.

Plus récemment, une nouvelle “actrice”, Tilly Norwood, a fait parler le monde d’Hollywood. La nouvelle star numérique est basée sur le système d’IA générative et imaginée par le studio Xicoia, fondé par Eline Van der Velden. Perçue comme une menace auprès des acteurs, ces derniers ont exprimé leur colère et leur indignation sur les réseaux sociaux. La créatrice quant à elle soutient le fait que les comédiens créés par IA “devraient être jugés comme faisant partie de leur propre genre”.

Le sujet ne date pas d’hier, et n’a pas fini de faire débat. En 2023, comédiens et grands studios hollywoodiens mènent une grève de 118 jours, mettant en pause la production et la promotion des prochains films. Inquiétés par le potentiel clonage de leur voix et image, les acteurs se sont mobilisés pour une meilleure protection de leurs droits. Deux ans plus tard, avec Tilly, une nouvelle réalité les rattrape.

L’IA pour les petits budgets

En limitant les coûts des producteurs, l’IA permet à d’autres visions plus singulières d’émerger. Plusieurs petits studios se lancent dans la création : C’est le cas d’Alex Péron et Goulwen Courtaux, fondateurs de la société Narrative Coders. En collaborant avec les responsables de la mise en scène, ils produisent des vidéos générées par l’intelligence artificielle  : Cascades de voitures, survols de paysages, et autres plans et séquences sont créés de toute pièce par l’assistant numérique, dans le but d’intégrer des œuvres cinématographiques. Une démarche qui coûte selon eux 30 à 50% moins cher que sans l’aide de l’algorithme.

Seulement l’alternative est économique mais pas des plus écologiques. La consommation d’éngergie est conséquente, au vu des centaines de prompts utilisés pour parvenir au résultat souhaité.

Tandis que certains profitent des avantages offerts par l’IA, cette dernière met en danger plusieurs métiers déjà bien ancrés dans le secteur audiovisuel. On retrouve en première ligne les doubleurs et traducteurs. La communauté défend son rôle, considérant la Version Française comme un art à part entière. En janvier, la communauté des acteurs de doublages s’est indignés lorsqu’ils ont cru reconnaitre la voix d’Alain Dorval – disparu l’année précédente – dans la bande annonce du prochain film de Sylvester Stallone, “Armor”.  En réalité, cette voix n’était qu’une imitation artificielle, une tentative de clonage vocal. Au vu du résultat jugé plat et sans émotions, le talent des professionnels du doublage n’est peut-être pas si facilement remplaçable.

A l’occasion de la sortie du film “Le million”, le producteur et acteur Christian Clavier prend la parole à ce sujet. Interrogé sur les derniers usages de l’IA, il affirme que la technologie pourrait remplacer les comédiens de doublage. Il s’agit selon lui d’une “nouvelle ère”, qui résoudrait un problème de budget et permettrait au cinéma européen de rentrer plus facilement dans le marché américain.

Imaginer des scénarios reste propre à l’homme ?

Finalement, plusieurs réalisateurs défendent l’idée selon laquelle les métiers qui consistent à écrire et mettre en scène seront les moins impactés par l’Intelligence artificielle : Guillermo del Toro, réalisateur de La forme de l’eau et du prochain Frankenstein, a un avis assez tranché sur la question, affirmant préférer mourir que d’avoir recours à l’IA. 

“l’IA, en particulier l’IA générative, ne m’intéresse pas et ne m’intéressera jamais ”, déclare-t-il . Plutôt inquiet sur son utilisation par les humains, il compare l’arrogance de Victor Frankenstein à celle des technophiles.

Le réalisateur de la saga Mad Max, George Miller, redoute quant à lui ce que les professionnels du milieu appellent “AI slop”, des vidéos générées avec des scripts sans direction. Pour le producteur et scénariste australien, c’est avant tout une question d’équilibre entre la créativité humaine et les capacités des machines. Un avis qu’il partage avec le cinéaste américain Richard Linklater, qui affirme que l’IA ne peut faire un film. Raconter une histoire, c’est quelque chose qui la dépasse. Dans son prochain long-métrage Nouvelle Vague, le réalisateur nous plonge en 1960, dans les coulisses de la réalisation du film français “A bout de souffle”. Il rend hommage à la liberté de création, inscrite dans une période de révolution cinématographique. Pour lui, l’IA n’est rien qu’un outil de plus à disposition, sans intuition ni conscience, qui n’engendrera pas un renouveau artistique comparable.

Les professionnels du milieu sont réalistes : Le cinéma à intérêt à s’adapter à l’intelligence artificielle. C’est l’occasion pour de nouvelles formations de voir le jour : Cyril Barthet, coordinateur du master digital media cinéma à Paris, lance en septembre 2026 le premier master français dédié à la direction artistique et réalisation par IA, une formation reconnue par l’Etat. Nous allons selon lui vers une “révolution anthropologique sans précédent”. Partageant l’avis de nombreux cinéastes, il juge que cette nouvelle entrée dans le monde de l’intelligence artificielle n’apportera pas une grande créativité au cinéma, mais présentera des avantages économiques. Le secteur est en mutation, mais L’IA ne peut à ce jour être entièrement indépendante : l’intelligence de l’Homme sera utile pour encore quelques années.

Crédits photo: ArtificialGeek_Studio

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